Poignée dans l’coin

14 ansJ’ai posé pour la première fois mes fesses sur la selle d’une « moto » à l’âge de onze ans, en 1977. A l’époque, j’étais à l’école Saint Benoit, dans le 6ème arrondissement parisien, et Fabrice, un « loulou » de ma classe m’avait enseigné les fondamentaux du « pilotage » en quelques heures. N’ayant pas encore atteint l’âge légal pour conduire, j’avais acheté à l’insu de mes parents une petite Yamaha TY50M chez Ladeveze. La supercherie fut vite découverte et je n’ai pas gardé longtemps ce premier deux-roues, mais c’était trop tard, j’avais déjà attrapé le virus. Yamaha TY50MDans ces années-là, les motards étaient encore perçus comme des marginaux. En pleine crise de pré-adolescence et en quête d’une identité propre, le monde de la moto me donnait l’impression d’avoir trouvé une seconde famille. C’était l’époque des derniers rassemblements moto à la « Bastoche », de la fin des courses sauvages à Rungis, de la création de la FFMC, des « concentres » aux quatre coins de l’hexagone et des « Moto Club Pirate ». Malgré mon jeune âge (16 ans en 1981), j’étais de toutes les manifestations parisiennes et je fus l’un des premiers à verser mon obole pour la création de la Mutuelle des Motards. Suzuki GT125Après plusieurs 50cc à vitesses, ma première vraie moto a été une Suzuki GT125, suivie par mon premier « gros cube », une Honda CB 500 Four digne du Joe Bar Team, avec laquelle j’allais me faire peur au Circuit Carole, ouvert depuis peu à Tremblay-en-France. Au fil des ans, j’ai accumulé bon nombre de kilomètres au guidon de motos très diverses dont une furieuse Yamaha RD350LC qui m’a laissé d’impérissables souvenirs. Honda 500 Four Pour l’anecdote, en 1985, lorsque j’étais étudiant à la faculté de Droit, j’ai gagné un peu d’argent de poche en travaillant quelques mois comme préparateur de motos neuves chez Kawasaki Etoile. Peu à peu, les années rebelles sont passées, je suis rentré dans la vie active et comme beaucoup, je me suis « embourgeoisé ». Cependant, même en délaissant la moto au profit de la voiture, j’ai toujours conservé une affection particulière pour le monde de la moto. Pour moi, il représente avant tout une communauté solidaire, riche de son esprit libertaire et régi par ses propres codes. Yamaha RD350LC L’aspect pratique des deux-roues en milieu urbain vient loin derrière. C’est en me souvenant de tout cela qu’en 2003, j’ai craqué à nouveau et j’ai acheté une Honda 600 Transalp. Ce monde de la moto que j’aime tant a changé en se démocratisant. Nombreux maintenant sont les motards qui ne se saluent plus en se croisant et qui oublient leur deux-roues à la première goutte de pluie. Sans parler de cette large majorité de connards en scooter qui investissent les agglomérations sans le moindre respect pour les autres usagers de la route. Je dois avouer que je n’ai pas la moindre compassion lorsque j’en vois un par terre. Honda 600 TransalpEn contrepartie, l’image sulfureuse du motard-loubard s’étant beaucoup estompée, les relations si tendues autrefois avec les « caisseux » sont maintenant bien meilleures. En 2009, de retour de quatre années passées à Tahiti, j’ai acquis ma première BMW, une R1200GS, suivie en avril 2010 par la même en version « Adventure », flambante neuve. Je crois que j’ai enfin trouvé la moto idéale pour moi : haute, assez confortable, suffisamment puissante, bien équipée, très sécurisante, à l’aise tant en ville que dans les grands espaces et sur les petits chemins. BMW R1200GS Adventure 2010 Mais voilà qu’au bout de 25 mois et 38083 kilomètres de bonheur, j’ai tourné la page et ai revendu ma R1200GS Adventure. J’avais envie de changer, et depuis un moment déjà, l’idée d’acquérir une moto « vintage » me tentait beaucoup. J’ai commencé d’abord par regarder la Kawasaki W800, puis la sympathique Triumph Thruxton 900. Après réflexion, l’original étant toujours plus séduisant que la copie, je me suis