Archive for the Category »Idées, incertitudes et conjectures «

Macabre anniversaire

Guillotine

Il y a exactement trente ans, le mercredi 28 juillet 1976 à 4h13 du matin, dans la cour de la prison des Baumettes à Marseille, un jeune homme de vingt-deux ans était décapité par le bourreau de la république. Il s’appelait Christian Ranucci. Il sera l’un des derniers condamnés à laisser son sang sur la guillotine, avant l’abrogation de la peine de mort en 1981 grâce au courage politique de François Mitterrand et au combat de Robert Badinter. Le jour où Christian Ranucci a eu la tête tranchée, je n’avais que onze ans, mais cette affaire m’a profondément marqué. Je pense qu’elle a été déterminante dans le développement de mon esprit de révolte face à la toute puissance de l’Etat, sentiment qui ne m’a depuis jamais quitté. La seconde moitié de cette décennie fut très trouble en matière de libertés publiques. Les affaires polémiques n’ont pas manqué : les douteux “suicides” en prison d’Andreas Baader et de quelques autres activistes d’ultra-gauche, l’assassinat en pleine rue à Paris du gauchiste Pierre Goldman et sa revendication par le groupuscule d’extrême droite “Honneur de la police”, l’exécution un mois plus tard par les flics de “l’ennemi public numéro un”, le truand anarchiste Jacques Mesrine. Tous ces types étaient certes loin d’être des enfants de choeur et mon idée n’est pas de les défendre. Mais de là à cautionner l’arbitraire d’un Etat policier, il y a un seuil à ne pas franchir. Les ministres de l’intérieur de l’époque, Michel Poniatowski puis Christian Bonnet, ont été parmi les pires que la France ait connu. Par la suite, seuls Pasqua et Sarkozy ont usé et abusé des mêmes ficelles : répression, obscurantisme et manipulation. Souvenons-nous également du très sombre Service d’Action Civique (SAC), la “police politique” gaulliste paramilitaire de la droite française, à l’origine de bien des saloperies… Aujourd’hui, les noms ont changé, mais l’esprit du SAC est resté au travers d’organisations telles que le Mouvement Initiative et Liberté (MIL) ou encore l’UNI, le syndicat d’étudiants de droite.

Pour en revenir à Christian Ranucci, la question de sa responsabilité dans le meurtre de Marie-Dolorès Rambla, une gamine qui fut retrouvée poignardée deux jours après son enlèvement à Marseille en juin 1974, n’est pas le fond du problème. On ne pourra peut-être plus jamais trouver d’éléments irréfutables, à charge ou à décharge, et chaque partie continuera à servir subjectivement son “intime conviction”. D’un côté le journaliste écrivain Gilles Perrault, auteur du célèbre ouvrage ”Le Pull-over rouge”, suivi du film homonyme de Michel Drach et de quelques autres livres. De l’autre côté, plusieurs flics, dont Gérard Bouladou, auteur de la contre-enquête “Ranucci coupable !” et le médiocre ancien président de la république Valéry Giscard d’Estaing, qui refusa sa grâce au condamné à mort, pour des raisons essentiellement politiques. Les lecteurs de ce blog ne connaissant pas l’affaire peuvent visiter les sites web Affaire Ranucci : Pourquoi réviser ? et Dossier Ranucci : peut-on douter ? qui en expliquent les grandes lignes et permettront à chacun de se construire sa propre opinion sur le sujet.

