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Highway To Hell

La tour Eiffel est là, à quelques centaines de mètres derrière la baie vitrée du salon de mon appartement, et me rappelle que je suis de retour à mon point de départ. Notre balade en Europe de l’Est aura duré 28 jours, dont 17 sur la route. Onze pays traversés et environ huit mille kilomètres parcourus. Avec le recul, je regrette que nous n’ayons pas été un peu plus ambitieux. Nous aurions pu pousser vers l’est de l’Ukraine, traverser un morceau de Russie et faire un passage rapide en Georgie ou au Kazakhstan. Mais ce n’est que partie remise, car s’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est que je reviendrai dans cette partie du monde.

R. et moi avons quitté Prague jeudi vers 13h. Il était éventuellement question de retrouver T. à Stuttgart, mais il m’annoncera par SMS quelques heures plus tard qu’il a finalement décidé de faire d’une traite la route de retour. Nous serons donc seuls pour parcourir les 1100 kilomètres qui nous séparent de Paris. La campagne tchèque que traverse l’autoroute n’a rien de très intéressant, si ce n’est les champs de centaines de panneaux solaires qui la jalonnent. Nous arrivons rapidement à la frontière avec l’Allemagne, que nous traversons sans nous arrêter, comme toutes les autres frontières de l’Union Européenne. J’attendais avec une certaine impatience ce moment où le symbole m’indiquant la limitation de vitesse allait disparaitre de l’écran du GPS. Désormais, je peux rouler l’esprit tranquille à 180-200 km/h. La GS est aussi à l’aise dans ces conditions qu’elle l’était sur les routes défoncées d’Ukraine. Ma tête dépassant largement du carénage, ce sont maintenant les muscles du cou qui imposent leur limite. En Allemagne, il faut toujours conserver un oeil sur le rétroviseur gauche, car même à ces vitesses-là, je vois des « pères de famille » me dépasser tranquillement !

472,4 kilomètres plus loin, nous arrivons à notre destination, l’hôtel Keinath à Stuttgart-Zuffenhausen. C’est un modeste deux étoiles choisi pour sa proximité du musée Porsche, but de l’étape du jour. Nous sortons à pied dîner dans un restaurant local typique, à la décoration très rustique. Au moment de retourner à l’hôtel, et pour la première fois depuis le départ de France, la pluie nous accueille. Une fois sous la couette, en attendant que R. ait terminé de prendre sa douche, j’allume la télévision. Toutes les chaînes ne parlent que de la disparition de Steve Jobs, le charismatique co-fondateur d’Apple. Utilisateur des produits marqués de la pomme depuis huit ans, j’avais appris avec tristesse la nouvelle la nuit précédente. Je n’aurais jamais imaginé qu’il y aurait un tel raz-de-marée médiatique autour de cette disparition attendue. Je suis maintenant très curieux de voir si Tim Cook, le nouveau PDG d’Apple, saura relever le défi de la continuité visionnaire de son prédécesseur.

Nous voici vendredi matin. Il ne pleut plus mais le ciel reste menaçant. Le musée étant à une vingtaine de minutes à pied de l’hôtel, nous préférons prendre un taxi pour nous y rendre. L’architecture du bâtiment est incroyable et vaut à elle seule la visite. Le bâtiment me rappelle par bien des aspects le musée Guggenheim de Bilbao. Il est l’oeuvre du cabinet d’architectes autrichien Delugan Meissl et a été ouvert au public en janvier 2009. J’ai lu que sa construction avait été estimée à cent millions d’euros ! Le rez-de-chaussée est occupé par le restaurant et la boutique de souvenirs. Un long escalier mécanique mène au niveau de l’exposition, qui se déroule sous forme de spirale ascendante. Les lieux tiennent plus d’un musée d’art contemporain que d’une vulgaire exhibition d’automobiles. Tout est d’un blanc immaculé, avec des jeux de lumière très sophistiqués et des présentations multimédia astucieuses. Il nous a été fourni à l’entrée un audioguide qui nous accompagnera de bout en bout pendant cinq heures, et nous terminerons par un très copieux déjeuner sur place.

