Marche et crève

Char

Hier soir vers 22 heures (en raison du décalage horaire de douze heures avec Paris), Télé Polynésie retransmettait en direct le défilé sur les Champs-Elysées des porteurs de plumeaux et autres coupe-coupe. J’ai regardé dix minutes les hordes de chair à canon battre le pavé parisien comme des majorettes. J’ai du mal à comprendre l’intérêt de cette – probablement fort coûteuse – mascarade digne de la Corée du Nord ou de l’Iran. J’avais allumé la télévision pour regarder l’intervention et l’interview de Chirac, que finalement je ne verrai pas, passant une heure et demie au téléphone avec un copain parisien, ancien engagé ! En y réfléchissant, j’ai réalisé que j’avais compté bon nombre de militaires de carrière parmi mes amis ou relations proches. Encore plus surprenant est le fait qu’à seize ans j’avais pour ambition de m’engager dans le génie parachutiste ! Bon, c’est vrai que c’est anecdotique car lorsque j’ai fait ce que l’on appelait alors les “trois jours”, pour déterminer l’aptitude au service militaire, j’ai été bien content d’être exempté (mais mobilisable). C’était en 1984, j’avais dix-neuf ans et je vivais avec Ewa, une jolie polonaise, étudiante en médecine. J’étais à la faculté de Droit et je n’avais plus aucune envie de perdre une année à jouer aux petits soldats et à me faire niveler l’esprit… Quel beau dilemme : d’un côté j’apprécie le côté organisé et ordonné de l’armée, mais d’un autre côté je trouve insupportable l’excès de hiérarchie et le formatage des individus. Sans même évoquer l’endoctrinement nationaliste et le patriotisme, que je déteste par-dessus tout. Voilà le pourquoi de ce billet mi-fougue mi-raison.

Il n’en reste pas moins que je ne vais pas déroger cette année à publier une fois de plus ce court passage du Horla de Maupassant pour lequel j’ai toujours autant de plaisir à lire et à relire :

14 juillet. – Fête de la République. Je me suis promené par les rues. Les pétards et les drapeaux m’amusaient comme un enfant. C’est pourtant fort bête d’être joyeux, à date fixe, par décret du gouvernement. Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit : « Amuse-toi. » Il s’amuse. On lui dit : « Va te battre avec le voisin. » Il va se battre. On lui dit : « Vote pour l’Empereur. » Il vote pour l’Empereur. Puis, on lui dit : « Vote pour la République. » Et il vote pour la République.

Ceux qui le dirigent sont aussi sots ; mais au lieu d’obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, lesquels ne peuvent être que niais, stériles et faux, par cela même qu’ils sont des principes, c’est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l’on n’est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion.

Flash-back : J’ai retrouvé avec amusement un billet que j’avais publié sur le réseau USENET il y a quatorze ans, le mardi 14 juillet 1992, quatre mois avant de quitter la France pour quelques années. Je devais être de mauvaise humeur ce jour-là. Quoique, les mots ont peut-être changé, mais le fond est resté très proche…

Ouf, le jour le plus NAZE du calendrier se termine…

Avec tous ces gros malins qui se prennent pour des révolutionnaires parce qu’ils jettent des pétards dans la rue pour se défouler de 364 jours de frustration quotidienne, alors qu’ils auraient été les premiers à voter Pétain 50 ans plus tôt.

Avec ces tarés qui se prennent pour Ayrton Senna dans leur GTI rutilante de polyester mais qui n’ont pas levé le petit doigt quand on leur colle un permis a points. Sans compter les gros bras en Harley qui se pavanent en se prenant pour Marlon Brando.

Avec tous ces abrutis du samedi soir qui vont s’exhiber au bal à la recherche d’une chauve-souris et d’une canette de bière sans se rendre compte que l’état les endort un peu plus chaque jour.

Et n’oublions pas ce septuagénaire trônant en haut de sa tribune pour saluer les clowns qui défilent au pas de l’oie et grâce à qui nous devons la légitimisation des fachos aux élections.

Ah, elle est belle la France du 14 juillet…

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2 Responses
  1. 3615 Utopia dit :

    Oui, avec Usenet rien est perdu. Tout est conservé dans la mémoire infaillible de l’ordinatrice centrale. Il faut donc faire attention à ce que l’on dit. Désormais, je ne poste plus qu’avec un speudonyme. Ainsi donc, je ne puis me contredire, ni avoir à rougir de mes écrits.

  2. Rubi dit :

    Moi le 14 juillet j’ai voulu le fêter un peu comme je pouvais et en faite je n’avais rien prévu. Je suis partie avec des amies, le temps de trouver une place… que je vois les feux d’artifices éclatés derrière ma vitre de voiture. Bon tant pis, direction le marchand de glaces. Oplaaaa… minimum 3/4 d’heures d’attente. Donc au final… j’ai fêté quoi moi ?!

    Mon père était dans l’armée aussi, il a même construit un aéroport aux Antilles puisqu’il a fait son service militaire la bas.

    Bizoux!

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