Week-end animé à Papeete

Tatouage

Hier, la 124e édition du Heiva i Tahiti a commencé à huit heures du matin par des courses de va’a, les fameuses pirogues tahitiennes. Je suis très rarement debout à cette heure-là et n’ai pas dérogé à mes habitudes en ce samedi matin. Je me suis contenté d’assister au défilé d’ouverture des festivités à 16h30. Toutes les écoles de danse participant au Heiva se sont succédées sur le front de mer pendant deux heures. C’était très dépaysant de voir la procession de ces centaines de vahinés et de tanés, avançant au rythme des percussions aux sonorités exotiques. La musique m’a un peu rappelé le Brésil, où j’avais vu un soir à la marina de Salvador de Bahia le groupe Timbalada. Les participants au Heiva étaient tous vêtus à la polynésienne, parfois avec les robes et chemises à fleurs typiques ou parfois juste avec quelques feuilles de pandanus tressées dissimulant le minimum. La danse est profondément inscrite dans la culture polynésienne. Qu’elles soient petites ou grandes, minces ou obèses, jeunes ou vieilles, j’ai l’impression que toutes les filles la pratiquent, ainsi que de nombreux hommes. Je publierai prochainement dans la galerie une sélection de photos prises à l’occasion de ce défilé.

Tout comme la danse, les tatouages font aussi partie du patrimoine culturel des Polynésiens. Considérés comme païens par la vermine religieuse, ils furent également interdits au début du XIXe siècle par le code Pomaré. Aujourd’hui, je crois que peu de Polynésiens, hommes ou femmes, passent outre ce rituel identitaire. Le résultat est souvent magnifique tant les motifs sont variés et les tatoueurs habiles. En dehors des classiques “bracelets” aux volutes tribales autour de la cheville ou du bras, Les filles arborent souvent un tatouage au bas des reins, parfois sur toute la largeur de leur taille. Je trouve ça particulièrement sexy ! Il y a de nombreux tatoueurs en Polynésie et certains sont mondialement réputés. Chaque motif est théoriquement unique et possède une dimension symbolique à étudier avec l’artiste avant sa réalisation. Peut-être me laisserais-je tenter avant de quitter ces îles…

Dans la soirée, je suis allé au restaurant Casablanca, situé dans l’enceinte de la marina Taina. J’avais été invité à un cocktail donné à l’occasion de la publication du dixième numéro d’un magazine consacré à l’art et à la culture. Cette sortie mondaine dans une ambiance feutrée m’a permis de rencontrer quelques nouvelles têtes du gotha local, dont le directeur de l’Agence Tahitienne de Presse (ATP). J’ai longuement discuté avec l’un des rares Polynésiens présents. En fait, il était mélanésien, car originaire du Vanuatu. Après l’indépendance de ce condominium franco-britannique, qui portait avant le nom de Nouvelles Hébrides, il est parti faire ses études en Europe, puis il s’est installé à Tahiti et y a créé sa société de conception graphique. Je m’étais intéressé il y a quelque temps au Vanuatu car c’était la première destination qui m’avait tenté lors de la préparation de ce voyage. J’avais finalement retenu la Polynésie française dans le but d’éviter les tracasseries administratives liées à l’installation dans un pays étranger. Avec le recul, je ne suis pas sûr d’avoir fait le bon choix…

Le dimanche, Papeete est une ville quasi déserte. Seuls quelques touristes, pour la plupart américains ou japonais, déambulent en ville à la recherche des rares boutiques de souvenirs ouvertes. A Tahiti, on veut toujours développer le tourisme, mais pas question de bousculer les habitudes. Les Polynésiens, quant à eux, récupèrent sans doute des excès de la veille. Aujourd’hui, j’ai vu un petit attroupement au début de l’avenue Bruat, où se trouvent de nombreux bâtiments officiels, dont le Palais de la Présidence. Le petit groupe de badauds assistait au changement du nom de l’avenue, décision prise lors du conseil des ministres du 28 juin. L’avenue Bruat a été rebaptisée ”Aroa Pouvana’a O’opa”, d’après le nom d’un héros Polynésien. On sent bien que le gouvernement indépendantiste veut marquer sa présence.

J’ai pris récemment pour habitude d’aller déguster tous les dimanches vers dix-sept heures une glace au café “Le Rétro”. L’adorable Polynésienne qui s’occupe du service commence à me connaître et me chouchoute. Je prends toujours la même chose : une boule café et deux boules yogourt, accompagnées par un grand verre de jus de pamplemousse fraîchement pressé. Ensuite, profitant des dernières lueurs du jour, je me balade un peu sur le quai où s’amarrent les bateaux de plaisance de passage. J’ai parfois un pincement en coeur en pensant aux quatorze mois passés à naviguer autour de l’Atlantique. J’avais à l’origine l’intention de passer le canal de Panama puis de traverser le Pacifique. Mon voilier aurait donc pu être amarré là, sur ce quai, à la place de l’un de ces bateaux. Cette idée de repartir en mer me travaille décidément bien souvent.

Depuis quelques semaines un beau voilier de quinze mètres en aluminium, le Pachamama, est à Papeete pour des réparations sur son gouvernail. Dario-Andri et Sabine, un couple d’écolos Suisses avec leur bébé Salina vivent à bord, avec pour projet de faire un tour du monde en dix ans, alternant voile, vélo et l’escalade de sept grands sommets. Ils ont commencé cette expédition en décembre 2002. La logistique est assurée par Top to Top, une organisation non gouvernementale (ONG) créée afin de sensibiliser les populations aux problèmes environnementaux. Sacrée aventure !

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4 Responses
  1. J’y crois pas : le petit point sur mon « outil stat », sur mon blog, Papeete, c’est toi ????? T’existes vraiment ? Tout le monde m’a dit que c’était juste un proxy…..

    • Smop dit :

      Je viens de me pincer. Aïe, ça fait mal. Je te confirme bien que j’existe. On ne m’avait encore jamais traité de proxy ni de petit point, voilà qui est original !

      Encore une histoire de Cuk – comprenne qui pourra…

  2. Je vois qu’en Polynesie, le dimanche est aussi sacre que dans l’hexagone 😉
    Sinon j’espere que tu pourras de nouveau taquiner la barre un de ces jours !

  3. Le couple de Suisses veulent faire leur tour du monde avec un bébé ? Courageux… !

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