Entre l’orange et le bleu…

Comme je l’écrivais dans mon dernier article, j’ai croisé jeudi Michel aux “3B” et lui ai fait part de mon problème pour obtenir un certificat de résidence, document indispensable pour nombre de formalités administratives. Après un moment de réflexion, Michel prend son gros carnet d’adresses en marmonnant quelque chose du genre “après tout il est sénateur…” puis saisit son téléphone portable et compose un numéro. Il donne son nom et demande alors à parler à … Gaston Flosse ! La personne au bout du fil transfère l’appel et Michel dit à son nouvel interlocuteur qu’il souhaite le rencontrer et demande s’il peut être accompagné d’un ami français. Un rendez-vous est pris pour mardi 5 juillet à 9h du matin. Je n’en crois pas mes oreilles. Le conversation aura duré trois minutes, et après qu’il ait raccroché je lui demande s’il s’agit bien du même Flosse, celui qui régna en quasi-monarque absolu de la Polynésie durant plus de deux décennies, et réputé être la plus grosse fortune du Pacifique. Il me confirme la chose et me dit avoir accès à Flosse car il connaît Jacques Chirac ! Trop c’est trop. Je me dis que mon coco affabule complètement. Devant mon scepticisme, il sort de son sac une enveloppe avec en-tête de la Présidence de la République Française adressée à son nom. L’enveloppe contient une lettre de quelques lignes où le secrétariat de la Présidence remercie Michel de son courrier dont le contenu a été communiqué au président, ou un truc du genre. Je ne gobe pas car je connais déjà ce truc de débutant qu’une vieille connaissance, escroc de profession, m’avait appris il y a vingt ans. Tout le monde peut écrire au chef de l’état et un courrier accusant réception est systématiquement envoyé par le secrétariat de l’Elysée. Mais bon, je ne veux pas vexer Michel et après tout, je suis assez curieux de voir comment il va essayer de s’en sortir dans cinq jours. Il me dessine un petit plan pour m’expliquer où me rendre mardi, dans le quartier des administrations, en me précisant que l’immeuble ne paye pas de mine mais que l’intérieur est très luxueux. Nous convenons de nous retrouver au café du coin une demi-heure avant le rendez-vous. Je décide de ne rien écrire pour l’instant dans le blog.

De retour chez moi, à Paea, je ne peux m’empêcher de cogiter. Est-ce que Michel me fait une de ses blagues dont il est coutumier ? Et s’il connaissait réellement Flosse ? Peut-être que ce dernier est facilement accessible, ce qui me semble quand même étonnant vu le personnage… Cela dit, après s’être identifié, Michel l’a eu au téléphone très rapidement, comme si son interlocuteur le connaissait personnellement. Michel est il une sorte de barbouze, rabatteur à la solde du parti orange ? En plus, c’est grâce à lui que j’ai rencontré Olivier, militant déclaré de l’autre bord, ainsi que Roti, qui ne cache pas être indépendantiste. J’avais lu que l’ancien gouvernement avait une cellule dédiée au renseignement, sans compter le G.I.P. dont j’ai déjà parlé. Il est vrai que Michel connaît beaucoup de monde, j’ai pu clairement m’en apercevoir au fil de ces trois dernières semaines.

Bref, le week-end passe et je m’attends à tout moment à recevoir un appel de mon drôle de bonhomme annulant le rendez-vous. Le téléphone restera silencieux, en dehors d’un coup de fil matinal de France, lundi, de fX qui venait aux nouvelles. Je me mets au lit mardi à 5h du matin après avoir terminé l’écriture et la correction de mon dernier article que je compte poster dans la journée. Mon réveil sonne deux heures plus tard et j’ai vraiment du mal à émerger. Une fois dans la voiture, j’appelle Michel pour lui dire que je suis en route et confirmer notre rendez-vous au café qu’il m’avait indiqué jeudi. Rien ne semble avoir été annulé… Il est l’heure où les gens vont bosser et il y a quelques petits ralentissements sur la route, malgré les vacances scolaires. En Polynésie je ne peux plus m’adonner à mon vieux jeu pour faire passer le temps dans les embouteillages, celui qui consistait à faire des jeux de mots avec les lettres des plaques d’immatriculation des voitures. Ici elles sont composées de quatre à six chiffres, suivis de la lettre “P”, sauf les voitures administratives qui ont un “D”. Arrivé à Papeete, j’ai pour une fois un peu de mal à me garer. En général c’est relativement facile, mais le quartier des administrations est assez fréquenté. Le stationnement est gratuit partout sur l’île et les deux tentatives d’y introduire des parcmètres ont heureusement été vaines. En signe de protestation, un dentiste bouchait systématiquement les monnayeurs avec de la résine ! Je finis par trouver une place en face du tribunal, avenue Bruat.

