Le pays de trop

T. et moi sommes rentrés d’Oswiecim lessivés. La visite des camps de concentration fut éprouvante de tout point de vue. Nous avons diné au La Fontaine, un restaurant français de Cracovie. La table voisine était occupée par trois anglophones, dont un anglais, assez libidineux. Une jeune polonaise blonde est venue se joindre à eux un peu plus tard. Son style et ses attitudes m’ont laissé penser qu’elle était très probablement une escort girl. Pas de chance pour elle ce soir, il y a des clients franchement plus avenants…

De retour à l’hôtel, j’ai commencé la rédaction de l’article sur la visite d’Auschwitz. Le sujet est difficile et sensible. A 3h30 du matin, crevé et n’ayant toujours pas trouvé un angle éditorial qui me convienne, j’ai préféré aller me coucher. T. dort depuis un bon moment déjà. Lorsque je me réveille, à 9h30, ses affaires ne sont plus dans la chambre. Il m’avait dit vouloir aller visiter la mine de sel de Wieliczka, à une dizaine de kilomètres de Cracovie. Si je me réveillais tard, il avait été convenu de s’y retrouver. Je suis allé prendre mon petit déjeuner au Scandale Royal, et j’y ai retrouvé la blonde au suçon dans le cou. Elle était accompagnée cette fois de quatre autres serveuses toutes plus jolies les unes que les autres. Décidément, les hommes sont gâtés en Europe de l’Est ! Retour à l’hôtel Ventus Rosa et préparation du départ. Je reçois un coup de fil de T. me disant qu’il a terminé sa visite de la mine de sel, et qu’il est très déçu, celle-ci étant sans grand intérêt. Nous convenons donc de nous retrouver directement après le premier péage de l’autoroute qui mène en République Tchèque.

Nous voici enfin sur la route. Je dois avouer que cela me fait vraiment du bien à chaque fois que nous entamons une nouvelle étape. Mon premier objectif durant ce voyage était de me vider la tête en « bouffant du kilomètre », pas de faire du tourisme, et je regrette un peu le rythme soutenu de la première semaine. Depuis notre premier passage à Odessa, nous roulons moins et nous nous arrêtons plus longtemps.

Le long ruban de bitume se déroule devant nous sans histoire, avec une pause de temps à autre pour fumer une cigarette ou faire le plein d’essence. En Pologne, nous voyons encore sur le bord des routes quelques tombes, mais celles-ci sont beaucoup moins fréquentes. J’en remarque une qui attire mon attention. C’est une croix sur laquelle est posé un casque de moto…

Nous passons la dixième frontière de notre voyage, mais maintenant que nous sommes au sein de la communauté européenne, presque plus rien ne nous permet de distinguer la transition d’un pays à l’autre. L’entrée en République Tchèque se fera presque sans même ralentir. Nous arrivons à notre étape du soir au bout de 269,4 km, la ville d’Olomouc. Nous avons réservé une chambre à l’hôtel V Ráji. L’établissement est vraiment curieux. On y accède par un parcours alambiqué, en traversant un restaurant. Une fois le check-in fait, la réceptionniste quitte son comptoir et celui-ci restera désespérément vide jusqu’à notre départ. Il faudra faire venir un serveur du restaurant pour faire le check-out ! J’ai du mal à saisir ce qui justifie les quatre étoiles affichées, et pourtant les prix en République Tchèque commencent à se rapprocher des standards français. Cela dit, la chambre est très correcte, bien qu’assez petite.

La nuit n’est pas encore tombée et nous sortons nous promener. La ville d’Olomouc est petite mais jolie. Un calme étonnant règne et même sur la grande place principale de la ville, il n’y a presque personne. Quel contraste avec Cracovie, très vivante ! Nous dinons à la terrasse d’un restaurant recommandé par Le Petit Futé. Là aussi, c’est assez cher et la qualité est très moyenne. De plus, et cette constatation se confirmera plus tard, les additions sont incompréhensibles ici. On nous facture le couvert ainsi que le pain et le beurre que l’on nous apporte sans même que nous le demandions ! Autant nos trois jours en Pologne m’ont laissé une excellente impression, autant les premières heures en République Tchèque ne m’emballent pas. Après le restaurant, nous rentrons à l’hôtel et T., pas en grande forme, se couche rapidement. Je reprend la rédaction de l’article sur notre visite d’Auschwitz que je termine à 5h45 du matin.

