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Naufragés et rescapés

Epave

La Polynésie est une région où la navigation maritime est réputée dangereuse, surtout à la proximité des atolls. Les barrières coralliennes sont redoutables, surtout par grosse houle ou mauvaise visibilité. Dans l’archipel des Tuamotu, composé essentiellement d’îles basses, les terres émergées ne dépassent que de quelques mètres la surface de l’océan. D’ailleurs nombreuses d’entre elles sont menacées de submersion à cause de la montée des eaux due au dérèglement climatique de la planète. La cartographie de ces îles perdues du Pacifique est assez peu précise et le balisage souvent inexistant. Une fois franchie la passe permettant aux bateaux de faible tirant d’eau de pénétrer dans le lagon, ce sont les patates de corail qui guettent le navigateur imprudent. Les histoires de naufrages et d’échouages sont fréquentes en Polynésie. Même les pêcheurs locaux et les marins les plus expérimentés se font prendre au piège et l’erreur ne pardonne pas. Le 28 avril dernier, c’était le légendaire Gipsy Moth IV qui était éventré à la tombée de la nuit par le récif corallien de Rangiroa. Pourtant la mer était calme, le vent très faible, et son skipper Antonia Nicholson est une professionnelle de la mer… J’en ai déjà parlé dans une note précédente, le sauvetage du voilier put être réalisé in extremis grâce à une météo favorable pendant les jours qui ont suivi le naufrage.

Samedi dernier, le centre de sauvetage en mer de Polynésie française a été informé par le centre spatial de Toulouse du déclenchement d’une balise de détresse Cospas-Sarsat. L’émetteur satellite a été identifié comme étant celui du Carpe Diem, un petit voilier de plaisance norvégien, dont le dernier port d’escale avait été Valparaiso, au Chili, quelque 3350 miles nautiques (6200 km) plus loin. Le signal provenait de l’atoll inhabité de Temoe, situé à une soixantaine de kilomètres au sud-est de l’île de Mangareva, dans l’archipel des Tuamotu-Gambier (1600 km de Tahiti). Le navire sur zone le plus proche était une navette municipale de transport de passagers basée à Rikitea, le principal village de Mangareva. Un hélicoptère Super Puma de l’armée de l’air avec une équipe médicalisée avait également été mis en alerte pour intervenir si le bateau ne pouvait appareiller en raison du mauvais temps. La vedette a pu atteindre Temoe dimanche et ramener sains et saufs les trois naufragés. Le voilier quant à lui, trop endommagé pour être sauvé, finira sa vie sur le récif de cette île déserte, où le rêve peut vite se transformer en cauchemar…

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Contrastes Polynésiens

Vahiné

Oscar Temaru, Président de la Polynésie française, fait beaucoup parler de lui en ce moment. Ses provocations incessantes vis-à-vis de l’Etat français et son perpétuel discours indépendantiste commencent à agacer beaucoup de monde. Ses dernières frasques en date ont été son absence très remarquée des cérémonies du 14 juillet à Papeete et un voyage d’agrément en Suède, aux frais du contribuable. La coalition UPLD qui l’a porté au pouvoir s’est sérieusement effritée et n’est probablement plus majoritairement représentative. Les ambitions personnelles des autres chefs de partis et l’utilisation de méthodes politiques douteuses ne facilitent pas la tâche au gouvernement Temaru, mais on peut néanmoins faire le constat que son bilan n’est pour l’instant guère brillant. Son prédécesseur Gaston Flosse était certes corrompu et usé par le pouvoir, mais au moins il parvenait à faire fonctionner l’économie de la région. L’incompétence de la nouvelle équipe est manifeste et devient même inquiétante pour l’avenir à moyen terme. Les élections présidentielles françaises vont avoir lieu dans moins de neuf mois et il est très vraisemblable que le vainqueur soit beaucoup moins conciliant que Chirac, réputé pour son attachement aux régions ultramarines. Le faucon Sarkozy l’a d’ailleurs clairement annoncé dans l’un de ses discours démagogiques habituels , lors d’une convention le 12 juillet. Il n’est donc pas surprenant qu’Oscar fasse les yeux doux à Ségolène la puritaine, dont il soutient la candidature à l’investiture socialiste. Pour ma part, je l’ai déjà écrit, entre Charybde et Scylla, point de choix…

