Balades et rencontres

De retour au clavier, avec un peu de retard. Hier soir, mercredi, j’étais vraiment fatigué et j’ai préféré sombrer dans les bras de Morphée et reporter à aujourd’hui la rédaction du billet du jour. D’autant plus qu’il ne s’est rien passé de vraiment notable pendant la journée. J’ai enfin pu dormir une « vraie » nuit, la première je crois depuis le départ de France. Couché vers 4h du matin, je me suis réveillé à midi ! T. et C. étaient déjà sortis, une demi-heure plus tôt, pour aller visiter Yalta.

J’ai hâte d’être dimanche matin, où T. et moi allons reprendre notre rythme de la première semaine, cap au nord, en direction de Kiev. Nous repartons pour Odessa demain matin car C. reprend l’avion pour Paris samedi en fin d’après-midi. Avaler des kilomètres commence à me vraiment me manquer ! Je ne trépigne pas encore d’impatience, mais presque.

J’ai donc décidé de repasser par Odessa, l’autre option ayant été de partir seul vers le nord est, via Dnipropetrovsk, et retrouver T. à Kiev quatre jours plus tard. Mais apparemment, l’est ne présentait pas d’intérêt majeur, et de plus, T. préfère que nous ne nous séparions pas.

Aujourd’hui, j’ai consacré mon après-midi à rattraper l’essentiel du retard que j’avais accumulé en matière de « paperasse virtuelle ». Réponse à quelques e-mails, réservation de deux nuits d’hôtel supplémentaires à Odessa, survol des dizaines d’e-mails professionnels reçus depuis mon départ, gestion de quelques problèmes techniques sur mon serveur Internet, formalités de réinscription à la fac de droit, etc. Me voici presque à jour de tout ce que j’avais à faire. Je suis très content d’avoir emporté un iPad avec moi, bien moins fragile, plus petit et plus léger qu’un ordinateur portable, et quasiment aussi polyvalent. C’est vraiment l’outil idéal du voyageur « connecté ».

Hier après-midi, parti une heure après eux, j’ai retrouvé T. et C. à Yalta. Nous voulions visiter le fameux palais de Livadia, ancienne résidence d’été du tsar Nicolas II, où eut lieu en 1946 la réunion secrète entre Staline, Roosevelt et Churchill. Rencontre qui façonna l’Europe, et même le monde, pour les décennies suivantes. Le palais est situé dans les hauteurs, face à la mer Noire, dans un grand parc qui abrite également ses dépendances. Nous n’avons pas pu entrer dans le palais et voir la célèbre salle blanche dans laquelle la partage de l’Europe eut lieu car celui-ci était exceptionnellement fermé au public. Il y avait beaucoup de touristes sur place, essentiellement russes et ukrainiens. Il est à noter que les structures touristiques locales sont très peu adaptées aux étrangers. Le mot d’ordre semble être « c’est (parfois) ouvert, démerdez-vous » !

La route côtière entre Sevastopol et Yalta, distants de 80 kilomètres, ressemble beaucoup à la haute corniche, entre Nice et Menton. D’un coté la mer, de l’autre la montagne, et une large et belle route qui serpente entre les deux. Le climat est également similaire. La seule chose qui manque au tableau est l’odeur des pins, si caractéristique de la région Provence Côte d’Azur. Ayant habité quelques années à Villefranche sur Mer puis au Cap d’Ail, je n’ai vraiment pas été dépaysé. Il y a de nombreux châteaux et palais dans le coin, et il parait que le plus beau est celui de Vorontsovsky, mais je n’aurai pas le temps de le visiter. Dans un tout autre genre, il existe de nombreuses installations militaires par ici, la Crimée étant toujours un port majeur de la flotte russe. Ce qui explique aussi pourquoi les habitants de Crimée sont russophones. L’ukrainien, pourtant langue officielle du pays, est très peu parlé dans la région.

