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Leila et John

Caméra vidéo

Comme je l’ai sans doute déjà écrit, j’aime bien les musiques “planantes”. De la vague psychédélique du rock progressif menée par les Pink Floyd au trip hop de Massive Attack en passant par les variantes torturées et quasi mécaniques du dub, le choix est large et la créativité des artistes sans limite. Il y a quelques années, en allant à la recherche d’un album de Tricky à la FNAC Musique de la place de la Bastille à Paris, je fus intrigué par un CD que j’achetais par curiosité. Je ne fus pas déçu. Il s’agit de ”Like Weather” de Leila. Après avoir appris ce qui se cachait derrière ce nom à consonance orientale, je me retrouvais en terrain connu. Leila Arab, de son nom complet, est d’origine iranienne. Elle est ingénieur du son, a travaillé avec Björk et sa soeur Roya Arab chante sur l’album ”Londinium” du groupe Archive (ainsi que sur le titre ”Blue Grace” de ”Like Weather”). Tout s’explique. Ce premier disque en solo ressemble presque à de la musique expérimentale, aux confluents de Tricky, Aphex Twin et Portishead. C’est complexe, mélancolique, torturé, parfois stressant, ou tout simplement indéfinissable ! Tellement spécial qu’il m’a fallu plusieurs mois d’écoute régulière pour commencer à “ressentir” ces arabesques électroniques. Je propose dans la rubrique ”Consonances” de ce blog de découvrir le morceau ”Don’t fall asleep”, sur lequel on retrouve la voix si particulière de Luca Santucci. Fin 2000, Leila a sorti un second album, plus abouti encore : ”Courtesy of choice”. Malgré le succès critique de ses deux disques, elle a complètement disparu depuis son second opus… Même son site web n’est plus en ligne. Qu’est-elle devenue ?

C’était en juin dernier. Un jour plombé par cette vision pessimiste du monde, sentiment qui m’accompagne si souvent. Un de ces jours où il vaut mieux ne pas me fréquenter, car la sinistrose est terriblement contagieuse. Cela dit, un virologue me qualifierait de porteur sain. Je transmets la déprime, sans être moi-même déprimé ! Mon secret ? Ne jamais attendre quoi que ce soit du lendemain… Ce jour-là donc, je surfais sur la toile, à la recherche de textes de Cioran, et je suis tombé sur ”le blog hyper-secret de john warsen”. C’est son sous-titre déconcertant qui m’a interpellé : ”cyberdépendance, addiction sexuelle… Y a-t-il une vie avant la mort ?”. Le blog déjanté de ce drôle de bonhomme a rejoint la longue liste de sites que j’essaie de parcourir assez régulièrement. Impossible de décrire l’antre de John, il faut prendre le temps d’y faire un tour ! Son précédent site est également en ligne, ”Le super-blog secret de John”. Enfin, notre ami est aussi vidéaste, et il m’a permis de présenter ici l’une de ses oeuvres d’animation. Elle est opti-mystiquement nommée “Planète de merde”, et vous la trouverez ci-contre, dans la rubrique ”Visions”.

Une découverte heureuse

Peluche

Je crois bien que c’est Frosso, mon égérie franco-gréco-suédoise qui accompagna mes jours et surtout mes nuits pendant cinq ans, qui m’offrit il y a une quinzaine d’années, une curieuse peluche représentant un dinosaure. Ce petit monstre poilu trouva sa place dans mon sac de voyage lorsque je quittais Paris pour Sydney en 1992. Corrina, ma belle australienne, me demanda un jour quel était le nom de la bête, et je me suis alors souvenu qu’elle n’avait jamais été baptisée. Je lui demandais donc de proposer quelque chose et elle suggéra Serendipity. C’est la première fois que j’entendais ce mot anglais, qui semblait même ignoré par beaucoup d’anglophones. Quant à mes compatriotes français, n’en parlons même pas ! Bien des années plus tard, lorsque j’acquis mon voilier, le premier nom qui me vint à l’esprit fut naturellement Serendipity. Le pauvre bateau eut droit à toutes les déformations possibles et imaginables de son nom, la plus originale ayant été “sirêne dépitée”. De son côté, la peluche continua sa vie aventureuse pour finir, si je me souviens bien, dans les bras d’Ariane, qui l’a peut-être encore aujourd’hui.