Retour à l’hôtel en taxi puis longue préparation en prévision des mauvaises conditions météo annoncées, bien que pour l’instant, le ciel soit bleu. Nous quittons Stuttgart à 17h. J’espérais pouvoir profiter encore une fois des belles autoroutes allemandes mais le trafic sera très dense jusqu’à la frontière française, que nous franchissons sur un axe secondaire. Quelques kilomètres après Strasbourg, la nuit tombe et la température baisse sur l’autoroute jusqu’à huit degrés. Mon avertisseur de radars Coyote m’ayant été confisqué à la frontière Suisse (cf. article du 10 septembre), je me contrains à ne pas rouler au-delà de 150 km/h. De temps à autre, un « éclaireur » me dépasse et me permet d’accélérer le rythme en suivant ses feux à bonne distance. Il faut que je fasse particulièrement attention, j’ai déjà été flashé le 4 septembre à 184 km/h en rentrant de Bretagne de nuit et je n’ai plus que huit points sur mon permis de conduire … pour les trois années à venir. A proximité de Metz, la pluie attendue arrive, mais nous avons de la chance, elle ne nous accompagnera qu’une trentaine de kilomètres. Nous arriverons à Paris bien secs. R. souffre un peu du froid, mais elle en a vu bien d’autres lors des milliers de kilomètres parcourus ensemble en moto. Nous nous arrêtons peu, mais ce sera lors de l’un de nos deux ravitaillements en carburant et boissons chaudes que je ferai la rencontre de la nuit. Ce sera un couple de blacks californiens en vacances en France pour une semaine. Lui est saxophoniste, au look résolument rasta avec sa veste militaire, ses dreadlocks et ses « yeah man » ponctuant notre discussion devant la station-service. Je l’aurais bien imaginé dans un vieux Combi Volkswagen. Mais non, il conduit un gros 4×4 BMW X5 immatriculé en Allemagne ! Une heure plus tard, nous passons le dernier péage et retrouvons le halo de lumière qui annonce la proximité de la capitale.

Il est peu après minuit. L’odomètre indique 635,6 km parcourus depuis Stuttgart. Nous sommes devant la place d’Italie, arrêtés au feu rouge du bout de l’avenue de Choisy. Encore six kilomètres et nous serons arrivés. Le feu passe au vert. Je débraye au bout de trois secondes au lieu d’une. Le conducteur de la voiture derrière moi klaxonne. Je murmure une insulte à l’attention de ce connard et me dis qu’il y a des coups de casque qui se perdent. Ma passagère m’entend et me glisse dans l’intercom de nos casques un « ça y est, tu redeviens râleur ». Aucun doute, nous sommes bien de retour à Paris…

Le pays de trop

T. et moi sommes rentrés d’Oswiecim lessivés. La visite des camps de concentration fut éprouvante de tout point de vue. Nous avons diné au La Fontaine, un restaurant français de Cracovie. La table voisine était occupée par trois anglophones, dont un anglais, assez libidineux. Une jeune polonaise blonde est venue se joindre à eux un peu plus tard. Son style et ses attitudes m’ont laissé penser qu’elle était très probablement une escort girl. Pas de chance pour elle ce soir, il y a des clients franchement plus avenants…

De retour à l’hôtel, j’ai commencé la rédaction de l’article sur la visite d’Auschwitz. Le sujet est difficile et sensible. A 3h30 du matin, crevé et n’ayant toujours pas trouvé un angle éditorial qui me convienne, j’ai préféré aller me coucher. T. dort depuis un bon moment déjà. Lorsque je me réveille, à 9h30, ses affaires ne sont plus dans la chambre. Il m’avait dit vouloir aller visiter la mine de sel de Wieliczka, à une dizaine de kilomètres de Cracovie. Si je me réveillais tard, il avait été convenu de s’y retrouver. Je suis allé prendre mon petit déjeuner au Scandale Royal, et j’y ai retrouvé la blonde au suçon dans le cou. Elle était accompagnée cette fois de quatre autres serveuses toutes plus jolies les unes que les autres. Décidément, les hommes sont gâtés en Europe de l’Est ! Retour à l’hôtel Ventus Rosa et préparation du départ. Je reçois un coup de fil de T. me disant qu’il a terminé sa visite de la mine de sel, et qu’il est très déçu, celle-ci étant sans grand intérêt. Nous convenons donc de nous retrouver directement après le premier péage de l’autoroute qui mène en République Tchèque.

Nous voici enfin sur la route. Je dois avouer que cela me fait vraiment du bien à chaque fois que nous entamons une nouvelle étape. Mon premier objectif durant ce voyage était de me vider la tête en « bouffant du kilomètre », pas de faire du tourisme, et je regrette un peu le rythme soutenu de la première semaine. Depuis notre premier passage à Odessa, nous roulons moins et nous nous arrêtons plus longtemps.

Le long ruban de bitume se déroule devant nous sans histoire, avec une pause de temps à autre pour fumer une cigarette ou faire le plein d’essence. En Pologne, nous voyons encore sur le bord des routes quelques tombes, mais celles-ci sont beaucoup moins fréquentes. J’en remarque une qui attire mon attention. C’est une croix sur laquelle est posé un casque de moto…

Nous passons la dixième frontière de notre voyage, mais maintenant que nous sommes au sein de la communauté européenne, presque plus rien ne nous permet de distinguer la transition d’un pays à l’autre. L’entrée en République Tchèque se fera presque sans même ralentir. Nous arrivons à notre étape du soir au bout de 269,4 km, la ville d’Olomouc. Nous avons réservé une chambre à l’hôtel V Ráji. L’établissement est vraiment curieux. On y accède par un parcours alambiqué, en traversant un restaurant. Une fois le check-in fait, la réceptionniste quitte son comptoir et celui-ci restera désespérément vide jusqu’à notre départ. Il faudra faire venir un serveur du restaurant pour faire le check-out ! J’ai du mal à saisir ce qui justifie les quatre étoiles affichées, et pourtant les prix en République Tchèque commencent à se rapprocher des standards français. Cela dit, la chambre est très correcte, bien qu’assez petite.

