Maîtresse Anastasia

Vendredi 30 septembre, six heures du matin. Je suis réveillé depuis un bon moment déjà et ne parviens pas à me rendormir. C’est probablement mon coup de froid qui m’en empêche. Mon état de s’améliore pas et je crois que j’ai de la fièvre. T. ronfle paisiblement dans le lit voisin. Plutôt que d’attendre dans l’obscurité la sonnerie du réveil, réglée sur sept heures, je profite de ce moment pour écrire rapidement quelques lignes. La route prévue aujourd’hui sera assez longue, et nous avons décidé de quitter Lvov à neuf heures du matin au plus tard. Nous devons arriver à Cracovie avant vingt-deux heures car la réception de l’hôtel où nous avons réservé une chambre est fermée au-delà. T. a préparé l’itinéraire hier soir, et nous allons passer « discrètement » en Pologne par un poste frontière secondaire. Je commence à ressentir un peu le blues du retour. Les huit jours de voyage qu’il me reste seront sans doute moins « exotiques » que ces trois semaines passées dans l’Europe de l’Est lointaine. Je pense déjà à mon retour dans la région, très certainement prochain.

Tout à l’heure, pour notre dernière soirée en Ukraine, T. a découvert un endroit amusant. L’écrivain Leopold von Sacher-Masoch, dont le nom « masochisme » est dérivé, est originaire de Lvov. Au numéro sept de la rue Serbska, on trouve sa statue grandeur nature, derrière laquelle est l’entrée du Masoch Cafe. Dedans, l’ambiance est très relax, musique « lounge », lumière rouge et fauteuils confortables. Sur le mur, un écran plat diffuse des extraits de films érotiques, mais le lieu n’a rien de vulgaire. Le Masoch Cafe est un bar mais aussi un restaurant. Je commande à Anastasia, notre charmante hôtesse, une vodka accompagnée de saumon cru gravlax. T., plus classique, prend une pinte de bière. Nous restons une bonne heure à discuter. Au moment de payer l’addition, Anastasia me propose de rejoindre le club du Masoch Cafe. Pour cela, il faut accepter de … se faire fouetter ! L’exercice m’amuse et la fille est sympa, alors j’accepte sa surprenante proposition. Je complète un formulaire rouge, sur lequel j’écris mes coordonnées et choisis un mot de passe. Quelques minutes plus tard, Anastasia revient avec un long fouet en cuir. Elle place un fauteuil au milieu de l’allée du bar, devant tout le monde, et me demande de me mettre debout en m’appuyant sur le dossier. Je joue le jeu et m’exécute. Et voilà qu’elle se glisse derrière moi et me donne cinq sérieux coups de fouet dans le dos. C’est qu’elle ne plaisante pas la bougre ! A chaque claquement du gros lacet de cuir, je sens une douloureuse brûlure sur ma peau. Je conserve en souvenir pour quelques jours une belle marque rouge. Dans le bar, personne ne lève les yeux, comme s’il était naturel ici de se faire fouetter. Anastasia semble amusée d’avoir trouvé un « client ». Une fois cette initiation au masochisme terminée, je reçois ma carte rouge de membre du club. Il est l’heure de partir, malgré la mimique de tristesse de ma « maitresse » d’un instant, celle-ci ayant lu sur mon formulaire d’adhésion que j’étais français. Mais non Anastasia, je ne peux pas emmener avec moi à Paris toutes les filles sympas que je rencontre en Ukraine…

Après cette amusante expérience, T. et moi sommes allés diner sur le toit d’un restaurant voisin, pittoresque mais pas très bon, puis sommes retournés à l’hôtel Dnister pour cette dernière nuit à Lvov.

L’heure est venue pour moi de filer sous la douche, prendre un copieux petit-déjeuner et préparer la moto. Dans moins de deux heures, nous serons sur la route en direction de la frontière polonaise !

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