Changeons de sujet. Dimanche 16, je suis allé comme prévu assister à l’une des soirées du Heiva sur la scène de la place To’ata, dont les gradins étaient combles. Au programme il y avait dans la catégorie “danse légendaire” l’association Vaira Nui, puis deux groupes de chants polyphoniques traditionnels, Tamarii Fanatea et Tamariki Oparo. Enfin, deux heures plus tard, le clou de la soirée, en catégorie “danse historique” la troupe Hei Tahiti, dirigée par la fameuse Tiaré Trompette. C’est cette même troupe qui remporta en catégorie “amateurs” le concours du Heiva 2005. Je l’avais déjà trouvée très bien l’année dernière, mais c’était encore mieux cette année. Le thème choisi par Tiaré, assez osé lorsque l’on connaît la bigoterie en Polynésie, était celui de l’évangélisation d’un village par les premiers missionnaires. La troupe était composée de deux cents danseurs et danseuses amateurs, mis en valeur par des costumes magnifiques (exclusivement en matières naturelles) et dans une mise en scène originale.

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Week-end animé à Papeete

Tatouage

Hier, la 124e édition du Heiva i Tahiti a commencé à huit heures du matin par des courses de va’a, les fameuses pirogues tahitiennes. Je suis très rarement debout à cette heure-là et n’ai pas dérogé à mes habitudes en ce samedi matin. Je me suis contenté d’assister au défilé d’ouverture des festivités à 16h30. Toutes les écoles de danse participant au Heiva se sont succédées sur le front de mer pendant deux heures. C’était très dépaysant de voir la procession de ces centaines de vahinés et de tanés, avançant au rythme des percussions aux sonorités exotiques. La musique m’a un peu rappelé le Brésil, où j’avais vu un soir à la marina de Salvador de Bahia le groupe Timbalada. Les participants au Heiva étaient tous vêtus à la polynésienne, parfois avec les robes et chemises à fleurs typiques ou parfois juste avec quelques feuilles de pandanus tressées dissimulant le minimum. La danse est profondément inscrite dans la culture polynésienne. Qu’elles soient petites ou grandes, minces ou obèses, jeunes ou vieilles, j’ai l’impression que toutes les filles la pratiquent, ainsi que de nombreux hommes. Je publierai prochainement dans la galerie une sélection de photos prises à l’occasion de ce défilé.

Tout comme la danse, les tatouages font aussi partie du patrimoine culturel des Polynésiens. Considérés comme païens par la vermine religieuse, ils furent également interdits au début du XIXe siècle par le code Pomaré. Aujourd’hui, je crois que peu de Polynésiens, hommes ou femmes, passent outre ce rituel identitaire. Le résultat est souvent magnifique tant les motifs sont variés et les tatoueurs habiles. En dehors des classiques “bracelets” aux volutes tribales autour de la cheville ou du bras, Les filles arborent souvent un tatouage au bas des reins, parfois sur toute la largeur de leur taille. Je trouve ça particulièrement sexy ! Il y a de nombreux tatoueurs en Polynésie et certains sont mondialement réputés. Chaque motif est théoriquement unique et possède une dimension symbolique à étudier avec l’artiste avant sa réalisation. Peut-être me laisserais-je tenter avant de quitter ces îles…