La nuit n’est pas encore tombée et nous sortons nous promener. La ville d’Olomouc est petite mais jolie. Un calme étonnant règne et même sur la grande place principale de la ville, il n’y a presque personne. Quel contraste avec Cracovie, très vivante ! Nous dinons à la terrasse d’un restaurant recommandé par Le Petit Futé. Là aussi, c’est assez cher et la qualité est très moyenne. De plus, et cette constatation se confirmera plus tard, les additions sont incompréhensibles ici. On nous facture le couvert ainsi que le pain et le beurre que l’on nous apporte sans même que nous le demandions ! Autant nos trois jours en Pologne m’ont laissé une excellente impression, autant les premières heures en République Tchèque ne m’emballent pas. Après le restaurant, nous rentrons à l’hôtel et T., pas en grande forme, se couche rapidement. Je reprend la rédaction de l’article sur notre visite d’Auschwitz que je termine à 5h45 du matin.

Nuit très courte pour moi car T. me réveille à 9h15, comme je lui avais demandé de le faire. Nous quittons ce curieux hôtel deux heures plus tard et prenons la route pour Prague, la capitale. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, j’aperçois en pleine campagne des avions de chasse posés au bout d’un champ. Cela m’intrigue et en ralentissant, je distingue un panneau indiquant un musée de l’air. J’ai toujours eu de l’intérêt pour les avions et propose à T. de nous y arrêter. Une fois trouvée la route qui y mène, nous arrivons au « musée », situé à deux kilomètres de la ville de Vyskov. L’endroit est assez perdu et me rappelle l’ancienne base de lancement de missiles nucléaires visitée en Ukraine. Une trentaine d’avions sont exposés ainsi que quelques véhicules militaires, mais les grilles sont closes. J’aurais bien été tenté de me faufiler à l’intérieur, mais les deux gros bergers allemands qui gardaient les lieux ne m’inspiraient pas vraiment confiance ! Déçus, nous reprenons la route de Prague. Nous passons à proximité de la ville de Brno et son célèbre circuit de Masaryk. Ce lieu me rappelle mon adolescence, lorsque je m’intéressais aux courses de Grand Prix moto.

Aux environs de 16h, nous arrivons à Prague, au terme de 288,1 km de route. A peine entrés dans les faubourgs par une large quatre-voies, bien que fluide, le trafic ralentit soudainement. C’est très surprenant, aucun véhicule ne dépasse les 50 km/h. Mon GPS me fournit l’explication, il y a un radar de moyenne ici. Un système détecte l’entrée de chaque véhicule dans la zone puis calcule son temps de passage jusqu’au prochain détecteur. L’arme absolue contre les excès de vitesse !

La ville semble immense et il nous faudra parcourir une bonne douzaine de kilomètres supplémentaires jusqu’au centre historique, où se trouve le K+K Hotel Fenix, un quatre étoiles où nous attendent deux confortables chambres. Oui, deux chambres, car R. est arrivée dans la matinée par avion de Paris. Elle avait envie d’être ma passagère les derniers 1100 km du voyage. A l’origine, elle devait m’accompagner sur l’ensemble de ce périple, mais des problèmes de santé de l’un de nos deux chats siamois l’ont contrainte à rester à Paris.

L’hôtel est pas mal, aux standards ouest européens, et très bien placé. Prague est une ville extrêmement touristique, avec beaucoup de lieux à visiter, et à peine arrivé, T. était déjà dehors armé de son appareil photo, pendant que je « consommais » mes retrouvailles avec R. Nous nous sommes tous retrouvés quelques heures plus tard pour diner au restaurant U Modré Ruze, dans une cave de la vieille ville, puis avons terminé par une promenade nocturne jusqu’au pont Charles, construit au 14e siècle et symbole de Prague.

Après une grasse matinée agitée et un très copieux petit-déjeuner, R. et moi sommes allés en moto chez le concessionnaire BMW local pour acheter une paire de sacs supplémentaires à fixer sur les valises aluminium de ma GS. En duo, je ne peux plus utiliser ma sacoche de selle passager et dois réorganiser le rangement sur la moto. De retour à l’hôtel, j’ai commencé la rédaction de l’article du jour pendant que R. est sortie se promener en ville. Quant à T., fidèle à son habitude, il était déjà en train d’écumer systématiquement les monuments historiques de Prague alors que nous étions encore en train de paresser au lit !

Nous nous sommes retrouvés vers 18h pour diner. Le guide Hachette de T. recommandait l’un des plus vieux restaurants de la ville, le « 7 Angels », que nous parvenons à trouver dans une petite rue piétonne. Le centre de Prague est un véritable labyrinthe et il est très facile de s’y perdre. Heureusement, le GPS du téléphone de T. est là pour nous aider.

