Contrastes Polynésiens

Vahiné

Oscar Temaru, Président de la Polynésie française, fait beaucoup parler de lui en ce moment. Ses provocations incessantes vis-à-vis de l’Etat français et son perpétuel discours indépendantiste commencent à agacer beaucoup de monde. Ses dernières frasques en date ont été son absence très remarquée des cérémonies du 14 juillet à Papeete et un voyage d’agrément en Suède, aux frais du contribuable. La coalition UPLD qui l’a porté au pouvoir s’est sérieusement effritée et n’est probablement plus majoritairement représentative. Les ambitions personnelles des autres chefs de partis et l’utilisation de méthodes politiques douteuses ne facilitent pas la tâche au gouvernement Temaru, mais on peut néanmoins faire le constat que son bilan n’est pour l’instant guère brillant. Son prédécesseur Gaston Flosse était certes corrompu et usé par le pouvoir, mais au moins il parvenait à faire fonctionner l’économie de la région. L’incompétence de la nouvelle équipe est manifeste et devient même inquiétante pour l’avenir à moyen terme. Les élections présidentielles françaises vont avoir lieu dans moins de neuf mois et il est très vraisemblable que le vainqueur soit beaucoup moins conciliant que Chirac, réputé pour son attachement aux régions ultramarines. Le faucon Sarkozy l’a d’ailleurs clairement annoncé dans l’un de ses discours démagogiques habituels , lors d’une convention le 12 juillet. Il n’est donc pas surprenant qu’Oscar fasse les yeux doux à Ségolène la puritaine, dont il soutient la candidature à l’investiture socialiste. Pour ma part, je l’ai déjà écrit, entre Charybde et Scylla, point de choix…

Changeons de sujet. Dimanche 16, je suis allé comme prévu assister à l’une des soirées du Heiva sur la scène de la place To’ata, dont les gradins étaient combles. Au programme il y avait dans la catégorie “danse légendaire” l’association Vaira Nui, puis deux groupes de chants polyphoniques traditionnels, Tamarii Fanatea et Tamariki Oparo. Enfin, deux heures plus tard, le clou de la soirée, en catégorie “danse historique” la troupe Hei Tahiti, dirigée par la fameuse Tiaré Trompette. C’est cette même troupe qui remporta en catégorie “amateurs” le concours du Heiva 2005. Je l’avais déjà trouvée très bien l’année dernière, mais c’était encore mieux cette année. Le thème choisi par Tiaré, assez osé lorsque l’on connaît la bigoterie en Polynésie, était celui de l’évangélisation d’un village par les premiers missionnaires. La troupe était composée de deux cents danseurs et danseuses amateurs, mis en valeur par des costumes magnifiques (exclusivement en matières naturelles) et dans une mise en scène originale.

J’ai pris quelques photos et filmé une quinzaine de minutes, avant de me faire rappeler à l’ordre par un sbire de la sécurité qui m’a braqué sa torche électrique dans la figure. Un DVD du spectacle va être commercialisé et il avait été demandé au public de ne pas filmer ou photographier, chose très inhabituelle pendant ces festivités. Bien entendu, personne n’a respecté la consigne, mais le service d’ordre a été très zélé pour faire la chasse aux contrevenants.

Les concours de chants et de danses se sont terminés par la remise des prix le jeudi 20. L’ironie du sort a voulu que ce soit Tamariki Oparo, le groupe de Rapa Iti, absent de la scène du Heiva depuis plus de douze ans, qui remporte le premier prix en catégorie “danse historique”. Ironie du sort en faisant bien sûr référence à l’objectif initial de mon voyage, pour ceux et celles qui ne suivent pas ce blog depuis le début. Le groupe Hei Tahiti est arrivé second, mais c’était prévisible car Tiaré Trompette était cette année directrice artistique du Heiva et on aurait pu la soupçonner d’avoir fait pression sur le jury si elle remportait à nouveau le premier prix. Il y a peut-être eu aussi une volonté politique d’encourager les groupes ayant opté pour un style plus traditionnel. Ce serait bien dans l’air du temps…

Les mois passent, et je découvre peu à peu ce drôle d’endroit qu’est la Polynésie française. Ses facettes sont multiples et les contrastes très surprenants. Il y a cette image habituelle qu’ont les touristes de la plage de sable blanc, bordée par les cocotiers d’un côté, et par le lagon bleu turquoise de l’autre. Mais ce n’est qu’un aspect, somme toute assez mineur, de ce qu’est réellement cette région du bout du monde. La Polynésie c’est surtout un violent choc de cultures qui met en évidence les maladies de la civilisation occidentale, et en particulier les dégâts de la société de consommation, de la religion et même dans une certaine mesure de la démocratie. Je ne sais pas combien de temps je vais encore traîner mes guêtres ici, peut-être un mois, peut-être un an ou peut-être même plus, mais en tout cas, j’aurai beaucoup appris de cette expérience. Elle m’aura également fait découvrir un peuple très attachant, dont la réputation de gentillesse n’est vraiment pas usurpée. Il me vient souvent à l’esprit de parler sur ce blog de choses ressenties au détour d’un sourire, d’un geste, de quelques mots échangés ou d’un moment passé avec un ou une Polynésienne, mais je crois que pour un occidental ce serait tout simplement incompréhensible…

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