Dans la soirée, je suis allé au restaurant Casablanca, situé dans l’enceinte de la marina Taina. J’avais été invité à un cocktail donné à l’occasion de la publication du dixième numéro d’un magazine consacré à l’art et à la culture. Cette sortie mondaine dans une ambiance feutrée m’a permis de rencontrer quelques nouvelles têtes du gotha local, dont le directeur de l’Agence Tahitienne de Presse (ATP). J’ai longuement discuté avec l’un des rares Polynésiens présents. En fait, il était mélanésien, car originaire du Vanuatu. Après l’indépendance de ce condominium franco-britannique, qui portait avant le nom de Nouvelles Hébrides, il est parti faire ses études en Europe, puis il s’est installé à Tahiti et y a créé sa société de conception graphique. Je m’étais intéressé il y a quelque temps au Vanuatu car c’était la première destination qui m’avait tenté lors de la préparation de ce voyage. J’avais finalement retenu la Polynésie française dans le but d’éviter les tracasseries administratives liées à l’installation dans un pays étranger. Avec le recul, je ne suis pas sûr d’avoir fait le bon choix…

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De Nicole à LoLiTa

Nicole Kidman

Quelques titres de la presse française sont consacrés à Tahiti en ce moment. Il y a bien sûr le déplacement en France du président Oscar Temaru et de la délégation polynésienne, mais aussi un peu de ”people”. L’actrice Nicole Kidman est arrivée en jet privé mardi, en compagnie de Keith Urban, son nouveau mari. Ils ont loué pour leur lune de miel la suite royale de l’hôtel St. Regis à Bora Bora, où ils doivent passer une semaine à douze mille euros la nuit. C’est amusant, j’avais postulé en février au poste de directeur informatique de cet hôtel, mais ma candidature n’avait pas été retenue.

Après la rencontre fortuite avec Michel la semaine dernière, celui-ci essaie de m’embarquer maintenant dans son nouveau projet, la production d’une émission mensuelle de variétés sur la chaîne télévisée locale TNTV. Nous avons eu une longue réunion hier avec le directeur des programmes. Le projet m’a paru sérieux mais comme toujours Michel sous-estime la somme colossale de travail qu’il représente et je ne me vois pas m’associer avec lui, d’autant plus que je n’ai aucune expérience dans ce métier. On ne s’invente pas producteur ! Je lui ai promis de l’aider un peu, mais j’ai refusé tout engagement formel. D’ici dix jours, je dois rencontrer avec lui l’un des nouveaux ministres du gouvernement afin d’essayer d’obtenir une subvention. Je doute quelque peu du succès de l’opération, mais ça me permettra toujours de rajouter un contact potentiellement utile dans mon carnet d’adresses. Je n’ai toujours pas pris de décision ferme quant à la poursuite de mon séjour en Polynésie.

Le 29 juin est un jour férié à Tahiti. Officiellement la fête de l’autonomie interne, commémorant l’annexion de la Polynésie par la France en 1880. Comme on peut s’en douter, le gouvernement indépendantiste actuel souhaite changer la date de cette célébration au 20 novembre, correspondant au retour du tau ‘auhune, la saison d’abondance. Déjà, à la fin des années quatre-vingt, cette fête avait été déplacée pendant trois ans au 8 septembre ! La nouvelle date n’ayant pas encore été officiellement promulguée, la situation tourne au ridicule : c’est un jour ouvré comme un autre dans le secteur public, mais férié dans le privé !

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Visiteurs anonymes

Mac

Une fois n’est pas coutume, quelques mots d’informatique. Cette note devrait être courte car Mana, le seul fournisseur d’accès Internet de Polynésie, va procéder à une interruption de service cette nuit, et je voudrais pouvoir publier ces quelques lignes avant la coupure. Des travaux sont en cours pour l’extension du réseau ADSL. A ce sujet, les tarifs ont sensiblement baissé au 1er juin et j’en ai profité pour augmenter le débit de ma ligne de 256 à 512 Kbit/s. C’est la connexion la plus rapide que l’on puisse obtenir à Tahiti. Le prix de l’abonnement mensuel est maintenant de 14850 Francs CFP, soit 125 euros, avec une limite de volume entrant/sortant cumulé de 15 Go par mois.