Attablés au « 7 Angels », nous dinons tranquillement. Ni la nourriture, ni le service, n’ont rien d’extraordinaire. Vient le moment de payer l’addition, relativement salée, et le serveur nous dit que les cartes bancaires ne sont pas acceptées. En détaillant l’addition, T. remarque qu’une quinzaine d’euros ont été ajoutés à la main, sans justification, au total de la note. De plus, celle-ci est en monnaie locale, mais le montant équivalent en euros est également précisé. Or, le taux de change est 25% supérieur au cours officiel vérifié sur Internet. T. va à la caisse demander des explications sur ce surcoût, et revient au bout de quelques minutes, visiblement énervé. Il est suivi par le serveur, franchement désagréable, qui barre sur notre addition le montant en euros et nous presse de payer et de déguerpir. Plus fort encore, après que nous ayons mis la somme demandée sur la table, que le serveur recompte, celui-ci devient agressif et commence à insulter gratuitement T. Je n’en crois pas mes yeux. Je n’ai jamais vu pareille scène de ma vie dans un restaurant ! Le type va jusqu’à nous menacer d’appeler les flics et nous met dehors. Cette scène surréaliste s’est passée tellement vite que j’en suis presque hébété et j’ai à peine de temps de commencer à sentir la moutarde me monter au nez que nous sommes déjà dans la rue. Je pense que si nous étions restés cinq minutes de plus, je plantais ma fourchette dans la gueule de ce connard… 

Nous sommes ensuite allés nous détendre dans un bar-restaurant où se produisait un quatuor de jazz américain, avant de rejoindre notre hôtel. Je conserverai un mauvais souvenir de Prague. Certes, la ville est magnifique, mais le tourisme et ses travers se sont développés à outrance. Les rues sont bondées de monde, les gens pas franchement sympathiques, et les arnaques réputées nombreuses. Sans compter cet incroyable incident au restaurant. Il est clair que je ne remettrai plus jamais les pieds ici.

Voilà, ce mois de voyage en Europe de l’Est se termine bientôt. Demain matin je pars avec R. pour Stuttgart en Allemagne car je voudrais visiter le musée Porsche, apparemment très réputé tant pour ses expositions que pour son architecture. Nous serons de retour à Paris vendredi nuit, probablement sous la pluie d’après les prévisions météo. En principe, nous devions faire la route avec T. mais nous ne sommes pas parvenus à nous mettre d’accord sur le planning et sur le choix de l’hôtel à Stuttgart. De plus, la visite du musée Porsche ne semble pas l’intéresser. Cela dit, la route qu’il nous reste à faire les deux jours à venir n’est plus qu’une formalité. Nous nous verrons donc peut-être demain soir ou après-demain matin à Stuttgart, ou bien directement à Paris.

Je posterai mon prochain et sans doute dernier article le week-end prochain, de Paris, et mettrai en ligne dès que possible une sélection de photos de ce voyage.

Au cimetière de l’humanité

Que peut-on écrire sur les camps de concentration nazis qui n’ait pas déjà été écrit ? Comment traduire en mots ce que l’on peut ressentir en visitant de tels lieux ? J’y ai réfléchi tout au long des quatre heures que j’ai passées à arpenter les allées et baraquements des camps d’Auschwitz I et d’Auschwitz II Birkenau et je n’ai pas trouvé de réponse à cette question. Comme pour Tchernobyl, cette expérience ne peut que se vivre. Nous avons tous vu et revu mille fois ces images de la folie humaine, mais être sur place et superposer mentalement les plans de « Nuit et Brouillard » ou de « Shoah » à la réalité matérielle des lieux est une expérience indescriptible. Et encore, cette visite reste supportable car il manque une pièce au puzzle. D’une certaine façon, notre esprit nous empêche de « ressentir ». On ne peut se mettre mentalement ni à la place du bourreau, ni à celle de la victime. De fait, on se retrouve dans une autre dimension, simplement intellectuelle, de spectateur.

Je dois avouer que l’idée de faire cette visite me mettait mal à l’aise. Contrairement aux questions que je me posais avant d’aller à Tchernobyl, ici, il ne s’agit pas de voyeurisme, mais d’un refus inconscient de matérialiser l’inconcevable. Et c’est peut-être précisément pour cela que cette visite est nécessaire.

Il n’en reste pas moins que je suis incapable de trouver les mots justes pour partager cette expérience. J’ai parcouru sur plusieurs blogs les textes d’autres visiteurs d’Auschwitz, et même si certains sont très bien écrits, aucun ne parvient, à mon sens, à restituer la réalité des choses. Je n’aurai pas la prétention de mieux faire et m’en tiendrai donc à une simple description de déroulement de la visite et de quelques jalons factuels ou historiques.