Peu à peu, ce mot est devenu à la mode, et j’ai commencé à le lire très régulièrement. Ecrit en anglais, bien entendu, mais aussi dans sa variante française sérendipité, pourtant encore absente des dictionnaires. Je crois que la première fois, c’était dans un article du quotidien Le Monde, qui en expliquait justement la signification. Aujourd’hui, une rapide recherche de ce mot sur internet remonte plus de treize millions de résultats des plus divers ! Il est absolument partout, de la littérature de ces dix dernières années aux noms de blogs, de logiciels ou de sociétés…

Mais que signifie-t-il donc ? Sa meilleure définition est sans doute celle de “la faculté de faire par hasard des découvertes heureuses”. Ou peut-être encore la reconnaissance d’une trouvaille comme étant plus importante que l’objet de la recherche initiale. Un exemple ? La découverte du continent américain par Christophe Colomb ! Autrement dit, trouver ce que l’on ne cherche pas. C’est un concept qui me plait beaucoup, ayant souvent fait le choix d’aller vers l’inconnu en comptant sur ma “bonne étoile”, et cette philosophie de vie m’a généralement bien réussi. En réalité, je ne crois pas beaucoup en la chance, mais en l’ouverture d’esprit face aux opportunités. Je trouve aussi que Serendipity est un excellent nom pour un voilier, qui va là où le vent le mêne, dans un voyage où la surprise est souvent de mise. Le web a sans aucun doute été l’élément déclencheur de l’engouement soudain pour ce mot si peu usuel car sa définition semble presque taillée sur mesure pour celui-ci.

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Planète rap

Rapper

Voilà un bon moment que j’avais envie de proposer à l’écoute un morceau de rap. Sans pour autant être un inconditionnel du genre, j’aime bien certains groupes. Mes références en la matière sont le Wu-Tang ClanPublic Enemy, et dans une moindre mesure, NTM. Au-delà du vecteur de contestation sociale et politique, le rap c’est aussi et surtout une intensité rythmique mettant en scène l’art du langage. De plus, peu de styles musicaux peuvent ainsi prétendre à une quasi-universalité. De l’exotique Panjabi MC au militant Akhénaton, en passant par le provocateur Ice-T ou encore l’intellectuel MC Solaar, il y en a vraiment pour tous les goûts !

Le titre à découvrir cette semaine est ”Bitch Niggaz” de Dr. Dre. Il est extrait de l’album “2001”, sorti en 1999, Moins connu que le tube ”Still D.R.E.” du même album, il me rappelle l’ambiance des films du génial Quentin Tarantino. André Romel Young, alias Dr. Dre, n’est pas seulement un artiste talentueux, mais également un producteur qui a du flair. C’est lui qui a découvert et lancé des poids lourds comme Eminem et Snoop Dogg. Si vous appréciez le morceau que je présente, achetez l’album, vous ne serez pas déçus !

Pour terminer, connaissez-vous ”Rapaces” ? C’est un groupe de rap français, sans concessions et unique en son genre. Je trouve leur musique insupportable et je ne partage pas toutes leurs idées, mais leur site web vaut le détour pour sa rubrique “communiqués”, aux textes et pamphlets subversifs. On y trouve également une jolie sélection de liens vers d’autres sites engagés.

Que la fête commence !

Tane

C’est sur fond de sifflement du mara’amu, le vent froid venant du sud, que je commence ces lignes. Il paraît qu’il annonce le beau temps, c’est-à-dire une humidité plus supportable et une température à la baisse. Pour l’instant, la station météo indique toujours 30°C, malgré les rafales de vent de 60 km/h. Elles écartent au moins les moustiques, particulièrement voraces et nombreux ces jours-ci.

Demain, 1er juillet, sera donné le coup d’envoi des festivités de l’édition 2006 du Heiva i Tahiti. Ce sera la seconde année consécutive où j’assisterai à cette grande fête polynésienne, qui dure près d’un mois. Les concours de danse traditionnelle (tamouré) et de chants polyphoniques (himéné) y ont la part belle, mais de nombreuses autres disciplines y sont représentées : courses de va’a (pirogues), régates de pirogues à voile, lancer de javelots (patia fa), lever de pierres (amora’a ofai), course de porteurs de fruits, concours de préparation du coprah.

