Les GS1200 aiment les routes de l’Est

Décidément, il va être bien difficile de perdre des kilos pendant ce voyage… Ce matin, Morphée me libérant de son influence, j’ai découvert sur la table de la terrasse de notre pension de famille à Keszthely que notre hôte nous avait préparé un petit déjeuner qui aurait satisfait les rêves les plus fous d’une famille d’ogres. Étant végétarien, je n’ai malheureusement pas pu goûter à la large variété de charcuteries, mais je me suis régalé de tomates et de concombres du jardin, ainsi que de pain frit ! Pour le reste, la nuit fut courte, mais très réparatrice. J’ai fait chambre à part cette fois. Lorsque j’avais réservé cet hôtel la veille, j’avais demandé des lits jumeaux, mais comme l’établissement n’en disposait pas, il a été mis à notre disposition deux chambres voisines, avec salle de bain commune. Bref, une suite pour 36 euros ! Alors que je faisais face au terrible cas de conscience que me posaient les tranches de pain frit, T. était déjà à pied d’œuvre pour remettre en état la fixation de son top-case.

Nous sommes partis vers 11 heures, après des adieux chaleureux avec le propriétaire des lieux, accompagné de sa femme et d’un couple de touristes indiens avec lesquels nous avons papoté en chargeant les motos. T. et moi avions convenu la veille d’aller directement à Timisoara, en Roumanie, en n’empruntant cette fois que les routes secondaires et sans passer par Budapest. Après le contournement du lac Balaton, nous avons tracé sur la carte une ligne presque droite jusqu’à notre destination.

Cette route fut un grand moment de plaisir. Nous avons parcouru 420,3 kilomètres. La plupart étaient très roulants, mais un bon tiers était parsemé de bosses, de zones de travaux et de bitume creusé par les roues de voitures. Dans ces conditions, nos grosses BMW GS 1200 donnait un aperçu de leur formidable potentiel. J’ai eu l’impression de redécouvrir cette extraordinaire moto qui semblait survoler les bosses à 140 km/h, bien que chargée comme un mulet (sans compter son pilote qui doit prendre un kilo par jour en ce moment).

C’est à moi que revient souvent le rôle d’ouvrir la route car T. a quelques problèmes avec son GPS. Nous avons traversé de nombreux villages hongrois, où notre passage ne manquait pas d’attirer l’attention des autochtones. Nous avons vu des vignes, des forêts, croisés des … Trabant, des modèles de voitures inconnus, des camions hors d’âge, fait quelques arrêts pour fumer une cigarette ou nous hydrater. Il faut dire que le thermomètre s’obstine à ne pas vouloir descendre sous la barre des 30 degrés et que nos équipements dignes de Mad Max se transforment en saunas. Chaque traversée de zone forestière nous donne une délicieuse sensation de fraicheur. Le plus dur est le passage à vitesse réduite des quelques villes sur notre route. La Hongrie est une heureuse découverte pour moi, avec son mélange de vestiges de l’ère communiste et de zones pavillonnaires souvent plutôt réussies. A l’approche de la frontière roumaine, à Szeged, nous avons traversé la Tisza sur un bac antédiluvien, tout en planches de bois disjointes et mu par un vieux rafiot amarré à couple.

Nous craignions de l’affluence au passage de la frontière avec la Roumanie, mais Virginie (la voie suave de mon GPS), programmée désormais pour éviter les autoroutes, nous a conduit à un poste frontière désert. Pour la première fois depuis notre départ. Nous avons dû présenter nos passeports, mais c’est à peine si les garde-frontière les ont regardés. En Roumanie aussi il y a une vignette « autoroutière », mais celle-ci ne concerne pas les motos.

