Retrouvailles éthyliques

Whisky

Jeudi soir, je terminais tranquillement mon dîner à la terrasse du ”Café des Négociants”, lorsque je vois un individu passer en courant… qui n’est autre que Michel ! Les fidèles de ce blog se souviendront de ce curieux bonhomme. C’est lui qui m’avait présenté, il y a maintenant un an, à quelques personnages de Polynésie, dont le sénateur Gaston Flosse. Depuis quelques mois, il s’était fait plutôt rare. J’étais passé chez lui en décembre, puis en avril, et il me semblait assez diminué. Il m’avait néanmoins téléphoné un jour pour m’inviter à une fête qu’il organisait sur un motu privé, mais je n’y étais pas allé. Le voilà donc devant moi, essoufflé et manifestement énervé. Il me raconte qu’il était en train de prendre un verre avec un ami à la terrasse d’un café voisin et qu’un type qui passait par là leur avait volé la bouteille de whisky qu’ils venaient d’entamer, avant de s’échapper en courant. Michel a essayé de le rattraper mais en vain. Il me propose de le rejoindre après mon dîner.

Malgré une petite hésitation, car je sais que les soirées avec lui sont généralement interminables, je me décide à prendre un verre avec lui. Arrivé au café, je reconnais l’ami qui l’accompagne. Je l’avais déjà rencontré en compagnie de Michel plusieurs mois auparavant. C’est un type assez intéressant, et qui connaît beaucoup de monde en Polynésie pour y avoir passé une bonne partie de sa vie. J’apprends que depuis notre dernière rencontre, il a ouvert une librairie sur une île voisine. Nous sommes rejoints quelque temps après par d’autres connaissances de Michel. Deux fonctionnaires du port de commerce, visiblement déjà bien imbibés, accompagnés par une grande (fausse) blonde dont le quotient intellectuel m’a paru inversement proportionnel à sa vulgarité. D’habitude, j’aime bien les filles triviales, mais celle-là était vraiment caricaturale. Ensuite, c’est Barthélemy qui est venu s’installer à notre table. C’est un Polynésien, vedette de variétés, quasiment édenté mais au visage cependant très expressif. J’ai regretté de ne pas avoir mon appareil photo ce soir-là. Barthélemy avait manifestement abusé d’alcool et sans doute d’autres substances hallucinogènes. Il tenait à peine debout mais cela devait être son état normal car je l’ai entraperçu à la télévision deux jours plus tard et il ne m’a pas semblé très différent.

Cette soirée m’a rappelé l’ambiance de mes premiers mois à Tahiti. J’ai appris qu’Aldo, le très douteux individu avec lequel j’avais failli travailler en août dernier, avait perdu son emploi – plus ou moins fictif – au ministère des Postes et Télécommunications. Il était lié par un contrat de cabinet qui avait été rompu suite à la tentative de coup d’Etat des partis autonomistes en avril dernier. Emile Vernaudon, dit “le shérif”, son ministre de tutelle, avait démissionné en entraînant avec lui tous ses fidèles. Bien mal lui en avait pris car il a beaucoup perdu dans cette histoire. Je me souviens encore d’Aldo qui rêvait secrètement d’un poste de ministre ! Le président Temaru avait glissé à l’époque la petite phrase “ceux qui creusent la tombe de quelqu’un oublient qu’eux-mêmes peuvent y glisser”. Bien vu Oscar. Michel m’a dit que le nouveau projet d’Aldo était la création de la plus grande porcherie de Tahiti. Je suis sûr que cette activité lui conviendra à merveille…

Le lendemain, vendredi, la nouvelle du jour était le lapin posé par Oscar Temaru à Jacques Chirac. Selon un communiqué de la Présidence de Polynésie, il se serait agi là d’un “très malheureux problème de communication”. Compte tenu des relations tendues entre le leader indépendantiste et le président français, on est en droit de se demander quelle a été la part réelle du hasard dans cet incident diplomatique. Ils finiront par se rencontrer quelques jours plus tard, à l’occasion du sommet France-Océanie. Oscar Temaru a profité de son déplacement à Paris pour renouveler son soutien à Ségolène Royal, ce qui doit beaucoup agacer Jacques Chirac, connu pour son attachement aux Français d’outre-mer. Enfin, surtout en période électorale.

Pendant ce temps-là, la vie suit son cours. Plusieurs grands yachts ont fait escale à Papeete ces derniers jours. Le défilé a commencé par le ”Janice of Wyoming”, un magnifique sloop de quarante mètres en aluminium, lancé en 2005 et appartenant à un américain. En ce moment c’est le ”Douce France”, le plus grand catamaran de croisière au monde, quarante-deux mètres et deux mâts, qui est amarré au quai des paquebots. Au moins cinq autres grosses unités sont passées par là durant les deux dernières semaines. En recherchant des informations sur chacun de ces bateaux, j’ai appris que plusieurs d’entre eux étaient disponibles à la location. Les plus gros, comme le yacht ”Senses”, avec ses soixante mètres et quatorze membres d’équipage, se négocient au minimum à deux cent mille euros la semaine, pour une capacité d’une douzaine de passagers (6 cabines).

Les conflits sociaux étant monnaie courante à Tahiti, en particulier dans la zone portuaire, je me demande s’ils ont un impact sur l’importante logistique nécessaire lors des escales de ces bateaux hors du commun. J’imagine leurs propriétaires d’un genre plutôt exigeant. La semaine dernière, il y avait justement un mouvement de grève interdisant l’accès au port de commerce, suivi par un défilé du patronat manifestant son ras-le-bol des blocages, et ainsi de suite. La situation est parfois ubuesque. La tension est montée d’un cran le 19 juin, où un membre en grève de la flottille administrative a mis son poing dans la figure du directeur adjoint de l’Equipement. Les caméras de télévision de télévision ont immortalisé la scène !

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