Cette poignée d’octets à la seconde supplémentaires est précieuse lorsque l’on passe, comme moi, plusieurs heures par jour sur le réseau Internet. Je parcours quotidiennement bon nombre de sites et interviens de manière assez régulière sur quelques blogs. Il est toujours plus facile d’écrire en réponse à d’autres que de partir d’une feuille blanche. A propos de sites web, j’ai découvert avec tristesse mercredi dernier que Macdigit, l’un de mes préférés, mettait la clé sous la porte. Je les regretterai beaucoup… J’ai essayé de me consoler un peu en allant rendre visite au nouveau site Geoportail de l’IGN, challenger pour la France de l’extraordinaire Google Earth, mais l’affluence est telle que ce nouveau venu est totalement inaccessible, victime de son succès. Même une semaine après son lancement, il est toujours impossible d’y avoir accès, de jour comme de nuit.

Parlons maintenant un peu de vous, visiteurs anonymes. Je regarde régulièrement les statistiques d’accès à ce blog et je constate que les chiffres ne varient guère. Depuis le début de l’année 2006, il y a environ trois mille visites et quinze mille pages lues chaque mois. L’audience à peu près réelle, autrement dit la moyenne mensuelle de visiteurs distincts et identifiés comme venant d’une même adresse IP, dépasse les deux mille personnes. Même en éliminant ceux d’entre vous passés ici par le hasard des moteurs de recherche, ceux qui ont mis le site dans leur agrégateur puis l’ont oublié ou encore les robots d’indexation, vous êtes semble-t-il bon nombre à me lire. J’en suis flatté, mais pourquoi ne pas participer ? Seuls trois ou quatre d’entre vous laissent régulièrement une trace écrite de leur passage. Le lecteur passif et silencieux m’intrigue. Que ma prose n’intéresse pas, je peux aisément le comprendre, mais alors pourquoi revenir ? Au début de cette expérience, on m’a reproché la longueur des textes, dix à quinze pages par article les trois premiers mois. En avril dernier, j’ai changé radicalement de style éditorial en écrivant des billets plus courts et plus réguliers. La fréquentation du site a sensiblement augmenté, mais pas les contributions des visiteurs ! Un blog doit-il être seulement un ”one man show” narcissique devant un public passif ? Je l’aurais plutôt souhaité comme une forme de détonateur social qui puisse susciter le débat et rassembler autour de préoccupations communes. Visiteurs anonymes, votre silence reste un véritable mystère pour moi !

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Retrouvailles éthyliques

Whisky

Jeudi soir, je terminais tranquillement mon dîner à la terrasse du ”Café des Négociants”, lorsque je vois un individu passer en courant… qui n’est autre que Michel ! Les fidèles de ce blog se souviendront de ce curieux bonhomme. C’est lui qui m’avait présenté, il y a maintenant un an, à quelques personnages de Polynésie, dont le sénateur Gaston Flosse. Depuis quelques mois, il s’était fait plutôt rare. J’étais passé chez lui en décembre, puis en avril, et il me semblait assez diminué. Il m’avait néanmoins téléphoné un jour pour m’inviter à une fête qu’il organisait sur un motu privé, mais je n’y étais pas allé. Le voilà donc devant moi, essoufflé et manifestement énervé. Il me raconte qu’il était en train de prendre un verre avec un ami à la terrasse d’un café voisin et qu’un type qui passait par là leur avait volé la bouteille de whisky qu’ils venaient d’entamer, avant de s’échapper en courant. Michel a essayé de le rattraper mais en vain. Il me propose de le rejoindre après mon dîner.