Les quatre-vingts premiers kilomètres de routes roumaines qu’il nous restait à faire jusqu’à Timisoara ont marqué un réel changement en comparaison avec ce que nous avions vu jusqu’à présent. On sent que le niveau de vie est franchement en-dessous des autres pays traversés. Les villages sont gris, les chiens et les poules se promènent librement, certaines rues ne sont pas pavées, lles voitures anciennes – sans parler des carrioles à chevaux -, des bâtiments ou des usines abandonnées ci et là, Nous sommes manifestement l’attraction du moment et les têtes se tournent sur notre passage. Nous avons même traversé un rassemblement pour des funérailles. Les seules choses en bon état sont les églises et les voiture de police, des Logan. La folie des décennies Ceausescu est présente partout : le plan froidement quadrillé des villages, quelques anciens bâtiments officiels à l’architecture kitsch, les champs à perte de vue (Ceausescu avait lancé une réforme agraire à marche forcée qui a participé à la faillite de l’économie). Une bonne surprise cependant, l’état des routes, tout du moins jusqu’ici, est moins mauvais que ce que nous craignions.

Nous sommes arrivés à Timisoara vers 19h30, heure locale (nous avons avancé nos montres d’une heure en Roumanie). La ville est grande et plutôt jolie. J’avais réservé hier une chambre au Pension Park, un quatre étoiles parmi les meilleurs hôtels de la ville, au prix de 50 €, petit déjeuner et parking compris. L’hôtel en question est pas mal et très bien situé près d’un parc en plein centre ville. A notre arrivée, un message de mon oncle, vivant à Timisoara, m’attendait. Je l’avais prévenu de notre arrivée. Le temps de prendre une douche et de me changer, il est venu nous chercher avec sa femme.

Nous sommes allés dans un restaurant, manifestement très haut de gamme, pour diner. Je ne peux pas dire que j’ai été conquis par leur cuisine, mais celle-ci était néanmoins d’un bon niveau. Le service était assuré par une jolie roumaine qui comprenait le français mais surtout s’exprimait dans un anglais parfait. Nous avons passé trois heures à discuter avec mon oncle et sa femme. Je ne l’avais pas vu depuis 1982. Tout y est passé : histoires de famille, l’ère du communisme, l’état du pays, les endroits à voir, les filles… Je sais enfin d’où vient mon goût prononcé pour la gent féminine : c’est héréditaire ! Malgré ses 77 ans, cet ancien Maitre international d’échecs de profession est obsédé par la chose, et sa femme ne s’en émeut pas le moins du monde, au contraire ! Pour information, à destination de mes lecteurs en mal d’amour, il parait que les filles moldaves sont très entreprenantes, et les ukrainiennes exceptionnellement jolies et très sentimentales. Voilà qui promet ! Et je passe sur les blagues plutôt corsées. Ma tante m’a aussi précisé, avec un sérieux désarmant, que les filles de l’Est étaient « supérieures » aux occidentales sur un point : elles sont, parait-il, d’excellentes … maitresses de maison. Franchement, sur ce sujet, difficile de me choquer, mais entendre un couple d’intellectuels septuagénaires me faire la promo des filles de l’Est avait quelque chose d’irréel. Et puis, pour terminer la soirée, après avoir remercié et salué notre jolie hôtesse de table, celle-ci m’a précisé qu’elle était là tous les soirs ! Politesse ou invitation, je ne le saurai pas…

Voilà pour les péripéties du jour. Il me reste à peine cinq heures de sommeil. Je vais passer chez mon oncle après le petit-déjeuner pour voir quelques photos de famille pendant que T. visitera la ville. Puis, nous prendrons la direction de Sibiu, à environ 300 km plus à l’est. Je viens de réserver une chambre à l’hôtel Imparatul Romanilor.

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One Response
  1. floreck dit :

    Ha la Roumanie…j’ai adoré et a te lire, c’est des bons souvenirs qui ressurgissent;
    merci pour ce recit de ton voyage.
    je retiens le poste de szeged cela al’air plus fun que oradéa.

    Bonne route
    tiger

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