demandé pourquoi ne pas chercher plutôt une véritable moto des années 70-80 ? BMW R90S La première qui me vint à l’esprit a été la Yamaha XT 500, puis la Yamaha RD350LC. Une Kawasaki 750 H2, ou encore une Honda CBX 1000 m’ont aussi tenté, mais je craignais les problèmes de fiabilité et de coût d’entretien. Je roule environ 20000 kilomètres par an, me sers tous les jours de ma moto, et n’ai pas le temps ni l’envie de bricoler. Après plusieurs semaines de recherche, j’ai enfin jeté mon dévolu sur la mythique BMW R90S, concurrente directe des reines japonaises de l’époque. Quatre mois sont passés et j’ai adoré ce retour quarante ans en arrière. Au début, rouler en « ancienne » est vraiment déroutant, mais on s’y fait très vite et on redécouvre des sensations oubliées. BMW HP2 Enduro On retrouve aussi des limites que nous n’avons plus l’habitude d’avoir et qui ont parfois été contraignantes. Après l’Ukraine en 2011, j’avais envie de faire un tour en Russie avec ma « petite vieille », mais j’ai finalement abandonné ce projet par crainte de problèmes mécaniques. Un peu frustré, j’ai pris la décision d’acheter une seconde moto, plus adaptée aux voyages, et j’ai naturellement pensé à reprendre une R1200GS Adventure. Mais voilà que le hasard en a décidé autrement, et j’ai eu un coup de foudre pour un autre engin très atypique, une magnifique BMW HP2 Enduro, préparée « Supermotard », acquise début octobre 2012.BMW K1200S Une machine extraordinaire, et devenue sans nul doute l’une de mes préférées. Comme d’habitude, j’ai craqué sur un coup de tête, certes sans regrets, mais sans pour autant répondre à mon « besoin » initial de machine adaptée au voyage. Nouveau coup de tête, toujours chez BMW, mais en quatre cylindres cette fois, qui sera ma première « super sportive », une K1200S. Cinquième BMW en trois ans et demi ! Cette dernière allemande sera aussi la moto que j’aurai conservé le moins longtemps. Quatre mois plus tard, changement de cap radical et passage de Munich à Mattighofen. KTM 1190 Adventure R En bonne partie suite à un conflit avec le service client de BMW, j’ai décidé d’être infidèle au constructeur bavarois. D’abord tenté par la Ducati Multistrada 1200 S Pikes Peak, j’ai finalement été séduit par la toute nouvelle KTM 1190 Adventure R, concurrente très sérieuse de l’autre grande nouveauté de ce début d’année 2013, la BMW R1200GS à refroidissement semi-liquide. La KTM fut une excellente surprise. Les ingénieurs autrichiens ont réussi à concocter un savant mélange de gros trail routier et de sportive. Je me suis vraiment beaucoup amusé BMW R1200GS Adventure 2014 au guidon de cette machine dont l’équilibre général est délicieusement jouissif. S’il est bien une seule chose que je puisse lui reprocher est qu’elle est une terrifiante « pousse au crime » ! Je suis toujours étonné d’avoir pu conserver mon permis. 1er février 2014, j’arrive à me surprendre moi-même : je sors de la concession BMW Motorrad parisienne avec un nouveau bon de commande en main. Me voici désormais propriétaire de l’une des toutes premières R1200GS Adventure à refroidissement semi-liquide. Qui l’eût cru, hein ? Bon, mon retour chez BMW ne m’aura guère porté chance car huit mois plus tard, la grosse teutonne s’est « suicidée » sur une trainée d’huile. Ducati Hypermotard SP C’est mon premier « vrai » accident depuis que je roule en deux-roues. Statistiquement, j’ai de la marge jusqu’au suivant ! Une fois encore, ma monture suivante sera radicalement différente. J’ai à nouveau choisi une redoutable « pousse au crime », italienne cette fois, la Ducati Hypermotard SP. La vie est un éternel recommencement, n’est-ce-pas ?

   

▶ BMW R1200GS 2008 et Adventure 2010

▶ BMW R90S 1976

▶ BMW HP2 Enduro 2006

▶ BMW K1200S 2006

▶ KTM 1190 Adventure R 2013

▶ BMW R1200GS Adventure 2014

▶ Ducati Hypermotard SP 2015

▶ Equipement

   

Dernière mise à jour de cette page : Mercredi 25 mars 2015