En passant par Chiang Mai

Je pensais pouvoir écrire quelques lignes pour le blog pendant ces quelques jours à Chiang Mai, et c’est en m’installant dans un cybercafé que je me suis rendu compte que … j’avais oublié le mot de passe pour y accéder. Rhââââ damned ! Tout était sur mon PowerBook que j’avais laissé à la consigne de l’hôtel Siam City… Mais bon, j’avais mon dictaphone sur moi pour prendre des notes sur la route. Me revoici donc au 12ème étage du Siam City Hotel, chambre 1267.

Remontons un peu dans le temps : lundi matin, check-out de l’hôtel un peu avant 13h, dépôt de mes sacs à la consigne, histoire de pouvoir voyager très léger. Un peu d’inquiétude quand même car mon petit sac à dos contient mes billets d’avion, le PowerBook, le téléphone portable et un tas de gadgets électroniques pour la plupart neufs et coûteux. Mais bon, l’hôtel parait sérieux (et l’a été puisque j’écris ces quelques lignes). Pour info, mon portable, un Nokia Communicator 9500 avec un abonnement SFR, fonctionne parfaitement ici mais je le laisse dans mes bagages. J’ai horreur de voyager chargé, et je n’emmène avec moi que quelques fringues, mon passeport, une (bonne) poignée d’euros, de dollars et de bahts, mon couteau “mini Rambo” et le GPS portable. J’ai pris la décision d’aller passer quelques jours à Chiang Mai, bonne grosse ville de province de 160000 habitants au nord de la Thaïlande, 850 kms de Bangkok, non loin des frontières de la Birmanie et du Laos, le célèbre “triangle d’or” des seigneurs de l’opium. Ensuite ce sera retour à Bangkok, puis quelques jours dans le sud avant de m’envoler vers l’Australie.

A la réception de l’hôtel je demande à réserver deux nuits supplémentaires pour y passer entre le nord et le sud, puis avant de partir du pays. La fille au desk m’indique que ça me coûterait moins cher de passer par une agence de voyages et il y en a justement une dans l’hôtel même ! J’y passe donc et paye ces deux nuits. Cette fois, le tarif est de 3100 bahts au lieu des 3800 des deux premières nuits ! Un bon truc à savoir si vous voulez aller en Thaïlande : les hôtels sont moins chers quand on passe par une agence, même locale. A noter qu’on paye d’avance, soit une partie, soit la totalité de la réservation mais c’est plus pratique pour organiser son budget. J’essaie de tout régler en espèces pour éviter la commission et le taux de change défavorable quand on utilise une carte de crédit, mais aussi parce que j’ai lu que les arnaques aux cartes sont parait-il courantes par ici. A titre indicatif, je suis parti de France avec environ 3500 euros et un peu plus d’une centaine de dollars US en espèces, ainsi que 1000 euros en Travellers Cheques American Express, et deux cartes de crédit VISA Premier (utiles pour l’assurance qu’elles offrent). A ce jour, un euro vaut environ 50 bahts.

Je prends un taxi et retrouve la pollution et les embouteillages du premier jour. Je remarque ce truc très typique des villes d’Asie que sont les énormes grappes de fils électriques en tout genre qui pendouillent sur les façades des immeubles ou accrochées à des poteaux de bois. Marrant de voir ce signe d’une autre époque alors qu’il y a des magnifiques tours ultra modernes et une débauche de technologie à chaque coin de rue. L’Asie est vraiment un continent de contrastes… Chose curieuse, en plus des voitures japonaises, il y a beaucoup de Volvo ici.