Nuit très courte pour moi car T. me réveille à 9h15, comme je lui avais demandé de le faire. Nous quittons ce curieux hôtel deux heures plus tard et prenons la route pour Prague, la capitale. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, j’aperçois en pleine campagne des avions de chasse posés au bout d’un champ. Cela m’intrigue et en ralentissant, je distingue un panneau indiquant un musée de l’air. J’ai toujours eu de l’intérêt pour les avions et propose à T. de nous y arrêter. Une fois trouvée la route qui y mène, nous arrivons au « musée », situé à deux kilomètres de la ville de Vyskov. L’endroit est assez perdu et me rappelle l’ancienne base de lancement de missiles nucléaires visitée en Ukraine. Une trentaine d’avions sont exposés ainsi que quelques véhicules militaires, mais les grilles sont closes. J’aurais bien été tenté de me faufiler à l’intérieur, mais les deux gros bergers allemands qui gardaient les lieux ne m’inspiraient pas vraiment confiance ! Déçus, nous reprenons la route de Prague. Nous passons à proximité de la ville de Brno et son célèbre circuit de Masaryk. Ce lieu me rappelle mon adolescence, lorsque je m’intéressais aux courses de Grand Prix moto.

Aux environs de 16h, nous arrivons à Prague, au terme de 288,1 km de route. A peine entrés dans les faubourgs par une large quatre-voies, bien que fluide, le trafic ralentit soudainement. C’est très surprenant, aucun véhicule ne dépasse les 50 km/h. Mon GPS me fournit l’explication, il y a un radar de moyenne ici. Un système détecte l’entrée de chaque véhicule dans la zone puis calcule son temps de passage jusqu’au prochain détecteur. L’arme absolue contre les excès de vitesse !

La ville semble immense et il nous faudra parcourir une bonne douzaine de kilomètres supplémentaires jusqu’au centre historique, où se trouve le K+K Hotel Fenix, un quatre étoiles où nous attendent deux confortables chambres. Oui, deux chambres, car R. est arrivée dans la matinée par avion de Paris. Elle avait envie d’être ma passagère les derniers 1100 km du voyage. A l’origine, elle devait m’accompagner sur l’ensemble de ce périple, mais des problèmes de santé de l’un de nos deux chats siamois l’ont contrainte à rester à Paris.

L’hôtel est pas mal, aux standards ouest européens, et très bien placé. Prague est une ville extrêmement touristique, avec beaucoup de lieux à visiter, et à peine arrivé, T. était déjà dehors armé de son appareil photo, pendant que je « consommais » mes retrouvailles avec R. Nous nous sommes tous retrouvés quelques heures plus tard pour diner au restaurant U Modré Ruze, dans une cave de la vieille ville, puis avons terminé par une promenade nocturne jusqu’au pont Charles, construit au 14e siècle et symbole de Prague.

Après une grasse matinée agitée et un très copieux petit-déjeuner, R. et moi sommes allés en moto chez le concessionnaire BMW local pour acheter une paire de sacs supplémentaires à fixer sur les valises aluminium de ma GS. En duo, je ne peux plus utiliser ma sacoche de selle passager et dois réorganiser le rangement sur la moto. De retour à l’hôtel, j’ai commencé la rédaction de l’article du jour pendant que R. est sortie se promener en ville. Quant à T., fidèle à son habitude, il était déjà en train d’écumer systématiquement les monuments historiques de Prague alors que nous étions encore en train de paresser au lit !

Nous nous sommes retrouvés vers 18h pour diner. Le guide Hachette de T. recommandait l’un des plus vieux restaurants de la ville, le « 7 Angels », que nous parvenons à trouver dans une petite rue piétonne. Le centre de Prague est un véritable labyrinthe et il est très facile de s’y perdre. Heureusement, le GPS du téléphone de T. est là pour nous aider.