J’irai probablement voir dans une quinzaine de jours le spectacle de la troupe de danse Hei Tahiti, dirigée par la charmante Tiaré Trompette. C’est eux qui avaient remporté le concours l’année dernière. Même sans être particulièrement attiré par la danse, la représentation vaut le coup d’oeil, tant pour le spectacle que pour les filles. Pour avoir un aperçu de ce qu’est la danse typique polynésienne, j’ai mis en ligne un petit extrait vidéo dans la rubrique ”Visions”. Je ne suis pas l’auteur de cette vidéo dans laquelle les initiés noteront une grossière erreur du commentaire en voix off : on y cite le code ”Pamoré” alors qu’il s’agit du code ”Pomaré”, du nom de la dernière famille royale polynésienne. L’article 23 de ce code du début du XIXe siècle, fortement influencé par les évangélisateurs de la London Missionary Society, stipulait “Toutes danses, jeux ou divertissement lascifs sont strictement défendus”. Le tamouré ne fut réellement réhabilité que plus d’un siècle après son interdiction…

Nina

Nina Hagen

Il est des gens qui marquent leur passage. Ils peuvent inspirer l’adoration ou le dégoût, sentiments au fond assez proches, mais ils laissent rarement indifférents. Pour ce retour du “titre de la semaine”, je voudrais faire un clin d’oeil à l’une de celles qui influencèrent mes goûts musicaux d’adolescent, Nina Hagen. Héritière de la culture punk de la fin des années soixante-dix, elle est un genre à elle seule, et pourrait être comparée à d’autres artistes vraiment hors normes, telles que Laurie Anderson ou BjörkNina Hagen avait une voix extraordinaire et un goût très prononcé pour la provocation, à une époque où celle-ci était un geste politique avant d’être une expression de haine comme c’est souvent le cas aujourd’hui. Elle a laissé une discographie assez riche, d’une bonne quinzaine d’albums, ainsi que quelques films, dont l’amusant ”Cha-Cha” avec Herman Brood et Lene Lovitch, deux autres “fêlés” de cette période.

Plutôt que de proposer à l’écoute l’un des titres originaux de l’artiste, j’ai choisi sa reprise déjantée de ”My Way”, l’adaptation anglo-allemande du célèbre tube ”Comme d’habitude”, extraite de l’album ”Nina Hagen in Ekstase”. On est à mille lieues des versions mièvres de Claude François, Michel Sardou, Frank Sinatra et de bien d’autres. Elle n’est pas sans rappeler celle du génial album et film des mythiques Sex Pistols, ”The Great Rock ‘n’ Roll Swindle”. Pour ceux et celles qui préfèrent un peu plus de douceur, essayez la reprise jazzy de Nina Simone ou encore celle d’Herman Brood, troublante de sincérité, juste avant son suicide en 2001 (il fut par ailleurs un compagnon de route de Nina Hagen).

J’en profite pour changer la vidéo de la rubrique ”Visions”. Le court face à face entre François Mitterrand et Daniel Balavoine a eu beaucoup de succès. Il a été visualisé près de 600 fois en un mois ! Pour rester sur la même ligne éditoriale que cette humeur en hommage aux individus qui laissent une trace, j’ai retrouvé l’un des spots publicitaires de l’agence TBWAChiatDay, pour la campagne ”Think Different” d’Apple Computer (1997). Selon le débit de votre connexion Internet et le nombre de visiteurs, le chargement complet de la page (et de la vidéo) peut durer quelques dizaines de secondes. Patience…

En écrivant ce texte, je viens d’apprendre la mort du saltimbanque du verbe que fut Raymond Devos. Il rejoint au Panthéon des grands humoristes français le regretté Pierre Desproges.

Son et lumière … dans l’obscurité

Oeil

On m’a écrit que mon dernier billet était “déprimant”. Il ne fait que refléter l’état d’esprit dans lequel j’étais lorsque je l’ai écrit, rien de plus. Il m’arrive parfois de rédiger mes textes en écoutant de la musique et j’ai l’impression que celle-ci les influence parfois. La nuit dernière, j’étais accompagné par ”Lunatico”, le dernier album du groupe Gotan Project. Ce soir, c’est ma sélection musicale de la semaine qui rythme mes mots. Il s’agit de ”Remember the Name”, extrait de l’album ”The Rising Tied” du groupe Fort Minor. Voilà de quoi prendre un coup de jeune après Téléphone et Pink Floyd !

Cette fois, je n’ai aucune anecdote à raconter, car j’ai découvert assez récemment ce groupe. En fait, j’ai eu l’occasion d’entendre un remix du titre de Depeche ModeEnjoy The Silence” réalisé par Mike Shinoda, leader du groupe californien Linkin Park. Cette version étant à mon goût bien meilleure que le morceau original, je me suis intéressé au rappeur Mike Shinoda. J’ai ainsi découvert Fort Minor, le groupe de hip-hop qu’il a créé l’année dernière. Le titre ”Remember the Name” que je propose à l’écoute est co-interprété avec le groupe Styles Of Beyond, de Los Angeles.