La ville d’Oswiecim, le nom polonais d’Auschwitz, se situe à environ 70 km à l’ouest de Cracovie. T. et moi sommes arrivés sur place vers onze heures. Il fait gris et brumeux ce dimanche matin. Sur le parking, de nombreux véhicules ont des plaques étrangères. Près d’un million et demi de personnes visitent Auschwitz chaque année. Nous sommes apparemment les seuls à être venus en moto. Nous entrons dans le bâtiment d’accueil du musée et nous dirigeons vers l’un des guichets de vente de billets. Auschwitz I, le premier camp de concentration, ouvert en juin 1940 sur l’emplacement d’une ancienne caserne polonaise, a été transformé en musée, et le recours à un guide est obligatoire. Nous nous joignons à un groupe de français d’une vingtaine de personnes et la visite débute à midi. Notre accompagnatrice est une femme polonaise, d’une cinquantaine d’années, très digne. Sa maitrise de la langue française est quasiment parfaite. Son visage semble habité par une profonde mélancolie. Elle me regarde souvent, probablement à cause de ma grande taille, et ses yeux clairs, presque translucides, me parlent autant que ses mots. Elle restera avec nous pendant les quatre heures que dure la visite puis s’éclipsera très discrètement, sans chercher reconnaissance ni gratification. Répéter tous les jours les mêmes descriptions de l’horreur ne doit pas être une tâche facile. Un casque et un récepteur radio nous ont été fournis afin de mieux entendre ses explications.

Nous commençons par nous arrêter devant le portail du camp, surmonté de la célèbre et sinistre inscription « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre). De chaque coté de ce portail partent les deux clôtures de barbelés électrifiés, encadrées par des miradors en bois. Nous visiterons ensuite trois ou quatre baraquements, dont le plus oppressant est celui où est exposée une partie des effets personnels des victimes du camp. On y découvre des montagnes de valises, le nom de leur propriétaire peint en blanc dessus, évoquant autant de pierres tombales. Plus loin, des dizaines de milliers de paires de chaussures, de lunettes, d’articles de toilette. Plus sinistre encore sont les sacs de cheveux. Les têtes étaient rasées et les cheveux utilisés par l’industrie textile allemande… Quelques milliers de photographies anthropométriques sont exposées dans un long couloir blanc, mentionnant le nom du détenu, sa date de naissance, sa date d’arrivée dans le camp et la date de sa mort, parfois seulement quelques jours après son arrivée. Il y a là des enfants, des jeunes, des moins jeunes, des vieillards, des hommes, des femmes. Rapidement, les photos furent remplacées par un numéro tatoué sur le bras gauche, rendant plus facile l’identification de ces corps décharnés ayant perdu toute apparence humaine.

Le bloc 10, qui n’avait d’hôpital que le nom, était celui où les médecins SS se livraient, entre autres, à des castrations, des stérilisations ou encore à des expérimentations pseudo-scientifiques sur les nouveaux-nés. Le sinistre docteur Josef Mengele, surnommé « L’ange de la mort », s’intéressait particulièrement aux enfants jumeaux. Nous traversons l’allée au bout de laquelle étaient abattus chaque jour, d’une balle dans la tête, les détenus condamnés à mort par le tribunal du camp. Celui-ci siégeait dans le bloc 11, la « prison », dans le sous-sol duquel eurent lieu les premières expériences de gazage au Zyklon B, sur des centaines de prisonniers de guerre russes et de malades. Dans ce même bâtiment, des cellules étaient réservées aux condamnés à mort par inanition (privation de nourriture). Les plus résistants étaient achevés par une injection de phénol dans le coeur…

A la fin de la visite du camp-musée d’Auschwitz I, nous passons devant la potence où fut pendu en avril 1947 Rudolf Höss, le commandant du camp. Une cinquantaine de mètres plus loin, nous pénétrons en silence dans le bloc d’extermination et traversons la chambre à gaz et la salle attenante où se trouvent les trois fours crématoires. Ce bâtiment ayant été reconverti en abri anti-aérien en 1943, il a été reconstitué à l’identique après la guerre, avec les éléments originaux restés sur place. Certains visiteurs du groupe s’attardent, moi pas.

Il est 14h15 et nous en sommes à la moitié de notre visite. Auschwitz est en fait un immense complexe composé de trois camps principaux et d’une quarantaine de camps secondaires. Les trois principaux sont Auschwitz I, le camp « souche » original, Auschwitz II Birkenau, qui compta jusqu’à 90000 détenus, et Auschwitz III Monowitz, ce dernier fournissant la main d’oeuvre au groupe industriel allemand IG Farben. Celui-ci a construit une usine à proximité du camp d’Auschwitz III Monowitz et exploite 10000 détenus. La seconde partie de la visite va nous mener au camp d’extermination d’Auschwitz II Birkenau, distant de trois kilomètres. Pour nous y rendre, nous prenons un bus qui assure la navette toutes les trente minutes.