Arrivée à la gare centrale de Bangkok 15 minutes et 75 bahts plus tard. A peine entré dans le hall, deux nanas locales m’abordent pour me demander en anglais où je vais. Je pense d’abord à du racolage pour essayer de me vendre quelque chose mais en fait non, elles font partie du personnel dédié à l’orientation des étrangers. On sent bien que le pays a besoin du tourisme… J’explique que je veux aller en train de nuit à Chiang Mai et l’une d’entre elles m’accompagne au guichet pour jouer à la traductrice. J’achète le billet en wagon-lit de 1ère classe, seul à être climatisé (je rappelle qu’il fait très chaud et humide ici, la clim n’est pas un luxe…). Il y a deux autres classes : la troisième où on voyage assis (déconseillée par le guide du Routard à cause des vols fréquents) et la seconde équivalente à la première (couchettes) mais sans climatisation. Je paye 1250 bahts, soit 25 euros, le dixième du prix d’un Paris-Nice en compartiment individuel de wagon-lit… Il est 15h et mon train part à 18h pour arriver le lendemain à 6h50. Près de 13 heures de trajet pour le train appelé “express”…

Ma traductrice me demande si j’ai un hôtel à Chiang Mai et me propose de me conduire dans l’une des nombreuses agences de voyages de la gare. Je la suis, toujours un peu méfiant. Le bureau, assez miteux, au premier étage de la gare est occupé par trois personnes. A peine arrivés, ma traductrice me laisse entre les mains d’une autre nana après lui avoir expliqué que je vais à Chiang Mai et s’en va. La fille de l’agence réussit à me convaincre de prendre la “guest house” qu’elle me propose, pour 700 bahts la nuit pour une chambre avec clim (300 sans clim). Les “guest house” sont un peu l’équivalent des “backpackers” ou “hostels” australiens : une sorte d’auberge pas chère disposant du confort minimum. La vie a beau ne pas être chère ici, je n’ai pas l’intention de payer 75 euros pour un hôtel quatre étoiles chaque jour… Je paye donc d’avance ma “guest house” pour trois nuits en échange d’un reçu et retourne dans la salle d’attente de la gare.

La gare n’est pas très grande, vieillotte, mais très propre. Un énorme écran mural ultra moderne diffuse des émissions de télé locale et des pubs. Deux autres sont dédiés aux mouvement des trains. Tout est indiqué en Thaï et en anglais. J’achète l’un des deux journaux locaux en langue anglaise, le “Bangkok Post” et la première page est en bonne partie consacrée aux hésitations des français au sujet du référendum sur la constitution européenne. Il y a beaucoup de journaux, dont deux en langue anglaise, de nombreux tabloïds et des revues très variées. Contrairement à la France, celles manifestement sexuellement explicites sont bien visibles. Le rapport à la sexualité en Thaïlande est nettement plus sain que dans le vieil Occident, pourri par une morale judéo-chrétienne étouffante et archaïque. Je reviendrai sur le sujet plus loin ou dans un autre article…

Me voici installé sur un banc d’une salle d’attente en mezzanine au premier étage, à lire d’un oeil le journal mais surtout observant les gens autour. J’ai encore deux bonnes heures d’attente avant le départ du train, tout juste apparu en bas du panneau d’affichage électronique. Je suis tenté de prendre quelques photos avec le petit appareil numérique (un Sony Cybershot DSC-P200 avec un capteur 7.2 mega pixels pour les amateurs) mais je renonce pour ne pas me faire remarquer. De plus, dans certains pays, il est délicat de prendre des photos des gens sans leur demander la permission. Ils pensent qu’on leur “vole leur esprit”… A noter que la très grosse majorité des Thaïs sont bouddhistes, ce qui explique en partie leur gentillesse et leur tolérance. J’ai croisé un peu partout des moines au crâne rasé et à la robe safran. Ils semblent très respectés. Dans la salle d’attente, quelques routards mais aussi plusieurs couples mixtes, Européen avec Thaïlandaise. L’un d’eux, dans les 25 ans, grand et rouquin, avait une tronche de geek, l’air complètement crevé, doucement câliné par une jolie Thaï assise à côté de lui. Je ne pense pas qu’il a passé sa nuit sur un clavier celui-là…

Il est interdit de fumer presque partout, lieux publics, restaurants, halls d’hôtels, … On trouve essentiellement des cigarettes L&M et Marlboro, fabriquées aux Philippines, pour un prix allant de 35 à 55 bahts le paquet, un cinquième du prix français. Ici aussi on a droit aux avertissements sur la nocivité des clopes (en Thaï) mais aussi à une jolie photo en prime, du genre très explicite…

