Massage à Kho Samui

An 2548, selon le calendrier bouddhique en vigueur en Thaïlande. Retour au QG de Bangkok, le Siam City Hotel. On m’a encore descendu d’un étage, cette fois au 11ème, chambre 1152, de l’autre côté du bâtiment. Passionnant, n’est ce pas ? Je suis rentré ce midi de l’île de Kho Samui (“Kho” voulant dire “île” en Thaï). Comme je l’écrivais la dernière fois, après avoir passé quelques jours au nord du pays, une région réputée plus authentique, je voulais voir à quoi ressemblait le sud, haut lieu du tourisme local.

Pour rappel, le sud c’est où se trouve la très connue île de Phuket (prononcer “pouquette”) mais aussi le lieu de tournage de nombreux films (”The beach”, “Bridget Jones 2″, l’un des premiers James Bond, … ) ou encore de la série de TF1 “Koh Lanta” – ah, ça c’est une référence ! -. C’est aussi, pour la partie sud ouest, là où est passé le tsunami de décembre 2004. Tiens, d’ailleurs à propos de ce dernier, il a apparemment beaucoup arrangé les autres coins à touristes de la région qui paraît-il ont vu leur fréquentation exploser. Comme quoi le vieil adage du malheur des uns qui fait le bonheur des autres est vrai partout…

Après une quasi nuit blanche dimanche dernier pour pouvoir mettre à jour le blog, petit-déjeuner, sacs à la consigne de l’hôtel et saut dans un taxi, à la bourre. Coup de chance, pas trop d’embouteillages cette fois-là. Le taxi a pris l’autoroute suspendue. Une fois arrivé à l’aéroport, achat du billet auprès de Bangkok Airways, seule compagnie à desservir l’île de Kho Samui. La Thaïlande possède un nombre de compagnies aériennes assez incroyable mais pour ma destination, pas d’autre alternative et un billet assez cher (7130 bahts, soit environ 140 euros l’aller-retour). Un peu d’attente dans une salle d’embarquement très sympa, car plusieurs PC pour accéder à Internet, ainsi qu’un bar avec boissons chaudes et froides, plus de quoi grignoter, et le tout … gratuit !

Le moment d’embarquer venu, je traîne un peu et me dirige vers la porte le dernier, pour me faire bousculer par une espèce d’excité aux cheveux décolorés jaune canari. L’hôtesse calme l’énergumène et nous descendons ensemble la rampe menant au bus navette. Une fois dans ce dernier, je constate que le coco en question est accompagné de deux autres sbires, et que ce sont de bons vieux “zyva boys” français, sortis tout droit du “neuf-trois” avec leur façon de parler si caricaturale. J’ai l’impression d’être dans une file d’attente du Ciné Cité des Halles ! Le décoloré sautille sur place et semble mettre pour la première fois de sa vie les pieds hors de France. Il fait très chaud, le personnel d’entretien de l’avion est assis à l’ombre sous la carlingue.

L’avion, un Boeing 717 flambant neuf, est quasiment vide. Nous devons être une vingtaine dedans. La haute saison est terminée depuis six semaines. Une fois de plus, l’avion est d’une grande ponctualité, encore un truc qui semble être la règle dans ce pays. Je remarque une hôtesse de l’air fort sympathique qui ressemble à Katsumi (une actrice porno française pour les ignares que vous n’êtes sans doute pas…) et me dis une fois de plus qu’il est bien dur d’être un mâle devant tant de tentations charnelles dans cette partie du monde. Ils ont été sympas à l’enregistrement, ils ont pensé à mes longues jambes et m’ont attribué une place devant une sortie de secours. Le vol est court, une heure environ, juste le temps d’avaler le petit plateau-repas. A cause des grosses différences de températures (je suppose) il y a de très nombreux trous d’air et ça secoue pas mal. L’atterrissage est assez violent et je me demande si le pilote n’est pas en train d’apprendre le métier !

L’aéroport (international) de Koh Samui est magnifique. Il n’y a qu’une seule piste et l’aérogare est composée de petits bâtiments en bois sans murs. On se croirait dans un village du Club Med. Soleil de plomb et forte humidité. On n’a pas l’impression d’être au bord de la mer. Les trois “zyva boys” jubilent, et j’entends l’un dire à l’autre “on va niquer de la femme, tu vas voir” assorti de l’accent du cru. Tout un poème… Une fois sorti, je prends un minibus pour aller au village de Bo Phut, où j’ai réservé un bungalow. Le sud est réputé environ cinq fois plus cher que le nord, mais j’ai trouvé dans le guide du Routard une “guest house” aux prix très raisonnables (1350 bahts par jour, petit-déjeuner compris). J’avais réservé par téléphone la veille pour quatre nuits.

J’ai choisi l’île de Koh Samui car c’est une destination touristique assez récente et j’espérais trouver quelque chose un minimum authentique. Quand à Bo Phut, c’est un petit village de pêcheurs recommandé par le Routard, et accessoirement un lieu où se sont installés quelques Français. Koh Samui est parait-il la destination “détente” par excellence, avec en particulier une forte réputation pour les massages thaïlandais.