Malgré une petite hésitation, car je sais que les soirées avec lui sont généralement interminables, je me décide à prendre un verre avec lui. Arrivé au café, je reconnais l’ami qui l’accompagne. Je l’avais déjà rencontré en compagnie de Michel plusieurs mois auparavant. C’est un type assez intéressant, et qui connaît beaucoup de monde en Polynésie pour y avoir passé une bonne partie de sa vie. J’apprends que depuis notre dernière rencontre, il a ouvert une librairie sur une île voisine. Nous sommes rejoints quelque temps après par d’autres connaissances de Michel. Deux fonctionnaires du port de commerce, visiblement déjà bien imbibés, accompagnés par une grande (fausse) blonde dont le quotient intellectuel m’a paru inversement proportionnel à sa vulgarité. D’habitude, j’aime bien les filles triviales, mais celle-là était vraiment caricaturale. Ensuite, c’est Barthélemy qui est venu s’installer à notre table. C’est un Polynésien, vedette de variétés, quasiment édenté mais au visage cependant très expressif. J’ai regretté de ne pas avoir mon appareil photo ce soir-là. Barthélemy avait manifestement abusé d’alcool et sans doute d’autres substances hallucinogènes. Il tenait à peine debout mais cela devait être son état normal car je l’ai entraperçu à la télévision deux jours plus tard et il ne m’a pas semblé très différent.

Cette soirée m’a rappelé l’ambiance de mes premiers mois à Tahiti. J’ai appris qu’Aldo, le très douteux individu avec lequel j’avais failli travailler en août dernier, avait perdu son emploi – plus ou moins fictif – au ministère des Postes et Télécommunications. Il était lié par un contrat de cabinet qui avait été rompu suite à la tentative de coup d’Etat des partis autonomistes en avril dernier. Emile Vernaudon, dit “le shérif”, son ministre de tutelle, avait démissionné en entraînant avec lui tous ses fidèles. Bien mal lui en avait pris car il a beaucoup perdu dans cette histoire. Je me souviens encore d’Aldo qui rêvait secrètement d’un poste de ministre ! Le président Temaru avait glissé à l’époque la petite phrase “ceux qui creusent la tombe de quelqu’un oublient qu’eux-mêmes peuvent y glisser”. Bien vu Oscar. Michel m’a dit que le nouveau projet d’Aldo était la création de la plus grande porcherie de Tahiti. Je suis sûr que cette activité lui conviendra à merveille…

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De retour au fenua !

Tatouage

Déjà près de deux semaines se sont écoulées depuis mon retour au ”fenua” (le “pays” en langue tahitienne) et une certaine routine du quotidien refait doucement surface. Je commence enfin à me remettre du jet-lag. La règle d’une journée par heure de décalage horaire à rattraper se confirme. Pendant la première semaine, je m’écroulais vers 20 heures pour me réveiller aux alentours de cinq ou six heures du matin, heures auxquelles je me couche habituellement ! J’ai eu l’impression que le décalage a été plus facile à encaisser à l’aller qu’au retour, malgré le temps de trajet plus long.

Je suis plus que jamais mitigé entre rester encore quelque temps à Tahiti, ou repartir ailleurs, après un passage probable en France. En revenant en Polynésie, j’ai retrouvé avec plaisir la végétation luxuriante, l’air marin, le ciel bleu, le lagon et plus généralement cette nonchalance des îles du pacifique. Mais d’un autre côté, je recommence déjà à tourner en rond et suis désormais très sceptique sur mes chances de trouver une activité professionnelle intéressante ici. Je n’ai pas encore rappelé la société de formation qui m’avait contacté la veille de mon départ à Paris. Je vais le faire dans les jours à venir, mais je doute fort que ce qu’ils pourraient éventuellement me proposer puisse m’intéresser. Je me dis que je me donne encore un ou deux mois pour me décider, ce que je me répète d’ailleurs depuis le mois de septembre de l’année dernière !

