Highway To Hell

La tour Eiffel est là, à quelques centaines de mètres derrière la baie vitrée du salon de mon appartement, et me rappelle que je suis de retour à mon point de départ. Notre balade en Europe de l’Est aura duré 28 jours, dont 17 sur la route. Onze pays traversés et environ huit mille kilomètres parcourus. Avec le recul, je regrette que nous n’ayons pas été un peu plus ambitieux. Nous aurions pu pousser vers l’est de l’Ukraine, traverser un morceau de Russie et faire un passage rapide en Georgie ou au Kazakhstan. Mais ce n’est que partie remise, car s’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est que je reviendrai dans cette partie du monde.

R. et moi avons quitté Prague jeudi vers 13h. Il était éventuellement question de retrouver T. à Stuttgart, mais il m’annoncera par SMS quelques heures plus tard qu’il a finalement décidé de faire d’une traite la route de retour. Nous serons donc seuls pour parcourir les 1100 kilomètres qui nous séparent de Paris. La campagne tchèque que traverse l’autoroute n’a rien de très intéressant, si ce n’est les champs de centaines de panneaux solaires qui la jalonnent. Nous arrivons rapidement à la frontière avec l’Allemagne, que nous traversons sans nous arrêter, comme toutes les autres frontières de l’Union Européenne. J’attendais avec une certaine impatience ce moment où le symbole m’indiquant la limitation de vitesse allait disparaitre de l’écran du GPS. Désormais, je peux rouler l’esprit tranquille à 180-200 km/h. La GS est aussi à l’aise dans ces conditions qu’elle l’était sur les routes défoncées d’Ukraine. Ma tête dépassant largement du carénage, ce sont maintenant les muscles du cou qui imposent leur limite. En Allemagne, il faut toujours conserver un oeil sur le rétroviseur gauche, car même à ces vitesses-là, je vois des « pères de famille » me dépasser tranquillement !

472,4 kilomètres plus loin, nous arrivons à notre destination, l’hôtel Keinath à Stuttgart-Zuffenhausen. C’est un modeste deux étoiles choisi pour sa proximité du musée Porsche, but de l’étape du jour. Nous sortons à pied dîner dans un restaurant local typique, à la décoration très rustique. Au moment de retourner à l’hôtel, et pour la première fois depuis le départ de France, la pluie nous accueille. Une fois sous la couette, en attendant que R. ait terminé de prendre sa douche, j’allume la télévision. Toutes les chaînes ne parlent que de la disparition de Steve Jobs, le charismatique co-fondateur d’Apple. Utilisateur des produits marqués de la pomme depuis huit ans, j’avais appris avec tristesse la nouvelle la nuit précédente. Je n’aurais jamais imaginé qu’il y aurait un tel raz-de-marée médiatique autour de cette disparition attendue. Je suis maintenant très curieux de voir si Tim Cook, le nouveau PDG d’Apple, saura relever le défi de la continuité visionnaire de son prédécesseur.

Nous voici vendredi matin. Il ne pleut plus mais le ciel reste menaçant. Le musée étant à une vingtaine de minutes à pied de l’hôtel, nous préférons prendre un taxi pour nous y rendre. L’architecture du bâtiment est incroyable et vaut à elle seule la visite. Le bâtiment me rappelle par bien des aspects le musée Guggenheim de Bilbao. Il est l’oeuvre du cabinet d’architectes autrichien Delugan Meissl et a été ouvert au public en janvier 2009. J’ai lu que sa construction avait été estimée à cent millions d’euros ! Le rez-de-chaussée est occupé par le restaurant et la boutique de souvenirs. Un long escalier mécanique mène au niveau de l’exposition, qui se déroule sous forme de spirale ascendante. Les lieux tiennent plus d’un musée d’art contemporain que d’une vulgaire exhibition d’automobiles. Tout est d’un blanc immaculé, avec des jeux de lumière très sophistiqués et des présentations multimédia astucieuses. Il nous a été fourni à l’entrée un audioguide qui nous accompagnera de bout en bout pendant cinq heures, et nous terminerons par un très copieux déjeuner sur place.