17h40, je me dirige vers la voie 5 où mon train est annoncé. Arrivé sur le quai, un type avec un uniforme me demande mon billet et me conduit à mon wagon, celui de queue. Il ressemble à une voiture couchettes française, avec une coursive vraiment très basse. Je suis obligé de me baisser sinon mes 193 cms ne passent pas. Le compartiment, modeste mais propre, est composé d’une banquette transformable en double couchette superposée, d’un petit lavabo et d’une tablette. Il y a une petite climatisation individuelle, fort agréable après la fournaise de l’extérieur. La fenêtre semble fixe. Le type en uniforme, qui s’avère être le contrôleur, très courtois et parlant un anglais basique mais suffisant, me désigne un bouton sur la cloison et me dit que c’est pour l’appeler si j’ai besoin de quoi que ce soit. Plusieurs compartiments semblent occupés, exclusivement par des étrangers je crois. Un autre type, en veste blanche et hilare, passe avant le départ pour offrir un verre de jus d’orange bien frais et me donne le menu du dîner et du petit-déjeuner. C’est le steward du wagon-restaurant.

Le train démarre pile à l’heure, les trains Thaïlandais ont la réputation d’être très ponctuels. La nuit tombe en ce moment vers 18h30 et on ne voit pas grand-chose dehors. Un troisième type vient pour contrôler le billet. Cette fois il semble s’agir d’un militaire vu son uniforme. Nouvelle visite du steward et je lui indique quel menu j’ai choisi (trois options disponibles) mais ai toutes les peines du monde pour lui expliquer que je suis végétarien et que je ne veux pas de sa salade au poulet. Il finit par comprendre ! Le repas arrive quelque temps après sous la forme d’un plateau rustique en bois, avec une assiette de légumes et crevettes, ainsi qu’un gros bol de soupe aux crevettes et une salade de fruits, recouverts par du film plastique. C’est visiblement cuisiné sur place, très très gras, trop cuit et pas franchement bon. Je me force un peu mais c’est quand même mangeable. En Thaïlande, le piment n’est pas fait pour les fillettes, comme dirait je-ne-sais-plus-qui : ça arrache très grave… Le type revient ensuite chercher le plateau puis c’est au tour du contrôleur de revenir pour mettre la banquette en position couchette et faire le lit avec un drap et une couette propres. Je fais un saut aux toilettes et me heurte violemment la tête au rebord de la porte. J’avais oublié que sorti de la cabine le plafond était si bas. Je crains de m’être un peu ouvert le crâne mais ça va, je m’en tire seulement avec un peu de chair à vif et une grosse bosse (je la sens encore !). Il y a deux cabinets de toilettes dans le wagon, plutôt propres, l’un à la “turque” et l’autre plus classique. Papier toilette à volonté mais aussi un jet pour se laver, peut-être pour les musulmans. Je retrouverai ce système très pratique à la “guest house”. Une clope en bout de wagon, seul endroit toléré, et je croise quelques routards, du genre babas cools hallucinés. De retour à la cabine, je m’allonge et me plonge dans le premier bouquin que j’ai pris avec moi : “Pourquoi les hommes trompent les femmes (et vice versa)” par Clara Pernec et Olivier Mikak. Depuis, je l’ai quasiment terminé et je vous le recommande, style très drôle et contenu très juste… (Editions Générales First, 2004). Le train fait quelques arrêts et je m’endors profondément.