Un autre facteur pourrait influencer ma décision de quitter prochainement la Polynésie. On m’a diagnostiqué il y a trois ans un sinus pilonidal, maladie bénigne de la peau, mais qui se “réveille” de temps à autre sous la forme d’un kyste mal placé et assez gênant. Une intervention chirurgicale peut être nécessaire à son exérèse. La période de convalescence est parfois longue et pénible, une infirmière venant à domicile quotidiennement pour changer le méchage. Il n’est pas exclu que je doive me faire opérer prochainement, et si c’est le cas, je préférerais le faire en France. Moi qui suis généralement en excellente santé, je n’ai pas eu de chance de ce côté-là ces dernières années. L’été 2003, j’avais déjà dû être opéré en urgence pour un anévrisme thrombosé (une artère bouchée) dans la main gauche ! Trois ans plus tôt, en escale au Cap Vert, je m’étais fait une hernie discale qui m’accompagne toujours depuis. Heureusement, rien de majeur, mais je me passerais bien de ces désagréments à répétition.

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A la poursuite du jour

Bagages

Je commence ces quelques lignes dans le Boeing 747-400 d’Air New Zealand, à près de onze mille mètres d’altitude, quelque part au-dessus de l’océan atlantique. Le monstre de quatre cents tonnes est passé à proximité de l’Islande, et d’après la carte s’affichant sur les écrans LCD individuels, l’endroit le plus proche actuellement s’appelle Godhavn. Je suppose que c’est au Groënland. L’avion a décollé de Londres il y a environ cinq heures, soit un peu moins de la moitié du temps nécessaire pour rejoindre Los Angeles. Selon le même écran d’informations, les deux villes sont distantes de 8769 km. Je suis très agréablement surpris par Air New Zealand, compagnie avec laquelle je vole pour la première fois. Le premier plateau-repas végétarien était excellent et le personnel de cabine est très professionnel. J’attends avec impatience le dîner, qui sera servi deux heures avant l’atterrissage.

Cette fois, je n’ai pas pu avoir mon siège habituel devant une sortie de secours, mais je bénéficie en contrepartie d’une rangée latérale complète pour mon seul usage. Heureusement d’ailleurs car devant moi est installé un vieil américain, du genre sans gêne, qui a incliné son siège au maximum, sans se soucier de savoir s’il me restait de la place pour les jambes. Partout où je voyage, j’ai remarqué que les retraités américains sont souvent particulièrement arrogants. Ils donnent vraiment l’impression de se croire tout permis. Même ceux que j’ai croisés en bateau dans les marinas étaient antipathiques, malgré l’esprit d’entraide que l’on retrouve généralement chez les plaisanciers au long cours.

Tiens, que se passe-t-il un peu plus loin ? Les hôtesses ont évacué une douzaine de passagers. J’ai l’impression qu’il y a une fuite de liquide venant des coffres à bagages situés au-dessus des sièges. Ca ne doit pas être bien grave car les gens debout dans la coursive ont l’air amusés de la situation. Un écossais en kilt vient de passer devant moi !

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Parenthèse hexagonale

Pyramide du Louvre

A peine remis des douze heures de décalage horaire entre Papeete et Paris, me voilà repartant déjà dans l’autre sens. Dans quelques heures, j’embarquerai à bord d’un vol de British Midland à destination de Londres, première étape de mon retour vers la Polynésie. Le voyage durera cette fois 28 heures, escales comprises. François-Xavier, Agathe, Sébastien, Delphine, William, Thomas, Laurent, Valérie, Hervé, Pauline, Simon, Marielle, Philippe, Sophie, furent quelques jalons de mon escapade parisienne. Que ceux que je n’ai pas appelés ou rencontrés me pardonnent. Je n’avais pas réalisé que jeudi dernier était un jour férié suivi d’un pont durant lequel nombre d’entre vous aviez fui Paris. Les dix journées dans la capitale sont plutôt vite passées et ont été généralement bien remplies. De tous points de vue d’ailleurs, une balance m’indiquant deux kilos de plus qu’à l’aube de mon départ ! Il faut dire que je ne me suis pas privé en matière de restaurants et de bars. La variété des choix possibles est l’une des rares choses réellement appréciables à Paris. J’ai pu m’adonner à mon goût, très raisonnable, pour les bons scotch whiskys et descendu ainsi un bon nombre de verres de Laphroaig, Lagavulin, Macallan, Oban et autres purs malts.