Le camp d’extermination d’Auschwitz II Birkenau s’étend à perte de vue. Il couvre une superficie de 170 hectares et a été construit dans une zone marécageuse, à l’emplacement du village de Brzezinka, détruit pour l’occasion. Contrairement à Auschwitz I, aménagé en musée, Auschwitz II a été laissé en l’état, ce qui lui donne une dimension émotionnelle encore plus forte. Le camp est séparé en deux parties, l’une pour les hommes, avec des baraquements en bois, et l’autre pour les femmes, avec des baraquements en brique. Les deux parties sont dans la même enceinte, entourée de miradors, mais isolées l’une de l’autre par des clôtures de barbelés électrifiés. Au centre, se trouve la voie de chemin de fer, prolongée jusqu’à l’intérieur du camp en 1944. C’est là qu’arrivaient les déportés dans des wagons à bestiaux, après plusieurs jours de voyage dans des conditions épouvantables. Certains mourraient en route, de faim, de maladie ou d’asphyxie. Parmi ceux qui arrivaient vivants, seuls 10% étaient internés dans le camp. Tous les autres étaient directement envoyés à la mort dans les quatre chambres à gaz, puis leurs corps étaient incinérés dans les crématoires. La sélection, totalement arbitraire, était faite à la descente du train par les médecins SS. Les femmes enceintes, les enfants et les vieillards étaient systématiquement envoyés aux chambres à gaz. Ceux qui n’étaient pas gazés mourraient rapidement d’épuisement, de froid (-30° en hiver), de malnutrition ou de maladie (typhus en particulier), lorsqu’ils n’étaient pas simplement abattus. Les détenus étaient tous soumis au travail forcé. On estime que sur le 1,3 million de personnes qui sont entrées à Auschwitz, environ 1,1 million n’en sont pas ressorties vivantes.

Dans la partie du camp réservée aux hommes, une rangée de baraquements a été reconstruite, le bois ayant été récupéré après la guerre pour en faire du combustible. Des autres baraquements, il ne reste que le contour de l’emplacement et le tunnel central de chauffage. Nous avons visité l’une des baraques dortoir ainsi que les latrines. Il m’est impossible de décrire ici les inimaginables conditions de survie des détenus. Les nombreuses photos disponibles sur le réseau Internet valent dix mille mots.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers l’emplacement des chambres à gaz, souterraines ici, et de leurs crématoriums. Il n’en reste plus que des ruines, les nazis ayant tout dynamité à l’approche de l’Armée Rouge, fin 1944. A proximité, quatre stèles anonymes ont été érigées près d’un petit cratère au fond duquel stagne un peu d’eau. On a retrouvé là quelques cendres appartenant à quatre corps humains. Au bout du camp, près de l’emplacement des chambres à gaz, un monument a été dressé et 21 plaques commémoratives ont été posées, avec le même texte en autant de langues différentes : « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement. Auschwitz – Birkenau 1940 – 1945 ».

Sur le chemin du retour, le long des voies de chemin de fer, nous nous sommes arrêtés à l’un des baraquements en briques qui était occupés par des femmes. Le sol creusé portait toujours les stigmates de leurs souffrances.

Là s’est achevée silencieusement notre visite du cimetière de l’humanité.

Le début de la fin

Me voici attablé au Scandale Royal, un bar-restaurant sur la place Szczepanski, à Cracovie. Nous sommes arrivés hier soir en Pologne. Il fait un temps magnifique, 24 degrés et ciel bleu. Du point de vue de la météo, nous avons eu une chance incroyable au cours de cette balade en Europe de l’Est. Trois gouttes de pluie en altitude en Autriche, un peu de fraicheur à Kiev et à Lvov, mais pour le reste, les conditions furent absolument idéales. Quand on voyage en moto, ça compte !

Cette étape a déjà un avant-goût de fin de périple. Nous sommes encore à environ 1600 kilomètres de Paris, mais l’exotisme de la Roumanie, de la Moldavie et de l’Ukraine est derrière nous. La Pologne est un pays moderne et je me sens à Cracovie comme dans n’importe quelle grande ville européenne. Il y a beaucoup de touristes étrangers et il est presque toujours possible de communiquer en anglais. Peut-être que les deux éléments qui marquent le plus la différence sont les tramways, un mode de transport commun à beaucoup de pays d’Europe de l’Est, et le physique des filles, assez typique. Au début des années 80, j’ai vécu avec Ewa, une polonaise étudiante en médecine à Paris, et je retrouve ses traits chez beaucoup de filles que je croise ici. Visages assez carrés mais souvent jolis, cheveux blonds et yeux verts très clairs. Elles sont moins grandes et moins « bombasses » que les ukrainiennes, mais il se dégage d’elles une douceur que leurs voisines pourraient leur envier. En cherchant l’inspiration, je me laisser aller à détailler la serveuse du Scandale Royal. Elle semble très jeune, maladroitement trop maquillée, un éclair est tatoué sur sa nuque et elle affectionne les piercings. Sa robe courte laisse parfois entrevoir la bande de dentelle qui décore le haut de ses bas. Je me demande si elle s’est rendue compte qu’elle a un joli suçon sur le cou…

Hier, la route fut longue. Nous n’avons roulé que 386,3 km entre Lvov et Cracovie, mais le trajet nous a pris onze heures. Partis tôt, il nous a fallu deux heures pour rejoindre la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, distante de 130 km. Nous nous sommes arrêtés pour faire le plein de carburant dans une station service aux pompes hors d’âge, puis fait une dernière halte dans un petit magasin pour acheter des cigarettes et des parfums. Je me suis demandé s’il ne s’agissait pas de contrefaçons car les flacons de 100 ml d’eau de toilette de grandes marques se vendaient une dizaine d’euros ! Le magasin était tenu par cinq ou six jeunes vendeuses à l’allure très provinciale et elles ne cessaient de pouffer de rire en nous regardant. Elles avaient visiblement plus l’habitude de servir des routiers ukrainiens ou polonais que des français en moto.