Après la visite du palais de Livadia, ou tout du moins de ses jardins, nous sommes allés déjeuner du coté du Nid d’hirondelle, le point de vue le plus connu de Crimée, où se trouve perché un minuscule château. T. et C. m’ont quitté pour aller se balader, me laissant à l’une de mes activités favorites lorsque je voyage, celle de nourrir et de câliner les chats errants ! Il faut dire que mes amis félins sont très nombreux par ici, et plutôt bien traités. Je n’ai jamais vu qui que ce soit chasser un chat, bien au contraire. D’ailleurs, ils s’approchent généralement volontiers des humains et se laissent prendre dans les bras en ronronnant. Voici encore un autre détail qui rend les Ukrainiens sympathiques à mes yeux. J’écris « encore » car je dois avouer que je suis sous le charme de ce pays, et même des pays d’Europe de l’Est en général. Non, pas seulement à cause des « bombasses » ultra sexy aux jambes interminables que je croise à longueur de journée, auxquelles on finit par s’habituer et prêter moins attention. Il existe ici une joie de vivre que nous avons perdue en Europe occidentale, où tout est soigneusement organisé, policé, rangé. Je me sens bien dans cette relative anarchie qui règne à l’est, même si je ne suis pas dupe et sais que les apparences peuvent être trompeuses. Quoi qu’il en soit, l’Ukraine a gagné son ticket dans ma liste de pays candidats potentiels où j’irais bien passer quelques années, comme ce fut le cas pour d’autres auparavant. De l’utilité de ne pas avoir de racines, d’attaches familiales, d’enfants, et d’avoir une activité professionnelle qui peut s’exporter. Sans oublier une complice ouverte d’esprit et qui partage mes aspirations d’ « ailleurs ».

Peu après le départ de T. et C., un couple d’une cinquantaine d’années qui déjeunait à une table à l’autre bout de la terrasse du restaurant se sont levés pour se diriger vers moi. La femme s’est mise à me parler dans un français plutôt correct. Elle s’appelle Natacha et lui Vassili. Ce sont des Ukrainiens de Kiev en vacances en Crimée. Ils avaient remarqué nos motos stationnées en face du restaurant. Ils pensaient que nous étions allemands, mais en nous voyant tous les trois fumer, ils ont deviné que nous étions français. Je ne savais pas que les Allemands ne fumaient pas… Je les ai invités à s’asseoir à ma table et nous avons passé près de deux heures à discuter à bâtons rompus de la vie en Ukraine et de politique. Ils connaissaient la France pour avoir séjourné à six reprises à Paris. Nous avons échangé nos coordonnées et je leur ai proposé que nous nous retrouvions à Kiev, où nous devrions être lundi ou mardi prochain, pour déjeuner ensemble.

Après cette rencontre inattendue et très sympathique, j’ai repris la route pour Sevastopol où je suis arrivé à la tombée de la nuit, suivi de peu par T. et C. rentrant de leur balade. Nous sommes ensuite allés diner dans un restaurant assez chic du bord de mer. Puis, alors que nous étions en train de nous diriger vers l’hôtel, nous sommes passés devant une sorte de boite de nuit dont la piste de danse était bordée par une avancée sur laquelle quatre go-go girls amateur, en tenue très légère et qui ne devaient guère avoir plus de 18 ou 19 ans, se relayaient pour se trémousser de manière plutôt lascive au son de la techno. Encore un moment fort agréable…

Comme je l’écrivais au début de ce billet, j’ai passé cette journée de jeudi à l’hôtel, pendant que T. et C. étaient retournés à Yalta visiter la ville et le palais Vorontsovsky. L’hôtel Admiral étant presque vide en ce moment, j’ai pu aussi profiter seul des 41 degrés du hammam et de la piscine intérieure où j’ai passé une bonne heure à trainasser dans le plus simple appareil. La soirée s’est terminée au même restaurant que le soir de notre arrivée à Sevastopol. Caviar oscietre et brochettes d’esturgeon au menu.

Il sera bientôt trois heures du matin et je vais me dépêcher de préparer mes affaires pour tout à l’heure, car 540 kilomètres de route nous attendent. Comme je roule plus vite, T. et C. vont partir avant moi et je les rattraperai dans la soirée à Odessa.

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2 Responses
  1. Vtv dit :

    Vive l’internationale des chats de Palerme à Yalta, des trottoirs de Tahiti aux canapés parisien !

  2. Georges dit :

    Je ne sais pas d’où ton couple d’Ukrainien sorte cette théorie, on fume, donc on n’est pas Allemand et automatiquement Français. Je ne fume pas moi-même, mais je n’ai pas l’impression qu’il y a une différence ! Et je les fréquente presque au quotidien, les Allemands.
    D’ailleurs, je suis coincé à l’aéroport de Munich, mon vol qui devait partir à 16:15 a été annulé, problème technique, fuite non identifiée de kérosène. Me voilà entrain d’attendre celui de 19:15. Suis très fatigué, j’ai dû abuser de bière surtout de schnaps hier soir et au lit à 3h 🙁
    Bonne route et V+

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