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Marche et crève

Char

Hier soir vers 22 heures (en raison du décalage horaire de douze heures avec Paris), Télé Polynésie retransmettait en direct le défilé sur les Champs-Elysées des porteurs de plumeaux et autres coupe-coupe. J’ai regardé dix minutes les hordes de chair à canon battre le pavé parisien comme des majorettes. J’ai du mal à comprendre l’intérêt de cette – probablement fort coûteuse – mascarade digne de la Corée du Nord ou de l’Iran. J’avais allumé la télévision pour regarder l’intervention et l’interview de Chirac, que finalement je ne verrai pas, passant une heure et demie au téléphone avec un copain parisien, ancien engagé ! En y réfléchissant, j’ai réalisé que j’avais compté bon nombre de militaires de carrière parmi mes amis ou relations proches. Encore plus surprenant est le fait qu’à seize ans j’avais pour ambition de m’engager dans le génie parachutiste ! Bon, c’est vrai que c’est anecdotique car lorsque j’ai fait ce que l’on appelait alors les “trois jours”, pour déterminer l’aptitude au service militaire, j’ai été bien content d’être exempté (mais mobilisable). C’était en 1984, j’avais dix-neuf ans et je vivais avec Ewa, une jolie polonaise, étudiante en médecine. J’étais à la faculté de Droit et je n’avais plus aucune envie de perdre une année à jouer aux petits soldats et à me faire niveler l’esprit… Quel beau dilemme : d’un côté j’apprécie le côté organisé et ordonné de l’armée, mais d’un autre côté je trouve insupportable l’excès de hiérarchie et le formatage des individus. Sans même évoquer l’endoctrinement nationaliste et le patriotisme, que je déteste par-dessus tout. Voilà le pourquoi de ce billet mi-fougue mi-raison.

Il n’en reste pas moins que je ne vais pas déroger cette année à publier une fois de plus ce court passage du Horla de Maupassant pour lequel j’ai toujours autant de plaisir à lire et à relire :

14 juillet. – Fête de la République. Je me suis promené par les rues. Les pétards et les drapeaux m’amusaient comme un enfant. C’est pourtant fort bête d’être joyeux, à date fixe, par décret du gouvernement. Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit : « Amuse-toi. » Il s’amuse. On lui dit : « Va te battre avec le voisin. » Il va se battre. On lui dit : « Vote pour l’Empereur. » Il vote pour l’Empereur. Puis, on lui dit : « Vote pour la République. » Et il vote pour la République.

Ceux qui le dirigent sont aussi sots ; mais au lieu d’obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, lesquels ne peuvent être que niais, stériles et faux, par cela même qu’ils sont des principes, c’est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l’on n’est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion.

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Corinne, Arnaud ou Olivier ?

Urne

Le solstice d’hiver est enfin passé. Je rappelle que la Polynésie étant dans l’hémisphère sud, c’était le jour le plus court de l’année. En ce moment, le soleil ne se lève que pour onze heures, de 6h30 du matin à 17h30 de l’après-midi. Cela dit, la différence entre le solstice d’été et celui d’hiver n’est que de deux heures à Tahiti, pas de quoi sentir un réel changement. Voilà l’une des rares choses qui me manquent de l’Europe, ce plaisir de pouvoir encore profiter de la lumière du jour à 22 heures ! Ce 21 juin est également la date de la fête de la musique, dont c’était la 25e édition cette année. L’événement ne m’a jamais vraiment intéressé, n’appréciant guère ni la foule ni le bruit. Comme d’habitude, je n’ai pas mis le nez dehors ce soir-là.

Ces festivités me rappellent toujours l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981. Ce fut son premier gouvernement qui apporta une véritable bouffée de liberté à la jeunesse. La fête de la musique n’est qu’un exemple parmi d’autres. J’avais presque seize ans et c’était l’avènement des radios libres sur la bande FM qui m’avait beaucoup marqué à l’époque. J’étais fan de Carbone 14, la “radio active” au style si provocateur (à écouter). L’euphorie fut de courte durée, car Michelle Cotta, alors présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle sonna assez rapidement le glas de cette radio et de quelques autres, au ton jugé trop impertinent. Je compris alors qu’un Etat, qu’il soit dirigé par un gouvernement de droite comme de gauche, restera toujours un Etat. Autrement dit une structure pyramidale dont le rôle est de couper les têtes qui dépassent, en se réfugiant derrière un discours de cohérence sociale. Voilà pourquoi je n’ai encore jamais mis de bulletin de vote dans une urne électorale.

Je ferai peut-être une exception pour les élections présidentielles de 2007, échaudé comme beaucoup par le nauséabond coup de théâtre de 2002. Au moins, il aura servi à quelque chose. Je me suis inscrit en décembre à Papeete sur les listes électorales, ce qui est une grande première pour moi. Cela dit, si je m’en tiens aux prétendants qui ont le vent en poupe aujourd’hui, le choix risque d’être très difficile.

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