Nous arrivons au poste frontière vers 11h15. T., qui avait préparé l’itinéraire la veille, a choisi un point de passage secondaire. D’une part pour limiter les risques pour moi, car il n’est pas exclu que ma moto soit signalée comme recherchée après la course-poursuite de la semaine précédente. D’autre part pour emprunter un itinéraire composé de petites routes de montagne plutôt qu’une voie rapide monotone. Nous de découvrons avec surprise que le poste frontière n’est pas si petit que cela, avec ses six voies de passage, et bien que la route qui nous y a menés était une départementale étroite et cahoteuse. Les bâtiments sont récents et de nombreuses caméras haut perchées sur des pylônes balaient la zone. Nous sommes les seuls motards, mais il y a une longue file de voitures et de camionnettes avant de parvenir à la première barrière, gardée par des soldats ukrainiens en tenue de combat. L’attente est interminable. les voitures avancent de quelques mètres tous les quarts d’heure. Certains chauffeurs ne prennent même pas la peine de démarrer à chaque mouvement leur moteur, mais descendent pousser leur véhicule. Nous avons chaud sous nos épaisses carapaces de motards et je sens que je suis trempé en-dessous, d’autant plus que je suis toujours malade et ai probablement un peu de fièvre. Pour le reste, je ne suis pas spécialement tendu. Je dois de toute façon quitter l’Ukraine et ne peux donc pas échapper à ce contrôle. Je me dis que même si ma moto est signalée, je m’en sortirai avec quelques heures perdues et une amende. Je pense que les ukrainiens n’ont aucun intérêt à chercher des noises aux touristes occidentaux, surtout à la veille de l’Euro 2012 dont ils sont, avec la Pologne, le pays hôte.

Nous passons la première barrière, où le soldat ukrainien nous donne un billet blanc sur lequel il inscrit le numéro d’immatriculation du véhicule, après avoir jeté un oeil distrait au passeport. Nouvelle attente, encore plus longue que la précédente. Les voitures passent au compte-gouttes. Autour de nous, certains automobilistes somnolent dans leur voiture. Deux bonnes heures plus tard, notre tour arrive enfin. Nous poussons les motos devant le poste de contrôle coté ukrainien et présentons nos passeports et cartes grises au guichet. Curieusement, la carte verte d’assurance ne nous a jamais été demandée nulle part. Bien que les vitres du guichet soient fumées, on devine les contours d’un écran informatique. Les documents nous sont rendus quinze minutes plus tard, mais nous devons à nouveau les présenter à un autre guichet, toujours coté ukrainien. Là, la fonctionnaire, une jolie brune qui ne parle pas un mot d’anglais, essaie de me dire quelque chose que je ne comprends pas, en me montrant mon passeport. Elle va ensuite voir un officier et ils discutent un bon moment ensemble. Je vois le gradé passer des coups de téléphone. Un soldat vient nous voir et nous demande de ranger nos motos sur le coté afin de laisser passer les voitures. Je ne comprends pas ce qui se passe et nous attendons ainsi encore un bon moment. J’en profite pour échanger quelques SMS avec la France. Je m’attends à tout, y compris l’éventualité de me faire arrêter. Et voilà enfin qu’un soldat vient nous rendre nos papiers en nous faisant comprendre que nous pouvons passer.

Je crois que je sais ce qui s’est passé. Lors de notre entrée en Ukraine deux semaines auparavant, le fonctionnaire de la frontière avait fait une erreur en apposant le mauvais tampon sur mon passeport, puis en complétant par le bon. Du coup, mon passeport mentionnait deux entrées sur le territoire, mais pas de sortie. Le fameux grain de sable dans la machine… Ce détail à dû troubler la fille qui a contrôlé mon passeport, et j’imagine que son supérieur a contacté l’autre poste frontière pour demander des explications. Quoi qu’il en soit, ma course-poursuite ne semble pas avoir laissé de traces, ouf !