Ah, il est environ 22h30 et tous les appareils électriques se sont éteints brusquement. Un coup d’oeil de la terrasse et je vois que la ville de Papeete toute entière est plongée dans l’obscurité. Encore une coupure de courant, assez fréquentes ici [cette fois, l’électricité sera rétablie trois quarts d’heure plus tard]. Je ne regrette pas d’avoir acheté un onduleur pour le routeur ADSL et le télécopieur, ainsi que plusieurs batteries pour mon PowerBook !

C’est donc dans le noir, ironie de la situation, que je vais inaugurer cette semaine la nouvelle rubrique ”Visions”. L’idée du thème de cette première m’est venue cet après-midi, lors de l’émission ”Madame, monsieur, bonsoir” que je regarde parfois sur la chaîne Tempo (France 5). Le sujet de la semaine était “Banlieue : genèse d’une crise”. Depuis que l’Institut National Audiovisuel a ouvert ses formidables archives au public, on y retrouve de véritables pépites. Voici le célèbre face à face entre François Mitterrand, plus d’un an avant son accession au pouvoir, et le regretté chanteur Daniel Balavoine, bien connu pour son engagement politique. La scène se déroule sur le plateau du journal Antenne 2 Midi (France 2 aujourd’hui), animé par Danièle Breem et Patrick Lecoq. C’était le 19 mars 1980, mais ça aurait pu être hier…

Syd, David, Nick, Roger et Richard

Champignon

La sélection du titre musical de la semaine est, pour moi, un exercice toujours laborieux. Cette fois-ci, le choix fut encore plus difficile car j’avais envie de piocher dans la riche discographie de Pink Floyd. Pourquoi est-ce donc si compliqué ? D’abord parce que les meilleurs albums de ce groupe anglais mythique sont souvent composés de morceaux très longs et donc volumineux à diffuser. La bande passante dont je dispose actuellement pour mon serveur est limitée. Ensuite, pour être comprise, et donc appréciée à sa juste valeur, la musique de Pink Floyd ne s’écoute pas, elle se ”vit”. Il est difficile d’extraire un seul titre car il perd beaucoup de sa magie hors du contexte de son album. Un peu comme un roman dont on ne lirait qu’un seul chapitre. Il y a quelques exceptions, quelques morceaux qui sont devenus seuls de grands succès commerciaux (”Money” par exemple) mais ce ne sont pas toujours les meilleurs à mon goût.

Je ne ferai pas l’affront au lecteur de rappeler la biographie du groupe Pink Floyd, né la même année que moi, et les ressources sur le sujet ne manquent pas. Pour moi, il est depuis toujours la référence absolue de mes influences musicales, et pourtant je l’ai découvert tardivement. Quand j’étais enfant, je passais souvent mes vacances d’été sur la Côte d’Azur. Mes parents étaient très liés avec le conservateur du musée océanographique de Monaco. Ce dernier avait pour ami un architecte italien qui mettait à notre disposition son magnifique appartement du “Jardin des Hespérides” à Roquebrune Cap Martin. C’est dans sa discothèque que j’ai découvert, vers douze ans je crois, l’album ”Atom Heart Mother” de Pink Floyd.

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Quand je suis né, j’ai crié

Rock Star

Nous avons tous des souvenirs d’adolescence, constellés d’événements qui nous ont marqués, et notre innocence d’enfant a été peu à peu remplacée par la soumission ou la révolte. Moi j’étais plutôt dans cette dernière catégorie. Il est intéressant de réfléchir à ce passé et de prendre conscience des premières choses qui remontent spontanément. Elles sont très révélatrices des fondements de notre caractère. Pour moi, ce sont surtout des noms qui font surface. Parmi eux, Michel Poniatowski, l’un des plus méprisables politicards que connut la Ve République. Mais là je m’égare. J’étais parti pour écrire une note afin de présenter le morceau musical de la semaine, et voilà que je glisse sur un autre terrain. J’ai un peu de mal à me retenir en ces temps d’effervescence politique et sociale que nous vivons, et j’y reviendrai sans doute dans un prochain article.