6h du matin, on frappe à la porte. Je l’ouvre, la tête dans la vaps, et c’est le petit-déjeuner qui arrive. Un café pas terrible, quelques tranches de pain grillé avec du beurre fondu et de la confiture de fraises, des oeufs au plat une fois de plus très gras ainsi que quelques bouts d’ananas. Le contrôleur passe à deux reprises pour indiquer que le train va bientôt arriver à Chiang Mai. Pile poil à l’heure on est à quai. La gare ressemble à une petite gare de province, malgré l’heure matinale il fait déjà chaud et très humide. Des employés commencent à laver le train. Quelques personnes attendent au bout du quai, dont un type petit et maigrelet avec une pancarte “Mr Tomazi”. C’est l’agent de la “guest house” qui vient me chercher, comme prévu. Il est surpris de me voir, il pensait avoir affaire à un japonais à cause de mon nom. On ne me l’avait encore jamais faite celle-là ! Nous allons sur le parking de la gare et il m’invite à monter à l’arrière d’un pickup japonais baché. Et nous voici en route pour la vieille ville de Chiang Mai, où se trouve la “S.K. Guest House”.

Quinze minutes de pickup et nous voilà arrivés dans la vieille ville, devant la “guest house”. Une nana attendait devant, avec un grand sourire, et me demande le reçu du règlement des trois nuits que l’agence à la gare m’avait donné. Puis elle me conduit à la chambre. On traverse une cour encombrée d’un tas de trucs divers, puis un hall avec de nombreux objets en bois, une belle piscine au fond. Nous montons à l’étage, suivons une coursive surplombant la piscine. Nous voilà devant la chambre 251 et la fille s’en va après m’avoir ouvert. C’est simple et modeste, mais fonctionnel. Une pièce avec un lit double, aux dimensions Thaï, c’est à dire que je dépasse de 20 cms, avec comme toujours des draps propres. Une armoire, un bureau, une chaise, une commode, un miroir, une petite télévision. Il y a également une salle de bains avec toilettes et une douche sans cabine (très pratique !). Un petit chauffe eau, pas vraiment utile vu la température ambiante. L’eau du robinet n’est pas potable et a un goût vraiment dégueu mais on trouve facilement de l’eau en bouteille et j’ai aussi des pastilles de Micropur avec moi. Je m’empresse de mettre la clim en route, très efficace. La fenêtre donne sur les toits des bâtiments voisins. Des moustiquaires partout. Tout le mobilier est en bois ancien naturel, et le lit ne grince pas. Sur la porte une affichette collée avec quelques consignes, dont en particulier celle concernant les “female friends” (les “copines”) qu’on ramènerait éventuellement qui doivent laisser une pièce d’identité à l’accueil. D’ailleurs j’ai aussi vu dans l’escalier une affichette du genre indiquant que si on ramène une fille dans sa chambre, l’hôtel prélève 100 bahts (2 euros…) pour la nuit. Il est également indiqué qu’il ne faut pas empêcher les autres de dormir. Il est aussi écrit que la possession de drogues est interdite ici. Le ton est donné…

Il y a tout ce qu’il faut dans la “guest house”, piscine, salle Internet avec cinq ou six PC connectés en ADSL, bar restaurant en terrasse (sur la ruelle), agence de voyages, boutique de souvenirs… Ca ne paye pas de mine mais il ne manque rien. L’établissement, comme la plupart du genre, est tenu par plusieurs filles, de l’ado à la petite vieille, et tout ce beau monde papote à longueur de journée. Il n’y a pas grand monde apparemment car c’est le début de la période la plus creuse de l’année à cause de la saison des pluies qui commence. Chiang Mai est connue comme base de départ de très nombreux “treks” (randonnées à pied, 4×4, moto, bus). Il y a environ 300 “guest houses” qui proposent toutes de très nombreuses activités. C’est aussi la ville de l’artisanat, et une bonne partie de ce qui se trouve en Thaïlande vient d’ici, contrefaçons comprises. Les routards au long cours font souvent de longues escales à Chiang Mai car le coût de la vie y est 3 à 5 fois moins cher que dans le sud, qui abrite le tourisme traditionnel (et sexuel). On est loin de la mer alors le tourisme de masse est encore assez limité. Cela dit, la ville se développe très vite et on commence à voir apparaître des structures d’accueil plus luxueuses.