Mais ce n’est pas terminé, il nous faut maintenant passer quelques mètres plus loin le coté polonais de la frontière. T. a lu que les autorités de ce pays sont très pointilleuses, entrée dans l’espace Schengen oblige. Même système, un premier guichet où nous présentons passeports et cartes grises. Le type semble très suspicieux et je le vois examiner très soigneusement mon passeport, voir s’il n’a pas été contrefait. Ma photo étant assez ancienne, il me regarde longuement avant d’être convaincu qu’il s’agit bien de la même personne qu’il a en face de lui. Nos papiers récupérés, nous passons à la dernière étape, celle de la douane polonaise. Lorsque nous étions dans la file d’attente, nous pouvions voir que toutes les voitures étaient systématiquement fouillées. Une grande blonde à queue de cheval, plutôt pas mal d’ailleurs, sort du bâtiment et vient à ma rencontre. Je lui remet mon passeport et la carte grise de la moto. Elle me pose les questions d’usage aux frontières et me demande si je transporte de l’alcool ou des cigarettes. Je lui réponds très innocemment que oui, j’ai une petite bouteille de vodka, que T. et C. m’avaient offerte pour mon anniversaire, ainsi qu’une cartouche de Marlboro Light que je venais d’acheter avant la frontière. Je sens la douanière se raidir un peu et elle me dit qu’il est interdit de rentrer en Pologne avec plus de deux paquets de cigarettes. Voilà autre chose maintenant ! Je n’ai encore jamais vu ça, et pourtant j’ai déjà passé des dizaines de frontières aux quatre coins de la planète ! La blonde retourne dans le bâtiment, puis en ressort quelques minutes après. Elle me dit qu’elle doit fouiller mes affaires, tout en s’excusant presque de devoir faire son travail. Elle me demande d’abord d’ouvrir le top-case, puis la sacoche de selle dans laquelle je lui montre la cartouche de cigarettes. Elle me demande ensuite si j’ai d’autres choses « interdites ». J’ouvre ma sacoche de réservoir dans laquelle trainent en vrac cinq ou six autres paquets de cigarettes. Les voyant, elle prend un air faussement outré et me dit en anglais « OK, you can go, but go fast ! » puis me fait un grand sourire complice et amusé.

Je remonte sur la moto et file rejoindre T., passé avant moi, et qui m’attend juste après le poste-frontière. En tout et pour tout, il nous aura fallu trois heures pour franchir les deux cent mètres du no man’s land séparant l’Ukraine de la Pologne !

Nous sommes en retard sur notre planning et comme nous sommes revenus sur le même fuseau horaire que la France, changé depuis la Roumanie, le soleil va se coucher une heure plus tôt. Nous suivons les les instructions de mon GPS qui nous indique la direction de la route de montagne choisie par T. Les premiers kilomètres, l’état de la chaussée est assez mauvais, mais rapidement, nous retrouvons les belles routes que nous connaissons en France. Le changement de décor est très net. On sent que la Pologne est un pays riche. Les maisons sont belles, les jardins bien entretenus, les voitures modernes, les gens bien habillés. C’est le début de la fin de notre voyage et pour moi, les quelques centaines de kilomètres qu’il nous reste à parcourir jusqu’à Paris seront d’un intérêt nettement moindre. Je crois que T. voit les choses différemment, mais j’en ai déjà parlé ici, nos attentes respectives lors de ce voyage sont très différentes.

Nous nous arrêtons à Sanok pour un déjeuner tardif … au Mac Donald’s. Comme il commence à se faire tard, nous décidons finalement d’abandonner les petites routes pour rejoindre Cracovie par les axes principaux. Il nous reste 180 km à parcourir durant lesquels nous retrouvons tous les affres auxquels nous sommes habitués en France. Les radars fixes et mobiles sont très nombreux, les flics omniprésents et le trafic très chargé. J’ai d’ailleurs rarement vu de tels embouteillages sur une si longue distance. Même en moto il est parfois difficile de passer. A noter cependant que beaucoup de voitures et de camions s’écartent sur notre passage en mordant franchement sur le bas-côté.

Nous arrivons enfin à Cracovie vers 20h30. La nuit est tombée depuis près de deux heures. Curieusement, le trafic dans la ville est moins dense que celui sur la route et nous trouvons facilement notre hôtel, le Ventus Rosa, bien situé en bordure immédiate de la vieille ville historique. Il s’agit en fait d’un petit appartement au deuxième étage, équipé d’une véritable cuisine. Une fois encore, une adresse à retenir. Nous sommes rapidement sortis diner au Cyrano de Bergerac, restaurant recommandé par le guide Michelin. La dernière partie de la route ayant été vraiment fatigante, nous décidons de rentrer nous coucher.

Ce matin, après le petit-déjeuner, T. est parti visiter la vieille ville et moi je me suis un peu baladé en moto. J’en ai profité pour passer chez le concessionnaire BMW local, en quête d’un sac supplémentaire, malheureusement pas en stock. J’ai retrouvé T. par hasard dans l’après-midi sur la place Szczepanski et nous sommes allés au café Scandale Royal où j’ai commencé à écrire ces lignes. T. n’est pas en grande forme aujourd’hui et commence aussi à être malade.

Le programme pour les jours à venir est établi. Demain, ce sera la visite du camp de concentration d’Auschwitz. Ensuite, nous partirons pour la République Tchèque et ferons une première étape dans la ville d’Olomouc, puis mardi et mercredi nous serons à Prague. Il ne nous restera plus que deux jours pour rejoindre Paris, où je dois être vendredi soir.