Plutôt révolté disais-je donc ci-dessus. Oui, l’adolescence (1976-1982) a été pour moi une période agitée. Il était de fait naturel que je sois plus réceptif à l’époque aux mouvements musicaux représentant la contestation. Le disco régnait alors en maître après l’énorme succès du film ”Saturday Night Fever” et tous mes copains d’école arboraient fièrement leurs pantalons “pattes d’éléphant”. Moi j’avais les cheveux longs, de l’acné et portais non moins fièrement un blouson de cuir ”Perfecto” couvert des ”pins” de mes groupes préférés.

Pour l’anecdote, j’avais acquis ce blouson à l’insu de mes parents, qui estimaient que c’était un vêtement de “voyou”. Il n’était pas question qu’ils me voient le porter. J’habitais à ce moment-là au 33 de la rue de Vaugirard, dans le 6e arrondissement parisien, et j’étais scolarisé au Cours Beauséjour, dans le 16e. Sur le trajet pour aller au lycée, je passais par la gare Montparnasse. Malin, j’avais eu l’idée de cacher mon blouson à la consigne automatique. Je m’arrêtais donc tous les matins et tous les soirs pour me changer dans le hall de la gare ! Il est probable que les dix francs d’argent de poche que mes parents me donnaient quotidiennement passaient dans les caisses de la SNCF. Je crois que je ne leur ai jamais raconté cette petite histoire…

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Soliloquons musique

Musique

Un jour de ce début d’année 1995, je déambulais dans les allées du centre commercial du Victoria Wharf à Cape Town, en Afrique du Sud. Je m’arrêtais devant un disquaire, attiré par la musique qui s’en échappait. Coup de coeur immédiat. Après quelques minutes d’écoute en douce, j’allais demander au vendeur quel était donc ce disque génial qui passait afin que je l’achète sur le champ. Il me répondait qu’il ne pouvait pas me le vendre car c’était une commande spéciale d’un client et qu’il ne disposait que d’un seul exemplaire, importé de Grande-Bretagne. Qu’à cela ne tienne, je passais moi-même commande. Il s’agissait de l’album ”No Protection” du groupe anglais Massive Attack (remixé par Mad Professor). J’avais découvert le trip-hop !

J’ai été fan dès le premier jour de ce nouveau style mêlant hip-hop, house, acid jazz et dub. Après Massive Attack, c’était au tour de Björk, Tricky, PortisheadHooverphonicUNKLE, Leila, Lamb, Morcheeba et Archive de remplir peu à peu ma discothèque. C’est un morceau de ce dernier groupe que je propose à l’écoute cette semaine.

Archive est un groupe anglais formé en 1994, qui a commencé par produire deux albums trip-hop : ”Londinium” (1996) et ”Take My Head” (1999). Après être passé très près de l’éclatement en 2000 le groupe changeait radicalement de style en 2002 pour passer au rock progressif avec l’album ”You All Look the Same to Me” (dont le premier titre, dans le style Pink Floyd, est un monument). L’année suivante fut un peu plus mitigée avec la composition de la bande originale du navet ”Michel Vaillant”. Ensuite ce fut le grandiose album ”Noise” (2004) et sa variante acoustique live ”Unplugged” (2005). Leur septième disque, ”Lights”, devrait sortir le 22 mai prochain. Malheureusement Craig Walker, le chanteur de la seconde période, qui avait beaucoup apporté au groupe, l’a quitté l’année dernière. La surprise sera donc totale.

J’ai beaucoup hésité sur le morceau à mettre à l’écoute. J’ai acheté tous les albums du groupe et le choix est difficile parmi les 68 titres de ma bibliothèque iTunes. Ne parvenant pas à me décider, je cède à la facilité en proposant l’un des tubes de l’album ”Noise” : ”Fuck U”.

Allons enfants…

En ce jour de gloire qui a du mal à arriver, je ne peux pas m’abstenir de citer comme chaque année ces quelques lignes de circonstance tirées du “Horla” de Maupassant – que je viens de relire – :

“14 juilllet. – Fête de la République. Je me suis promené par les rues. Les pétards et les drapeaux m’amusaient comme un enfant. C’est pourtant fort bête d’être joyeux, à date fixe, par décret du gouvernement. Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit : « Amuse-toi. » Il s’amuse. On lui dit : « Va te battre avec le voisin. » Il va se battre. On lui dit : « Vote pour l’Empereur. » Il vote pour l’Empereur. Puis, on lui dit : « Vote pour la République. » Et il vote pour la République.

Ceux qui le dirigent sont aussi sots ; mais au lieu d’obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, lesquels ne peuvent être que niais, stériles et faux, par cela même qu’ils sont des principes, c’est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l’on n’est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est un illusion.”

Aux armes citoyens…