36 heures plus tard…

British Airways

Me voici enfin installé dans le Boeing 747-400 de British Airways. Les treize heures de transit à l’aéroport de Los Angeles furent longues. L’avion est presque plein. J’ai encore réussi à négocier un siège devant une sortie de secours afin de pouvoir déplier mes longues jambes. Mon seul voisin, assis à ma droite, est un type d’une bonne soixantaine d’années, le genre “vieux beau” à la carrure athlétique et à la peau bronzée. Il est plongé dans la lecture du New York Times. Nous n’échangerons pas un mot ni un regard pendant toute la durée du vol, ce qui est assez rare lorsque l’on “cohabite” ainsi durant une dizaine d’heures. Tant mieux d’ailleurs car je suis crevé et peu d’humeur à faire du bavardage social. L’hôtesse qui s’occupe de la section dans laquelle je me trouve est une petite brune un tantinet vulgaire, pas particulièrement jolie, mais au regard agréablement pervers. Elle a ce tic d’utiliser les clins d’oeil comme d’autres utilisent les sourires. Cette familiarité involontaire, de la part d’une inconnue, peut être assez troublante. Je me fais une fois de plus la remarque que les hôtesses de British Airways sont souvent des femmes d’âge mûr, contrairement à celles de la plupart des compagnies aériennes. Ca m’amuse également de constater à quel point l’environnement social et culturel peut formater l’attitude des gens. Avec un peu d’attention, la gestuelle, la stature, la coiffure ou les mimiques du visage offrent de nombreux indices permettant de se faire une idée assez précise de l’origine d’une personne.

Une fois installé à ma place, j’explique à l’hôtesse que je suis végétarien et lui demande de s’assurer que le plateau-repas idoine a bien été prévu. J’ai bien fait de lui en parler, car mon nom ne figurait pas sur la liste des passagers souhaitant des menus spéciaux, tout comme sur le vol de la veille. Je la remercie d’avoir corrigé l’erreur, et j’ai droit à mon premier clin d’oeil ! Peu de temps après, la fatigue commençant vraiment à se faire sentir, je me suis endormi. Je suis réveillé par une annonce dans les haut-parleurs de la cabine. Je regarde ma montre, et me rends compte que nous aurions dû décoller depuis un bon moment déjà. J’apprends qu’un problème d’étanchéité avait été découvert sur un hublot de l’avion et que la réparation vient de se terminer. Le lourd quadriréacteur commence enfin à rouler sur la piste et décolle avec une bonne heure de retard sur l’horaire prévu. En avant pour un vol d’une dizaine d’heures, survolant les Etats-Unis puis l’océan Atlantique.

Les repas sont servis peu de temps après le décollage. Tiens, mon voisin est également végétarien. Un coup d’oeil au programme des films proposés et j’allume mon petit écran LCD individuel. ”Good Night, and Good Luck”, l’un des derniers films réalisés par George Clooney, sur le journaliste radio Edward R. Murrow dont la chronique fit tomber le sénateur Joseph McCarthy, vient de commencer. Il fait justement partie de la liste des films que je souhaitais voir à Paris. Malheureusement le son est de mauvaise qualité et en l’absence de sous-titrage, j’ai un peu de mal à comprendre tous les dialogues. Dès le générique de fin, j’ai pris un somnifère et ai rapidement sombré dans le sommeil. Les premiers effets du décalage horaire se faisant sentir, je n’ai conservé qu’un souvenir confus de la suite de ce vol.

L’avion n’a pu rattraper que la moitié du retard pris au départ de Los Angeles. A l’arrivée, c’est la cohue dans l’aéroport de Londres Heathrow. Le contrôle des bagages à main prend beaucoup de temps et la queue est interminable. Je pense avoir perdu au moins quarante minutes avec cette formalité. Cette obsession sécuritaire devient de plus en plus insupportable. Qui peut croire que cette multiplication des contrôles puisse servir à autre chose que rassurer une opinion bêlante ? Je descends au rez-de-chaussée et je découvre une nouvelle file d’attente pour prendre la navette menant au terminal 4, d’où doit partir mon dernier vol. Un premier bus passe, et c’est là que je réalise que mon avion doit décoller une vingtaine de minutes plus tard, à 18 heures ! Je me signale à la responsable de la navette qui me fait passer en priorité. Une fois arrivé au terminal, je presse franchement le pas et vois affiché sur les écrans du grand hall de l’aéroport que mon vol est en statut ”Last Call”. J’arrive enfin devant la porte d’embarquement à 18h05 et là, les deux hôtesses me regardent d’un air navré en me disant que les portes de l’avion sont déjà fermées et que je vais devoir malheureusement attendre le prochain vol. Zut, il ne manquait plus que ça !