Attablés au « 7 Angels », nous dinons tranquillement. Ni la nourriture, ni le service, n’ont rien d’extraordinaire. Vient le moment de payer l’addition, relativement salée, et le serveur nous dit que les cartes bancaires ne sont pas acceptées. En détaillant l’addition, T. remarque qu’une quinzaine d’euros ont été ajoutés à la main, sans justification, au total de la note. De plus, celle-ci est en monnaie locale, mais le montant équivalent en euros est également précisé. Or, le taux de change est 25% supérieur au cours officiel vérifié sur Internet. T. va à la caisse demander des explications sur ce surcoût, et revient au bout de quelques minutes, visiblement énervé. Il est suivi par le serveur, franchement désagréable, qui barre sur notre addition le montant en euros et nous presse de payer et de déguerpir. Plus fort encore, après que nous ayons mis la somme demandée sur la table, que le serveur recompte, celui-ci devient agressif et commence à insulter gratuitement T. Je n’en crois pas mes yeux. Je n’ai jamais vu pareille scène de ma vie dans un restaurant ! Le type va jusqu’à nous menacer d’appeler les flics et nous met dehors. Cette scène surréaliste s’est passée tellement vite que j’en suis presque hébété et j’ai à peine de temps de commencer à sentir la moutarde me monter au nez que nous sommes déjà dans la rue. Je pense que si nous étions restés cinq minutes de plus, je plantais ma fourchette dans la gueule de ce connard… 

Nous sommes ensuite allés nous détendre dans un bar-restaurant où se produisait un quatuor de jazz américain, avant de rejoindre notre hôtel. Je conserverai un mauvais souvenir de Prague. Certes, la ville est magnifique, mais le tourisme et ses travers se sont développés à outrance. Les rues sont bondées de monde, les gens pas franchement sympathiques, et les arnaques réputées nombreuses. Sans compter cet incroyable incident au restaurant. Il est clair que je ne remettrai plus jamais les pieds ici.

Voilà, ce mois de voyage en Europe de l’Est se termine bientôt. Demain matin je pars avec R. pour Stuttgart en Allemagne car je voudrais visiter le musée Porsche, apparemment très réputé tant pour ses expositions que pour son architecture. Nous serons de retour à Paris vendredi nuit, probablement sous la pluie d’après les prévisions météo. En principe, nous devions faire la route avec T. mais nous ne sommes pas parvenus à nous mettre d’accord sur le planning et sur le choix de l’hôtel à Stuttgart. De plus, la visite du musée Porsche ne semble pas l’intéresser. Cela dit, la route qu’il nous reste à faire les deux jours à venir n’est plus qu’une formalité. Nous nous verrons donc peut-être demain soir ou après-demain matin à Stuttgart, ou bien directement à Paris.

Je posterai mon prochain et sans doute dernier article le week-end prochain, de Paris, et mettrai en ligne dès que possible une sélection de photos de ce voyage.

You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
4 Responses
  1. François dit :

    « 7 Angels »: il ne faut pas les ratter. Il faut écrire au guide Hachette pour ton avis sur le restaurant.

  2. Georges dit :

    vivre/partager avec quelqu’un pendant 4 semaines, peut peser … pas toujours évident, les compromis ça va un moment 😉 …
    welcome back to paris, je suis à orly attendant mon retour vers le soleil … 🙂

  3. Vespa dit :

    Salut Smop, et bon retour sur Paris :-))
    Vous devez déjà être arrivés, toi et R, j’espère que l’on pourra très rapidement organiser un diner pour que tu nous parles de ce superbe voyage !
    A très bientôt !!

  4. travelstrom dit :

    j’espère que la dure réalité du retour n’est pas si douche froide que ça
    on attend avec impatience les centaines de photos, pour mieux partager tes mots avec les images et souvenirs.
    bon courage pour la reprise

Leave a Reply

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>