Le centre de la vieille ville, où je me trouve, est délimité par une douve qui forme un carré parfait, de deux ou trois kilomètres de côté et est relié au reste par quelques ponts. Le quartier est plutôt pauvre mais très sympa et animé. Il y a des “guest house” et des restaurants tous les deux mètres, ainsi qu’un grand nombre de cybercafés. La vie n’est vraiment pas chère selon les standards européens. Un repas complet coûte dans les 2 à 6 euros, et la connexion Internet moins d’un euro l’heure de connexion, avec des performances très acceptables (en général ADSL 512 Kbits partagé entre quelques postes, avec un clavier anglais/thaï pas des plus pratiques). En résumé, sans trop chercher, on peut bien bouffer et dormir confortablement pour à peine plus de 10 euros par jour. Si on mange dans la rue, chez l’un des très nombreux marchands ambulants, on peut compter moins d’un euro par repas… On m’a dit qu’un salaire mensuel pour une activité non qualifiée est de l’ordre de 4 à 5000 bahts ici (80 à 100 euros), moins encore pour les travailleurs clandestins birmans, qui sont nombreux dans cette région frontalière. J’ai lu que le salaire mensuel moyen en Thaïlande est de 450 euros environ… Une belle maison à Chiang Mai se loue dans les 5000 bahts par mois.

Je ne vais pas raconter ici chaque journée en détail car à vrai dire … je n’ai pas fait grand-chose ! Je suis venu ici avant tout pour me reposer et me déconnecter complètement de la France. J’ai aussi le décalage horaire qui n’a pas été totalement absorbé. Du coup je n’ai pas fait de trek, pas vu les centres de dressage d’éléphants ou de serpents, ni les fermes d’orchidées, ni les femmes girafes, pas rencontré les tribus des montagnes, pas visité l’un des très nombreux temples de la région, ni fait du bungee jumping, rafting, escalade, ni aucune autre des activités disponibles – et elles sont nombreuses. En gros, je me suis contenté de beaucoup dormir, bouffer et lire. Sans compter les trois ou quatre douches chaque jour, car on transpire très vite dehors.

La bouffe est souvent très bonne, et même en ne mangeant pas de viande, on trouve facilement des salades ou des plats à base de légumes, de riz ou de crevettes. C’est presque toujours épicé à très épicé, voire parfois même limite, même pour un palais blindé comme le mien. Les assiettes de fruits, composées en général de pastèque, papaye, ananas et banane sont énormes. Quelques autres fruits inconnus ou des mangues. La vie est tranquille, les gens très cools, très polis, jamais agressifs et toujours souriants. Quand on sort des petites rues, c’est assez pollué mais rien à voir avec Bangkok. Il y a beaucoup de deux roues, souvent conduits sans casque, avec deux ou trois personnes dessus. La ville est pleine de “tuk-tuk”, taxis triporteurs à moteur mais reste encore quelques triporteurs à vélo. Pas mal de chiens errants très placides, quelques chats, quelques oiseaux exotiques. J’ai aussi vu un truc qui ressemblait à un écureuil. Beaucoup de lézards qui font de drôles de bruits. Très peu de mendiants mais par contre on est assez souvent sollicité par des vendeurs de tout et n’importe quoi. En dehors des “tuk-tuk” il est possible de louer pour pas cher une voiture ou une moto. J’ai été tenté mais j’ai finalement abandonné l’idée. Il y a deux grands marchés permanents, l’un de jour, et l’autre de nuit, plus touristique. Toutes les maisons ont leur petit autel plus ou moins élaboré dédié à Bouddha, dans lequel ils brûlent de l’encens et déposent de la nourriture et de l’eau plusieurs fois par jour. Très peu de flics et pas de militaires. Bref, une ville paisible. Le seul truc désagréable auquel il faut s’habituer est une odeur permanente de riz cuit ou d’égouts, ainsi qu’une certaine pollution des véhicules à moteur, souvent antédiluviens. Ah, un truc génial : plus de sonneries de téléphones portables à longueur de journée ! Les gens ici n’ont pas besoin de cet épouvantable cordon ombilical électronique, même si on voit quelques ados qui en ont. Il faut dire qu’un portable moderne coûte trois mois de salaire dans le coin…