Retour à l’hôtel en taxi puis longue préparation en prévision des mauvaises conditions météo annoncées, bien que pour l’instant, le ciel soit bleu. Nous quittons Stuttgart à 17h. J’espérais pouvoir profiter encore une fois des belles autoroutes allemandes mais le trafic sera très dense jusqu’à la frontière française, que nous franchissons sur un axe secondaire. Quelques kilomètres après Strasbourg, la nuit tombe et la température baisse sur l’autoroute jusqu’à huit degrés. Mon avertisseur de radars Coyote m’ayant été confisqué à la frontière Suisse (cf. article du 10 septembre), je me contrains à ne pas rouler au-delà de 150 km/h. De temps à autre, un « éclaireur » me dépasse et me permet d’accélérer le rythme en suivant ses feux à bonne distance. Il faut que je fasse particulièrement attention, j’ai déjà été flashé le 4 septembre à 184 km/h en rentrant de Bretagne de nuit et je n’ai plus que huit points sur mon permis de conduire … pour les trois années à venir. A proximité de Metz, la pluie attendue arrive, mais nous avons de la chance, elle ne nous accompagnera qu’une trentaine de kilomètres. Nous arriverons à Paris bien secs. R. souffre un peu du froid, mais elle en a vu bien d’autres lors des milliers de kilomètres parcourus ensemble en moto. Nous nous arrêtons peu, mais ce sera lors de l’un de nos deux ravitaillements en carburant et boissons chaudes que je ferai la rencontre de la nuit. Ce sera un couple de blacks californiens en vacances en France pour une semaine. Lui est saxophoniste, au look résolument rasta avec sa veste militaire, ses dreadlocks et ses « yeah man » ponctuant notre discussion devant la station-service. Je l’aurais bien imaginé dans un vieux Combi Volkswagen. Mais non, il conduit un gros 4×4 BMW X5 immatriculé en Allemagne ! Une heure plus tard, nous passons le dernier péage et retrouvons le halo de lumière qui annonce la proximité de la capitale.

Il est peu après minuit. L’odomètre indique 635,6 km parcourus depuis Stuttgart. Nous sommes devant la place d’Italie, arrêtés au feu rouge du bout de l’avenue de Choisy. Encore six kilomètres et nous serons arrivés. Le feu passe au vert. Je débraye au bout de trois secondes au lieu d’une. Le conducteur de la voiture derrière moi klaxonne. Je murmure une insulte à l’attention de ce connard et me dis qu’il y a des coups de casque qui se perdent. Ma passagère m’entend et me glisse dans l’intercom de nos casques un « ça y est, tu redeviens râleur ». Aucun doute, nous sommes bien de retour à Paris…

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10 Responses
  1. snax dit :

    Moi aussi j’aurais bien aimé que tu nous emmènes en Géorgie et au Kazakhstan.
    J’étais bien parti devant mon écran.
    En tous cas, merci pour tout ça et ravi d’avoir fait connaissance avec Smop.

  2. Georges dit :

    Welcome back home 🙂

  3. Cris dit :

    Moi aussi j’aurais bien aimé que tu nous emmènes en Géorgie et au Kazakhstan.
    J’étais bien parti devant mon écran.
    En tous cas, merci pour tout ça et ravi d’avoir fait connaissance avec Smop.

    +1

  4. Olivier Rodrigues dit :

    Bonjour, pourriez vous, SVP, me contacter à l’adresse associée à ce commentaire. J’ai besoin de vous joindre. Merci d’avance.
    Olivier

  5. Nicholas dit :

    Hey Smop!

    Pas de nouvelle, bonne nouvelle?
    Que deviens-tu, plus de posts sur ce blog, es-tu encore sur Paris?
    A vrai dire j’étais resté à l’époque où tu vivais sur l’île!

    En espérant une nouvelle entrée dans cet excellent blog, je te souhaite une très bonne année 2013!

    Nicholas

  6. Smop dit :

    Hello Nicholas ! Je te réponds par e-mail.

  7. travelstrom dit :

    …. Nous aurions pu pousser vers l’est de l’Ukraine, traverser un morceau de Russie et faire un passage rapide en Georgie ou au Kazakhstan. Mais ce n’est que partie remise, car s’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est que je reviendrai dans cette partie du monde……

    => Nous allons pousser plus à l’Est que la Russie pour respirer les odeurs de la steppe Kazakh et malheureusement constater l’agonie d’Aral… tu pourras suivre notre prochaine aventure! vivement 2014.

    • Smop dit :

      Nous pourrions peut-être bien nous croiser quelque part car j’irai bien dans ce coin-là l’année prochaine. Notre connaissance commune Jeff part au Kazakhstan avec sa KTM en mai 2014 et m’a proposé de bouffer un peu de route avec lui. Affaire à suivre !

  8. legrain dit :

    Bonsoir ,
    Je decouvre depuis quelques heures votre site que j’ai trouvé en cherchant des infos sur la KTM 1190 adventure. R. Bravo c’est, on ne peut plus, complet et complètement captivant!!!
    Je suis revenu fin septembre d un periple moto qui m’a conduit en Ukraine. Russie et Kasakhstan …
    Je serai ravi de partager avec vous mon expérience et vous parler de ma prochaine aventure qui devrait me conduire vers les terres encore vierges de la Mongolie…peut etre en KTM…

    Au plaisir de vous lire.

    Salutations motardes

    Emmanuel. Legrain

    Emmanuel Legrain

  9. Christophe dit :

    Bonjour,

    Bravo pour le site et les infos très détaillées … pour l’humour surtout … mais 2 caleçons et 3 paires de chaussettes … un peu juste 😉

    Avec l’âge on voyage autrement, merci !

    Une autre citation  » Si tu veux rouler en Ducati; Achètes-en deux  »

    Salutations motardes
    Peut être un jour sur les routes du sud de la France … tu devrais me reconnaitre.
    Guzzi Guzzi

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