Je m’installe au café convenu et commande un petit-déjeuner copieux dans l’espoir de me réveiller. Le manque de sommeil et la chaleur me rendent un peu nauséeux. Tous les gens qui me connaissent le savent bien, je ne suis pas “du matin”. Je réfléchis à la situation. Si tout ça est vrai, que vais-je dire à Flosse ? Je me sens un peu mal à l’aise. Après tout ce que j’ai pu entendre et lire depuis des mois, le personnage ne m’inspire pas une grande sympathie. Et s’il me demande quel est mon bord politique ? Je ne vais quand même pas prétendre être chiraquien ! D’un autre côté, je n’ai toujours pas trouvé de vraie solution pour rester en Polynésie et je sais pertinemment que j’ai besoin de développer mon réseau de relations. Je finis par me dire qu’après tout, Flosse n’est pas Le Pen, et je ne vais pas me transformer en gargouille pour l’avoir rencontré. Michel arrive pour couper court à mes états d’âme. Pour une fois il n’a pas sa sacoche. Il s’installe et commande un café. Nous discutons un peu de la suite. Il m’assure que Flosse peut certainement m’aider. Il me dit qu’il ne faut pas avoir d’à priori sur le personnage. Michel m’affirme qu’il ne l’aimait pas non plus, mais que depuis quelques mois il a changé d’avis en se rendant compte qu’il avait beaucoup fait pour la Polynésie. Il est vrai que j’ai régulièrement entendu des gens se plaindre du nouveau gouvernement, que Temaru semble assez peu contrôler. L’économie se porte de plus en plus mal, et même le mensuel politique et économique Tahiti-Pacifique, équivalent local du Canard Enchaîné et farouche opposant de l’ancien gouvernement, commence a émettre quelques doutes en relatant les premiers abus avérés. Une fois de plus, je me pose la question s’il n’y a pas d’autre voie que de choisir entre Charybde et Scylla. La plupart des gens, soucieux de défendre leurs petits intérêts médiocres, acceptent ce choix, en ignorant sciemment que quelqu’un d’autre, ailleurs, paye le prix de leur confort et de leur lâcheté. Nous sommes tous coupables d’organiser notre propre cécité en réclamant d’être dirigés par des borgnes. Et si une période de Chaos était une solution ? Malheureusement ceux qui prônent le chaos aujourd’hui s’appuient sur des idéologies très nauséabondes, telles que la religion. Je relisais hier la citation de René Char : “Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience”. A méditer…

8h55, Michel regarde sa montre et je le sens un peu nerveux. Il faut y aller. Je règle l’addition et nous traversons la rue. L’immeuble en question est en fait le siège du parti orange, le Tahoeraa Huiraatira. Il est assez miteux. Nous montons au premier étage et poussons la porte. Des photos de Jacques Chirac et de Gaston Flosse sont affichées dans le couloir d’entrée. En face, se trouve une salle d’attente remplie de polynésiens. La pièce suivante, vraisemblablement le secrétariat, est vitrée et donne sur la salle d’attente et le couloir. Toutes les autres portes sont fermées. Curieusement, il n’y a aucun système de sécurité, ou tout du moins rien de visible. Pas de caméras ni de gardes, pourtant les ennemis ne doivent pas manquer. Il aura finalement été inutile que je laisse chez moi le couteau qui ne quitte habituellement jamais ma ceinture. Michel m’avait parlé jeudi de locaux luxueux mais je trouve que les lieux ressemblent plus à une antenne de la sécurité sociale dans les années soixante ! Au moment où il s’apprête à donner son nom au secrétariat, une porte au bout du couloir s’ouvre. Deux personnes sortent du bureau et je reconnais immédiatement Gaston Flosse pour l’avoir vu à de nombreuses reprises à la télévision et dans les journaux. Il se dirige vers nous, nous serre la main et échange quelques mots avec Michel. Il nous dit qu’il va nous recevoir dans quelques minutes et demande à un type dans le bureau voisin du sien de s’occuper de nous. Puis il retourne dans son bureau en compagnie d’une vieille femme sortie de la salle d’attente. Le type nous invite à nous installer dans son bureau, dégage promptement les fauteuils des piles de dossiers se trouvant dessus pour nous faire de la place et se replonge dans son travail. Je préfère rester debout. Des dizaines de boîtes d’archives sont superposées sur un meuble et un organigramme complet de l’UMP est affiché sur une armoire. Une seconde porte donne directement dans le bureau du président.