Mardi je suis allé à la Bangkok Bank pour changer des euros. J’avais lu dans le guide du Routard que cette banque offrait un très bon taux de change pour les espèces. Finalement, après une bonne heure de marche sous un soleil de plomb et une heure et demie d’attente dans le hall climatisé, j’ai gagné un baht par euro par rapport au taux offert à Bangkok. La bonne affaire ! Il faut d’ailleurs se méfier du Routard, qui n’est pas toujours au top pour ce qui est des informations. Pour ma part je préfère de loin le Lonely Planet. Ce jour-là j’ai également acheté mon billet de retour pour la capitale, le 28. Cette fois je prends l’avion, le train en 1ère étant complet. Départ samedi à 10h15.

J’ai fait quelques rencontres, plus ou moins intéressantes, dont Jean-Pierre, un français d’une bonne cinquantaine d’années, installé depuis trois ans à Chiang Mai et vivant avec une Thaï de … 22 ans. Il tient un restaurant français, le “Scorpion”, où j’ai mangé une salade niçoise (qui n’en avait que le nom d’ailleurs) vendredi soir. J’ai obtenu de lui quelques infos utiles pour s’installer dans le pays. Je dois avouer que si la Polynésie ne correspond pas à l’idée que je m’en fais, la Thaïlande pourrait être un endroit à considérer… J’ai aussi croisé une paire de niçois, qui veulent s’installer dans le coin pour faire sous-traiter la fabrication de sculptures artisanales. Le genre bien beaufs crédules, profil pigeon type ! L’un d’eux semble se taper la masseuse du salon du coin.

J’ai été agréablement surpris par le relativement peu de bestioles ici. De gros cafards qui volent, quelques moustiques et des fourmis rouges, mais ça reste du domaine de l’acceptable même si les quelques sales bêtes qui réussissent à m’avoir sont plutôt du genre vorace. A propos de moustiques, j’ai acheté au Vieux Campeur à Paris un truc qui est pas mal. C’est un petit bâtonnet vert en plastique, plus petit qu’un briquet, avec d’un côté deux mini électrodes rétractables et de l’autre un bouton-poussoir. Il fonctionne par piezo électricité et doit être appliqué le plus tôt possible sur la piqûre. Ce truc envoie des petites décharges électriques qui apaisent de manière assez spectaculaire. Ce n’est certes pas très agréable quand on est près d’un nerf mais très supportable. Je ne sais pas si ça fonctionne en endormant la zone piquée, ou si l’électricité diminue la toxicité de l’agent urticant, mais en tout cas ça marche !

Mardi je suis allé dîner dans un bar local fréquenté par les Thaïs. Ambiance un peu bruyante, lumière rouge tamisée et serveuses n’ayant vraiment pas l’air farouches, certaines plutôt “appétissantes”. Bouffe excellente également. Mercredi j’ai testé un pub irlandais, bouffe très moyenne mais j’ai pu boire une pinte de Guinness ce qui m’a rappelé mes virées en voilier dans les îles anglo-normandes ! Jeudi je me suis laissé aller dans un resto du genre très chicos, tenu par un danois. Cadre magnifique dans une énorme maison de plus d’un siècle ayant appartenu à la famille royale, bouffe d’inspiration italienne originale et absolument excellente, sans compter une carte de vins des quatre coins du monde. Un dîner comme ça à Paris c’est 100 euros par personne au minimum. Ici c’est … 18 euros !