Mon sac de voyage s’est considérablement alourdi depuis mon arrivée à Paris. Une bonne quinzaine de bouquins constituent l’essentiel de ces kilos supplémentaires. A l’occasion de l’un de mes deux passages à la FNAC de la rue de Rennes, j’ai acheté ”Lights”, le dernier album du groupe de trip-hop Archive dont j’ai déjà parlé dans ces colonnes. Le titre phare, du même nom que l’album, est simplement fabuleux. Je regrette cependant que le groupe ait cédé à la tentation commerciale de permettre l’utilisation de quelques notes de ce morceau pour la pub du site de rencontres Meetic. Pour le reste, c’est un quasi sans faute. Une chronique sur le groupe titrait judicieusement “Le trip-hop à la rencontre de Pink Floyd”.

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36 heures plus tard…

British Airways

Me voici enfin installé dans le Boeing 747-400 de British Airways. Les treize heures de transit à l’aéroport de Los Angeles furent longues. L’avion est presque plein. J’ai encore réussi à négocier un siège devant une sortie de secours afin de pouvoir déplier mes longues jambes. Mon seul voisin, assis à ma droite, est un type d’une bonne soixantaine d’années, le genre “vieux beau” à la carrure athlétique et à la peau bronzée. Il est plongé dans la lecture du New York Times. Nous n’échangerons pas un mot ni un regard pendant toute la durée du vol, ce qui est assez rare lorsque l’on “cohabite” ainsi durant une dizaine d’heures. Tant mieux d’ailleurs car je suis crevé et peu d’humeur à faire du bavardage social. L’hôtesse qui s’occupe de la section dans laquelle je me trouve est une petite brune un tantinet vulgaire, pas particulièrement jolie, mais au regard agréablement pervers. Elle a ce tic d’utiliser les clins d’oeil comme d’autres utilisent les sourires. Cette familiarité involontaire, de la part d’une inconnue, peut être assez troublante. Je me fais une fois de plus la remarque que les hôtesses de British Airways sont souvent des femmes d’âge mûr, contrairement à celles de la plupart des compagnies aériennes. Ca m’amuse également de constater à quel point l’environnement social et culturel peut formater l’attitude des gens. Avec un peu d’attention, la gestuelle, la stature, la coiffure ou les mimiques du visage offrent de nombreux indices permettant de se faire une idée assez précise de l’origine d’une personne.

Une fois installé à ma place, j’explique à l’hôtesse que je suis végétarien et lui demande de s’assurer que le plateau-repas idoine a bien été prévu. J’ai bien fait de lui en parler, car mon nom ne figurait pas sur la liste des passagers souhaitant des menus spéciaux, tout comme sur le vol de la veille. Je la remercie d’avoir corrigé l’erreur, et j’ai droit à mon premier clin d’oeil ! Peu de temps après, la fatigue commençant vraiment à se faire sentir, je me suis endormi. Je suis réveillé par une annonce dans les haut-parleurs de la cabine. Je regarde ma montre, et me rends compte que nous aurions dû décoller depuis un bon moment déjà. J’apprends qu’un problème d’étanchéité avait été découvert sur un hublot de l’avion et que la réparation vient de se terminer. Le lourd quadriréacteur commence enfin à rouler sur la piste et décolle avec une bonne heure de retard sur l’horaire prévu. En avant pour un vol d’une dizaine d’heures, survolant les Etats-Unis puis l’océan Atlantique.

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