L’attente n’est guère longue. Une dizaine de minutes plus tard, la porte s’ouvre et Gaston Flosse nous fait entrer dans son bureau en nous invitant à nous asseoir avant de s’installer lui-même dans un fauteuil face à nous. La pièce est assez grande, occupée au centre par un bureau en “L” où de nombreux dossiers sont répartis de manière très ordonnée. Un énorme poste téléphonique plus grand qu’un standard est posé sur le côté du bureau. De nombreux objets d’art décorent la pièce et leur propriétaire semble avoir un goût prononcé pour les tortues. Sur les murs sont accrochées des photos encadrées du Général de Gaulle, de Jacques Chirac et de notre hôte, dont les photos officielles devant les présidences respectives. Derrière le fauteuil dans lequel je suis assis se trouve un grand écran de télévision plat.

Gaston Flosse est un “demi” né en 1931 à Mangareva dans l’archipel des Gambier, de père lorrain et de mère polynésienne. Il a débuté sa carrière politique en 1965. Grand ami de Chirac depuis 1974, il a toujours souhaité conserver le rattachement de la Polynésie à la France. Il est aussi connu pour sa prise de position en faveur des essais nucléaires menés à Moruroa et Fangataufa entre 1963 et 1995, énorme manne financière pour la région. Il a perdu, en mai 2004 puis à nouveau en février dernier, la présidence de la Polynésie, à la grande surprise de tout le monde. Il en est cependant toujours sénateur. L’homme me paraît assez vieilli et diminué, loin des grands discours et de l’agitation autour de la crise politique de l’année dernière. Il est vêtu plutôt modestement, porte une alliance et a pour seul signe extérieur de richesse une grosse montre Rolex au poignet, visiblement en or massif.

Sans me souvenir du détail exact, je crois qu’il ouvre l’entretien avec un classique “que puis-je faire pour vous ?” d’une voix très calme teintée d’un accent polynésien. Contrairement à l’habitude, le tutoiement n’est pas de rigueur. Curieuse impression que d’être en quasi tête à tête avec cet homme. Michel prend la parole en expliquant que je suis récemment arrivé en Polynésie et que je souhaite m’y installer. Je poursuis son introduction en résumant ma situation et les quelques contacts que j’ai déjà eus tout en restant assez vague. Bien entendu, je ne parle pas de mon idée initiale d’aller m’installer à Rapa, ni de la proposition de Roti de m’occuper du motu de son frère à Huahine ! Je suis ici pour débroussailler l’option “travailler à Tahiti”. J’évoque également à tout hasard mon problème de certificat de résidence, objet initial du “piston” de Michel. Après m’avoir écouté, Flosse me demande si j’ai un curriculum vitae. J’en avais justement imprimé quelques-uns et je lui en remets un exemplaire. Il lit longuement et attentivement les deux pages en hochant la tête. J’ai l’impression que ça dure une éternité. Il finit par me demander pourquoi j’ai quitté mon activité professionnelle en France. Je réponds simplement que je voulais depuis longtemps m’installer en Polynésie. Il recommence à hocher la tête, l’air pensif. Il ne regarde quasiment jamais ses interlocuteurs dans les yeux. J’ai un peu le sentiment d’être en face d’un “patriarche” à qui on vient de demander de régler une affaire de famille. Flosse reprend la parole en m’expliquant que depuis un an la situation est difficile en Polynésie. Le secteur privé marche mal et le public n’a pas d’argent. Michel souffle qu’il y aurait peut-être quelque chose à faire du côté des mairies ou des administrations mais Flosse répète que l’état n’a pas de moyens en ce moment. De plus il faut passer par des concours qui prennent du temps… Décidément, depuis que je suis arrivé, je n’arrête pas d’entendre que je suis tombé au mauvais moment ! Je suggère le secteur de l’hôtellerie de luxe, à Bora Bora, mais là aussi ça coince. Je commence à me dire que l’entretien tourne en rond. Les silences sont longs et pesants. Au bout de quelques minutes, Flosse se lève et s’installe à son bureau. Il me dit qu’il serait utile que je rencontre Jeffrey S, l’un de ses collaborateurs. Je ne me souviens plus quel était le rôle exact de ce type mais je crois qu’il avait un poste important du temps du précédent gouvernement. Flosse essaie de le joindre mais il tombe sur sa boîte vocale et laisse un message lui demandant de le rappeler. Ensuite son Vini sonne et il a une discussion de quelques minutes en ma’ohi. A peine sa conversation terminée, sa ligne fixe sonne. C’est Jeffrey. Flosse lui explique en quelques mots mon cas et lui demande de me rencontrer. Nous prenons rendez-vous ce même jour, dans les locaux du parti, pour onze heures. Il est 9h45, l’entretien aura duré au total une petite demi-heure. Gaston Flosse nous raccompagne dans la pièce voisine, je le remercie de son accueil en lui serrant la main et il retourne à son bureau. Puis je quitte l’immeuble avec Michel et nous allons prendre un café en face. Je n’ai pas réussi à savoir si ce dernier a réellement ses entrées auprès du sénateur, ou s’il y est allé au bluff, ou encore si l’ancien président de la Polynésie est tout simplement quelqu’un d’assez accessible. Peu importe finalement.

