Et de sept…

Ce matin, panne d’oreiller ! Mon réveil était réglé sur 8h30 mais je n’ai rien entendu et j’ai sauté hors du lit un peu plus d’une heure plus tard. Après le petit déjeuner à la pension Ianis et les préparatifs habituels, nous avons quitté Piatra-Neamt à 11h15. Avant de prendre la route de la Moldavie, T. voulait visiter quelques-uns des monastères de Neamt. Nous avons donc fait un détour de 80 kilomètres en nous arrêtant en trois endroits. Par principe, je ne rentre jamais dans un édifice religieux, et j’ai donc attendu T. dehors. J’en ai profité pour commencer à relire « Voyage au bout de la nuit », le seul livre que j’ai emporté avec moi.

Pas grand-chose à raconter sur la route qui fut sans histoire ni fait marquant. La baisse de température constatée la veille se poursuit aujourd’hui et ça rend le pilotage bien plus plaisant. Nous avons traversé Iasi, seconde plus grande ville roumaine après Bucarest. T. m’a fait une frayeur dans un immense carrefour sans signalisation où un poids-lourd n’est pas passé bien loin de lui. La circulation dans les grandes villes est très chaotique, à l’image de ce que l’on constate sur la route. Une curiosité que je n’avais jamais vue ailleurs est la présence, en Roumanie, d’afficheurs LED qui décomptent le nombre de secondes avant le changement de feu. Je suis un peu dubitatif quant à l’utilité de ce système.

Après Iasi, Le GPS nous a conduit jusqu’au poste frontière avec la Moldavie par une petite route de campagne viroleuse et défoncée à souhait. Au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la frontière, les villages semblaient avoir un mode de vie de plus en plus rural, avec les nombreuses carrioles, toutes sortes d’animaux en liberté et des autochtones arborant parfois un costume traditionnel.

Le passage d’une frontière par la route est toujours un moment important dans un voyage, comme un jalon qui marque un avant et un après. Celle entre la Roumanie et la Moldavie n’a pas dérogé à cette règle. Nous savions que nous devions nous attendre à une longue attente, la lenteur des fonctionnaires moldave semblant faire l’unanimité de nos sources. Il n’en a rien été, nous sommes passés en une trentaine de minutes. D’abord le contrôle des passeports et la douane coté roumain, puis la traversée du no man’s land matérialisé par un pont métallique digne des films d’espionnage. Ceux où les deux blocs échangeaient les espions capturés par chaque camp. Puis la partie moldave lors de laquelle nous avons chacun dû payer une taxe de cinq euros. Nous avons eu de la chance de passer rapidement, lorsqu’on voit à quelle vitesse la fonctionnaire qui encaisse les frais de passage plie les billets. Elle semblait sortir droit de l’époque soviétique ! Tout comme les uniformes des gardes qui ne devaient pas avoir changé depuis la signature du pacte de Varsovie.

Nous voici donc en Moldavie. C’est le septième pays dans lequel nous entrons depuis notre départ de Paris samedi dernier. Un pays par jour, nous sommes dans le planning ! La route menant à la capitale, Chisinau, était incroyable. Elle vient d’être refaite et les 80 premiers kilomètres sont magnifiques. La route est presque déserte et serpente au travers de forets et de vallons. Elle ne traverse pas un seul village. Nous en protons pour « essorer » un peu la poignée d’accélérateur, les chances de pouvoir croiser un radar étant vraiment minimes.

Nous arrivons enfin à Chisinau trente minutes avant la tombée de la nuit, au terme d’une étape de 360,1 kilomètres. L’entrée dans la ville est assez impressionnante, sur un axe à huit voies, que ne renierait pas Los Angeles. Le trafic est toujours assez chaotique, mais fluide. Nous n’avons pas encore pu nous rendre compte si les Moldaves sont aussi dingues au volant que les Roumains. Bien que la ville soit vivante et colorée, les traces de l’inimitable style soviétique sont encore bien présentes. Larges avenues, énormes monuments, tours d’habitation façon HLM… Cependant, la ville n’est pas laide. Un petit détail a attiré mon attention, l’uniforme des quelques militaires que nous croisons, de noir vêtus de la tête aux pieds, béret compris.

Nous tournons un peu en rond pour trouver l’Imperial Hotel, situé dans le quartier des ambassades. La cartographie de la Moldavie sur mon GPS est assez limitée et à défaut de reconnaissance de l’adresse de l’hôtel, j’ai dû utiliser ses coordonnées géographiques. La rue est en marge du centre ville, dans une zone résidentielle particulièrement calme. T. m’attend dehors, le temps que le fasse le check-in et demande l’ouverture du garage privé. L’hôtel est surprenant, il a été aménagé dans ce qui semble avoir été une grande maison, et chose étonnante, le parking et l’escalier extérieur sont couverts de moquette ! L’Imperial Hotel est classé quatre étoiles, mais le prix de la nuit est sensiblement supérieur aux précédents de même standing, 62 euros. Le personnel est exclusivement jeune et féminin, et l’une des trois hôtesses est un très joli spécimen. Une grande brune aux cheveux très longs et au regard de braise, presque difficile à soutenir. Même T., moins sensible que moi à ce genre de choses, en est troublé. La chambre que l’on nous donne est en fait une suite, avec un salon aux canapés de cuir blanc joliment décoré et une chambre comportant balcon et immense lit. Chacune des deux pièces comporte un grand téléviseur à écran plat. La salle de bains est petite mais d’une propreté irréprochable et équipée d’une douche « pluie » comme je les aime. On retrouve le coté luxe ostentatoire qu’affectionnent les nouveaux riches de l’Est. Un peu tape à l’oeil mais pas désagréable.

Quelques minutes après notre arrivée, la réception m’appelle pour me demander de venir. Un type d’une trentaine d’années, vêtu d’un blouson de motard, m’attendait. C’est un ami du propriétaire de l’hôtel. Il organise un rassemblement de motos dimanche matin et nous propose de participer à celui-ci. La chose nous aurait bien plu, mais nous devons être impérativement à Odessa demain soir et déclinons avec regret son invitation. Nous en profitons pour prendre un verre ensemble au bar de l’hôtel et glaner quelques informations sur nos prochaines étapes. Nous passons une bonne heure ensemble, et c’est lui qui paie discrètement les consommations. Drôle de bonhomme…

T. voulait aller diner dehors, mais j’avais la flemme de ressortir. De plus, l’hôtel proposait des massages relaxants que j’aurais bien essayés. Nous avons donc pris notre repas à l’hôtel, qui en fait passe commande à un prestataire externe. L’attente fut assez longue et le résultat décevant. Nous aurions peut-être mieux fait d’aller dehors, d’autant plus que j’ai abandonné pour ce soir mon idée de massage, par crainte de m’endormir sous les mains de la donzelle. Le temps passe décidément trop vite…

Il est plus de trois heures du matin, grand temps de dormir. Nous serons bientôt sur la route d’Odessa !

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One Response
  1. Georges dit :

    Hello Smop,
    J’aime te lire, un style fluide et plein d’humour 😉
    Des principes ? Ne pas pénétrer dans un édifice religieux ? Là, à notre prochaine rencontre il faudra approfondir :-)) Et je ne suis pas religieux du tout.
    Le comptage de secondes, je connais le système des Étas-Unis pour les piétons et des avenues larges pour qu’ils pressent le pas ! Peut-être que les Roumains ont eu ces systèmes américains en dons, et qu’ils les ont mal installé ? Mdr …
    360,1km ? Tu n’es pas un peu ratiocineur toi 😉
    Bonne route, V+
    Georges

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