Je me suis aussi laissé aller aux délices du très célèbre massage Thaïlandais. A trois euros de l’heure pour la formule de base (sans huile, sinon c’est quatre euros !), il n’y a pas de quoi se priver… Il parait que c’est une spécialité de la région et que les meilleures masseuses sont des aveugles. Il y a des salons de massages absolument partout, et je n’ai pas beaucoup cherché, je suis allé à celui juste en face de ma “guest house”. On commence par le déshabillage. Le pantalon en soie étant trop petit pour moi, je suis resté en caleçon, allongé sur le dos sur une espèce de matelas très fin par terre, dans une petite pièce calme et climatisée. Le fille, pas aveugle celle-là, mais pas toute jeune non plus attaque la bête avec vigueur. Elle tire, elle pousse, elle pince, elle tord, elle masse. Tout y passe, ou presque. Non non messieurs, si vous vous attendiez à des détails croustillants, ça ne sera pas pour cette fois. Cela dit à force de me tordre dans tous les sens, j’ai vraiment craint que les boutons de mon pauvre caleçon bleu ciel Mariner ne tiennent pas le coup, mais c’est passé ! Un truc à essayer absolument si vous venez en Thaïlande, on se sent vraiment bien après… Mais attention, massage ne veut pas dire galipettes. Il est bien entendu possible d’aller plus loin mais ce n’est ni systématique, ni obligatoire, et à la discrétion des deux parties. Mesdames, soyez tranquilles, on ne va pas vous les violer ! Après cette délicieuse petite séance de torture, j’ai enchaîné pour une autre heure, cette fois les pieds uniquement. Lavage, huilage, massage, la totale quoi. C’était moins mémorable que l’heure précédente mais pas mal quand même, surtout quand on fait de la randonnée. Si je m’écoutais, je ferais une petite séance comme ça tous les jours. J’essaierai à nouveau dans le sud, pour comparer.

Vendredi soir, j’ai pris un billet pour assister, cette fois en simple spectateur, à une autre tradition locale : les combats de boxe Thaï. Après avoir dîné au “Scorpion” dont je parlais plus haut, un coup de “tuk-tuk” pour le “Kawila Boxing Stadium”. C’est un assez grand hangar de bois et tôle ondulée, avec des tribunes et un ring au milieu. Il y avait ce soir-là huit combats, entre 20h et minuit. Les plus jeunes boxeurs doivent avoir 12 ou 14 ans, mais une sacré forme physique. Le clou de la soirée était un combat entre Daniel, un anglais et Kong Rid, un Thaï. Assez impressionnant et très violent. J’ai pris pas mal de photos mais elles ne sont pas bien terribles à cause du faible éclairage des lieux. Grosse ambiance et beaucoup d’argent en jeu avec les paris qui vont bon train. Deux militaires nonchalants surveillaient les lieux. Leurs casques, leurs rangers et leurs fringues étaient astiqués comme des miroirs.

Samedi matin, dernier petit-déjeuner et un “songthaew” (les pickups avec des banquettes à l’arrière) passe me chercher à 8h30 pour aller à l’aéroport. Décollage à 10h15, une heure de vol en Airbus A300 et atterrissage, un peu chaotique, à Bangkok. En sortant de l’aérogare, un taxi essaie de m’arnaquer en me proposant le double du prix habituel pour rejoindre mon hôtel. J’en prends un autre, avec un vieux chauffeur qui piquait du nez à chaque arrêt. Une fois arrivé dans la capitale, gros embouteillage, du genre de ceux où on reste à l’arrêt pendant de longues minutes dans les volutes des fumées d’échappement. L’heure de sortir des bureaux à Paris c’est l’autoroute à côté de ça. Tiens, c’est marrant, les arbres sont numérotés à Bangkok. Je vois aussi un élément de mobilier urbain signé JC Decaux. Une heure et quart pour arriver à l’hôtel où j’ai été accueilli par un chaleureux “welcome home sir” du portier. Avec mon gabarit je ne passe pas inaperçu !

Le reste de la journée sans grand intérêt : les sacs à réorganiser, le linge à donner à laver, coiffeur, organisation du voyage dans le sud et pour terminer un dîner vers 22h dans le troisième des quatre restaurants de l’hôtel, le plus simple. Cuisine Thaï et occidentale. Succulent, comme d’habitude. Internet fonctionne mal cette fois et je bataille avec le “manager” informatique de l’hôtel qui me soutient que si ça ne marche pas c’est parce que j’utilise un Mac. Evidemment…

Demain dimanche je prends l’avion à 13h40 pour Bo Phut, sur l’île de Koh Samui, à environ 800 bornes au sud. Ce sera l’objet de ma prochaine bafouille…