Pendant que nous buvons notre café, je repère sur l’immeuble voisin une série de plaques de cabinets d’avocats. Je reconnais l’un des noms comme étant celui d’un ténor du barreau local, conseil du leader indépendantiste Oscar Temaru, et ancien président de la Ligue des Droits de l’Homme. Michel ne semble pas le porter en grande estime. Une femme sort de l’immeuble et mon guide m’indique que c’’est également une avocate connue. Un type au physique de play-boy passe devant le café, salue Michel, et échange quelques mots avec lui. J’apprendrai qu’il est un proche collaborateur de Flosse. Je suis assez amusé de constater que chaque fois que je rencontre Michel, il ne se passe pas un instant sans qu’il ne croise quelqu’un qu’il connaît. Nous faisons un petit bilan de l’entretien. Il ne cesse de me répéter que si le président m’a mis en relation avec Jeffrey, c’est très positif et que ce dernier a le bras long. Je commence à me faire une idée du fonctionnement ici et je ne partage pas l’enthousiasme de Michel. J’ai parfois l’impression de me faire balader chez les uns et les autres, comme étant la curiosité du jour. Cela dit, je prends un certain plaisir à l’expérience. Devant mon relatif scepticisme, une autre idée jaillit du carnet d’adresses inépuisable de mon bonhomme. Il me propose d’aller voir l’un de ses “proches amis”, secrétaire d’état ou directeur de cabinet je crois, en poste dans le gouvernement actuel. Je suis un peu réticent car j’ai rendez-vous avec Jeffrey dans une heure mais Michel insiste en me disant que le ministère est tout près. Je finis par me plier à sa proposition, et après avoir terminé notre café nous traversons l’avenue Bruat et longeons sur quelques dizaines de mètres un bâtiment administratif. Des ouvriers sont en train de repeindre la base des murs en bleu, couleur du parti indépendantiste. Une fois arrivés à l’accueil, Michel glisse quelques mots à l’hôtesse qui nous laisse passer sans plus de formalités. Je suis Michel qui s’arrête devant une porte à laquelle il frappe. Pas de réponse. La porte n’est pas fermée à clé et il l’entrouvre. Il me dit que son ami ne doit pas être loin car ses affaires sont là. Nous attendons quelques minutes dans le couloir et Michel frappe à plusieurs portes puis discute avec une secrétaire. C’est incroyable, on se promène comme dans un moulin ici ! Finalement, l’homme semble être en réunion dans une salle d’où je perçois des voix et il risque d’en avoir pour un bon moment encore. Bon, ce n’est que partie remise et nous convenons de repasser la semaine prochaine. Michel doit me quitter car il doit déposer sa voiture dans le ferry pour l’île de Moorea où il part passer quelques jours.

Je retourne seul au café où nous étions pour avaler un énième double expresso avant de changer à nouveau de couleur politique et retourner au siège du parti orange. Je croise Flosse dans le couloir qui m’invite à patienter dans la salle d’attente, où ne reste plus qu’une seule personne. Je feuillette un Paris-Match qui traîne sur la table. Vers 11h15, la porte d’entrée de la permanence s’ouvre, un type entre, et j’entends quelqu’un le saluer en l’appelant par son nom. C’est Jeffrey. Il passe prendre ses messages au secrétariat puis vient me chercher dans la salle d’attente. Il se présente et me surprend en s’excusant pour sa tenue, décontractée certes, mais pas plus que tous les autres gens que je croise ici. Je le suis dans une grande salle de réunion voisine du bureau du président.