Je me rends au comptoir de British Airways où une jolie hôtesse blonde m’indique que le prochain vol pour Paris est prévu dans deux heures. J’envisage de tenter de rattraper un vol sur une autre compagnie, voire même l’Eurostar, mais c’est inutile. Je ne gagnerai probablement pas beaucoup de temps. En avant donc pour deux nouvelles heures d’attente. J’appelle la personne qui doit venir me récupérer à Roissy Charles de Gaulle pour la prévenir de mon retard, puis m’en vais déambuler dans l’aéroport dans un état semi-conscient. La douleur aux pieds devient franchement pénible. J’aurais dû porter mes sandales habituelles plutôt que d’essayer d’adopter un accoutrement “civilisé”. Décidément, ce voyage est bien long.

Les tentations déraisonnables sont nombreuses dans la zone internationale et je me fais violence pour ne pas me jeter sur un tas d’objets tous plus inutiles les uns que les autres. J’ai totalement arrêté de fumer il y a huit mois et, pour la première fois, je suis heureux de l’avoir fait car je ne ressens plus ce manque habituel des fumeurs lors des longs voyages. Face à l’effort de volonté quotidien, c’est une bien maigre consolation.

Le moment d’embarquer arrive enfin. L’avion, un Airbus A319, est peu rempli et décolle à l’heure. Un sandwich végétarien m’est servi. A peine l’altitude de croisière atteinte, l’avion commence sa descente. Chaque fois que je fais ce trajet, je m’amuse de cette particularité des vols très courts. La rangée de sièges située derrière la mienne est occupée par trois jeunes français, visiblement de retour d’un salon professionnel à Londres. Les remarques franchouillardes vont bon train. Ils commencent par manifester leur satisfaction de rentrer chez eux, puis se plaignent des annonces sonores faites en anglais dans l’avion et terminent par des variations sur “leur beau pays”. J’ai envie de me lever pour leur dire de fermer leur gueule mais je me retiens. Je déteste au plus haut point ce chauvinisme dont je ne connais que trop bien les dérives. J’ai les nerfs aiguisés par la fatigue et suis content lorsque l’avion atterrit, signe que ce long voyage touche à sa fin.

L’aéroport Roissy Charles de Gaulle est très calme à cette heure-ci et pour une fois le contrôle des passeports est rapide. J’attends mon sac devant le tapis roulant lorsque j’entends l’appel de mon nom dans les haut-parleurs de l’aéroport. Je suis invité à prendre contact avec le bureau de British Airways. Que se passe-t-il encore ? Au comptoir de la compagnie, on m’explique que mon bagage n’est pas à bord de l’avion et qu’il n’arrivera probablement que le lendemain. Mon vol manqué à Londres est très certainement la cause du problème. Je sors enfin à l’air libre vers 21h30. Je réalise que j’ai quitté Tahiti il y a près de 36 heures ! Il fait un froid de canard en ce samedi soir et je suis habillé très légèrement, sans vêtements de rechange ni affaires de toilettes. Je repère rapidement l’ami qui est venu me chercher, et nous voilà zigzagant sur l’autoroute en direction de Paris. J’avais oublié qu’il se transformait en fou dangereux derrière un volant…

Je récupérerai bien mon sac le lendemain. British Airways aura la délicatesse de le faire livrer par un coursier à mon adresse parisienne en fin de matinée. Quant à la douleur de plus en plus forte aux pieds, j’apprendrai chez un dermatologue le mercredi suivant que j’ai une infection bénigne, fréquente dans les pays très chauds. Une cure d’antibiotiques et de pommades diverses me sera prescrite.

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2 Responses
  1. Sacre voyage !
    L’ambiance au sein des aeroports est toujours tres heteroclite et surprenant…
    Content de te relire 😉

  2. En tout cas, tu es arrivé entier et j’ai été content de te rencontrer mardi soir !

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