Avant de clore pour aujourd’hui, il faut quand même que je glisse quelques mots sur ce qui vous intéresse messieurs : les filles. Comme chacun sait, la Thaïlande est très réputée pour le tourisme dit sexuel. Je n’ai pas encore vu de putes à proprement parler, et si j’ai le temps lorsque je reviens à Bangkok jeudi prochain, je ne manquerai pas de faire un saut dans les bars chauds des rues Patpong I et II. Ce qui est frappant est de voir le nombre de filles locales au bras d’occidentaux (appelés en Thaï des “farangs” – étrangers), comme les couples que j’avais croisés à la gare. En fait on voit ça partout et à longueur de journée. J’en ai encore croisé un dans l’ascenseur tout à l’heure, en remontant dans ma chambre. Le rapport à la sexualité d’une part, et à l’argent d’autre part, semble être vécu très différemment ici. Les filles, en tout cas une large majorité d’entre elles semble t’il, n’ont aucun scrupule à “tenir compagnie” aux occidentaux. Certaines se font payer bien sûr, mais d’autres veulent tout simplement profiter ponctuellement du train de vie des “riches”, et ici tout occidental est “riche”. De plus, d’après ce qu’on m’a dit à Chiang Mai, le fait d’être avec un “blanc” élèverait le “statut social” de la fille. J’aurais pensé tout le contraire, mais en fait non. Ca m’a rappelé le Brésil, et le fait de s’envoyer en l’air, pour des motifs en général ouvertement intéressés, ne choque personne ici. C’est aussi simple que ça… Par ailleurs, la prostitution est une chose qui n’est ni scandaleuse, ni honteuse ici. J’ai lu qu’il n’est pas rare que les Thaïs dont la femme est “indisposée” aillent simplement voir une prostituée. Bien entendu, il y aura toujours des gros cons, en général blancs, avec quelques euros ou dollars en poche qui profiteront de cette liberté des moeurs, en se croyant tout permis. Il ne faut pas non plus oublier que dans les rangs des prostituées professionnelles, concentrées dans le sud très touristique, entre un tiers et la moitié des filles ont le SIDA, donc préservatif obligatoire. Il y a aussi eu de glauques histoires de pédophilie mais le gouvernement semble avoir pris depuis quelque temps des mesures très strictes en la matière. La majorité sexuelle est de 15 ans je crois. Bref, je n’ai pas grand-chose à dire de plus sur le sujet des filles et la polémique serait facile, d’autant plus que ce n’est pas en une semaine qu’on peut se faire un jugement objectif. Très loin de moi l’idée de défendre une quelconque exploitation mais je pense qu’il faut juste abandonner notre vision occidentale des choses et se replacer dans un contexte social très différent.

Bon, il est 4h50 du mat’ et je commence à fatiguer. Je me lève dans quelques heures ayant encore pas mal de choses à préparer avant de partir. Je reprendrai le clavier dès que possible, probablement à mon retour à Bangkok jeudi après-midi.

A bientôt !

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3 Responses
  1. cupertino dit :

    Salut Georges,
    Ce dernier post est long mais intéressant, surtout niveau narratif, la retranscription de l’ambiance est là, on s’y croirait !
    En tout cas, j’espère que tu te dépayse à fond et que tu oublie cette vie trépidante que tu as quitté. Pour ma part, j’ai trouvé ton récit enrichissant, j’ai appris certaines choses que je ne connaissais pas sur la Thaïlande 🙂

    Voilà, en attendant la suite !!!

    Bye…

    P.S. Compte-tu partager les photos que tu prends là-bas sur ton blog ?

    • Smop dit :

      Concernant les photos, je vais essayer d’en mettre quelques unes en ligne. Je vais voir si je fais ca directement sur le blog ou a part.

  2. pauline dit :

    Contente de contaster que vous êtes bien arrivés et que tu es animé d’une sacrée verve littéraire! Soit dit en passant il est heureux que tu ne sois pas au régime, le texte serait diminué de moitier… C’est vraiment cool de pouvoir vous suivre dans vos folles aventures. En attendant de nouveaux épisodes, gros bisous
    pauline

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