Jeffrey est aussi un “demi”, d’une cinquantaine d’années et à l’air sérieux mais sympathique. Il a manifestement une prestance naturelle propre aux gens issus de milieux bourgeois. Je me présente rapidement et indique que j’ai rencontré son président par le biais d’un “ami commun”. Je lui remets une copie de mon curriculum vitae en résumant à nouveau mes motivations pour m’installer en Polynésie. Jeffrey me demande si j’ai déjà eu des contacts professionnels et je lui réponds que j’ai bien quelques pistes sans indiquer lesquelles, mais rien de concret jusqu’à présent. Je sous-entends que j’ai bien compris que beaucoup de choses se passent ici par relations… Après avoir parcouru mon CV, il me demande si je suis ouvert à d’autres activités que l’informatique et si je souhaite limiter ma recherche aux seuls postes de direction. Bien entendu, je précise que je suis ouvert à toute proposition, et que mon expérience professionnelle est suffisamment variée pour me permettre de prospecter dans d’autres secteurs. Je manifeste cependant mon intérêt pour le développement du réseau Internet en Polynésie, actuellement en pleine évolution. Jeffrey réfléchit à voix haute et cite une liste de sociétés pouvant être intéressées par mes services. L’air assez ennuyé, il souligne cependant que son parti est maintenant dans l’opposition et de fait les postes clés sont occupés par l’autre bord, ce qui diminue sa marge de manoeuvre. Il me suggère de considérer l’option de monter ma propre société de services tout en me répétant que la conjoncture n’est pas facile. Comme Flosse, il pense que l’hôtellerie de luxe a ses propres filières de recrutement et n’est pas dans une période favorable. Il évoque tout de même l’hôtel Sheraton, géré par un ami du président, autre grosse fortune locale. Pour terminer, il me propose d’essayer quand même d’obtenir pour moi des entretiens avec les directeurs de deux ou trois grosses sociétés locales, dans les domaines de la téléphonie mobile, de l’Internet et de l’informatique. Il me dit qu’il me contactera d’ici la fin de la semaine et que je peux moi-même le joindre en passant par le secrétariat du parti. Notre rencontre se termine au bout d’une vingtaine de minutes et je le remercie de m’avoir reçu. En sortant du siège du parti, je reste toujours sur mon sentiment que trouver une activité intéressante et rémunératrice à Tahiti ne va pas être une tâche facile…

Je quitte le quartier des administrations, passe à la poste et vais déjeuner dans un centre commercial. Le serveur du restaurant est un “mahu”. Je crois que j’avais déjà écrit quelques lignes sur ces derniers dans un précédent article. Ce sont des hommes efféminés qui font partie depuis toujours de la société Polynésienne. Selon les sources, c’est le fils aîné ou le troisième enfant de la famille qui est éduqué comme une fille. Avant l’arrivée des colons européens, les guerres tribales étaient très violentes dans les îles. Les mahus, seuls hommes qui ne partaient pas au combat, permettaient de conserver quelques mâles reproducteurs pour assurer la descendance dans les villages. Le terme “mahu” est parfois décliné en “rae rae” qui désigne plutôt ceux qui se travestissent et se prostituent, mais la différence n’est pas toujours très claire. Ces “hommes-femmes” travaillent souvent dans la restauration ou dans les hôtels. Ils sont totalement intégrés au sein de la population. Roti me disait même que certains se marient avec de “vraies” femmes. Voilà qui doit donner de bien curieux couples !

Je termine ma journée de mardi à Papeete par un arrêt à la Maison de la Presse, située sur le front de mer, disposant à l’étage d’une salle Internet où je peux connecter mon PowerBook pour poster articles et photos. J’allais avant au Tikisoft Café, le seul cybercafé de Tahiti offrant une connexion WiFi, dont les postes fixes sont sous Linux, mais le débit y était malheureusement assez médiocre. A 8,38 euros l’heure, la vitesse compte !

Nous sommes maintenant vendredi 8 juillet, 9h30 du matin. J’avais quelques courses à faire à Papeete et j’en profite pour poster ces quelques lignes. Pour l’instant, toujours aucune nouvelle ni de Jeffrey, ni de Roti, ni d’Olivier.

A suivre…

You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
Leave a Reply

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>