Arrivée donc à Bo Phut, à la “Smile House” où j’ai réservé. Check in rapide et pour une fois pas besoin de payer d’avance. Une nana m’accompagne à mon bungalow. Nous passons devant une grande piscine avec un coin jacuzzi et les bungalows, assez nombreux, sont situés dans un magnifique jardin tropical. On me donne le S5 mais la clim étant en panne, je passe au S6. Les bungalows sont tout en bois, avec un toit en tôle ondulée. Grand lit comme toujours très propre, télévision, mini-bar, climatisation, moustiquaires, salle de bains avec baignoire et penderie immense. Pas le grand luxe, mais plus que convenable, surtout à 27 euros la nuit. La plage est juste devant, de l’autre côté de la route principale du village. Le courant électrique semble être produit par un générateur car il n’est pas très stable et des petites coupures se produisent de temps à autre. Une chose m’a intrigué : dans un coin du plafond de la chambre, il y a un kleenex qui semble avoir été projeté et qui est resté collé ! Un gros rhume peut-être ?

Le mauvais côté ce sont les moustiques, plutôt nombreux et affamés en cette basse saison. Ce soir-là, j’en ai aplati une bonne dizaine rien que dans la salle de bains. Le bon côté de la clim, en plus d’apporter un peu de fraîcheur, est qu’elle décourage fortement les moustiques. Côté bestioles, des lézards, parfois bien gros, un peu partout. Des grenouilles et des escargots le soir. Les mêmes oiseaux au bec jaune qu’à Chiang Mai. Enormément de chiens errants partout, presque tous très laids, du genre gros saucissons sur pattes, probablement tous cousins. Ils passent leur temps à dormir et sont d’un calme incroyable. Je n’ai pas entendu un seul aboiement en quatre jours. Quelques chats aussi, la plupart du temps faméliques et avec plein de blessures.

Un peu plus loin dans la rue principale du village, dans une grande cage, il y a un extraordinaire petit singe de la taille d’un bébé (il a deux ans). Très sociable, il tend la main (ou le pied, pas grande différence !) quand on s’approche, et se laisse facilement câliner. En fait il appartient à une jeune anglaise qui est installée depuis quelques années à Bo Phut. Elle l’a acheté tout petit sur un marché local après qu’il ait probablement été arraché à ses parents naturels. Depuis, elle le traite comme son gamin. Il est l’après-midi dans sa cage, où il semble s’amuser comme un fou, et le soir il dort avec elle. C’est incroyable à quel point la chose semble humaine. Sa “mère” a expliqué qu’il ne pouvait plus être remis dans la nature car il serait rejeté par ses semblables. Il a été baptisé “Magic”.

Pour le reste du village, l’intérêt est plutôt limité. Les gens sont beaucoup moins naturellement souriants que dans le nord. Ici c’est assez difficile de communiquer avec eux car leur anglais est en général limité à une poignée de mots. Le coin ressemble un peu aux Saintes dans les Antilles, en plus pauvre et moins développé. Ce fut sans doute un joli petit village de pêcheurs encore récemment mais le tourisme est passé par là. Il n’y a plus grand-chose d’authentique. Aujourd’hui les pêcheurs doivent sûrement pêcher plus de billets que de poissons… Une bonne quinzaine de “guest houses” et d’hôtels, des restaurants et des cafés partout, des appartements, maisons, commerces et terrains à louer. J’ai vu cinq ou six bâtiments en construction. Certes, ce ne sont pas encore les cinq étoiles mais d’ici deux ou trois ans, le coin sera sans doute totalement foutu. Il y a plusieurs agences qui proposent une longue liste d’activités, de la plongée aux ballades en bateau dans les îles avoisinantes (certaines désertes). Plusieurs centres de plongée également, dont un tenu par un français. Beaucoup de cybercafés, très chers comparés à Chiang Mai (plus de deux euros l’heure !). Tout le monde loue des voitures ou des motos. Il y a une boulangerie française, un tailleur qui fait de la copie des grandes marques de prêt à porter (Hugo Boss et Armani en tête), un marché de CD et de DVD pirates, d’autres contrefaçons de vêtements Nike, Diesel et autres. J’ai aussi compté pas moins de trois ou quatre distributeurs de billets dans la rue ! La communauté française semble assez importante proportionnellement à la taille du village, qui comprend une rue principale parallèle à la plage et deux ou trois rues secondaires. J’ai discuté avec un couple d’auvergnats propriétaire d’une “guest house” qu’il a faite construire il y a cinq ans, se vantant haut et fort en cette période de référendum d’être “chiraquien”. J’ai aussi rencontré un autre couple qui avait un magasin d’articles de sport à Montpellier et qui s’est installé à Bo Phut il y a six mois pour faire construire une autre “guest house”. Celui-là se plaignait de la vie en France et de la “racaille” (sic). C’est par ces quelques Français que j’ai appris les 55% du “non” français au référendum, puis sur TV5 Asie le jeu de chaises musicales au gouvernement. Que c’est loin de moi tout ça… Ici aussi, de nombreux couples mixtes et dans les bars des nanas Thaïs qui attendent de se faire draguer (lire mon article précédent). Pas de prostitution visible par contre.

De nombreux restaurants, Thaïs, français et indiens. J’en ai essayé plusieurs. Plus chers que dans le nord mais néanmoins très raisonnables en basse saison. Comme d’habitude, de très nombreuses serveuses et quelques serveurs, qui restent en général plantés là, à l’affût du moindre souhait du client. C’est un peu chiant parfois de se sentir observé en permanence. Quelques chinois tiennent des commerces de type bazar. Des marchants ambulants passent, plus traditionnels. Il y a un pub australien typique, le “Billalong Surf Club” où j’ai terminé trois de mes quatre soirées à Bo Phut, avec groupes “live”. Un autre bar restaurant sympa, le “Frog and gecko” ou Mick Jagger serait passé il y a deux ans. J’y ai rencontré un soir un … Luxembourgeois en vacances. Un habitué de la Thaïlande, et qui envisageait aussi de peut-être s’y installer un de ces jours.

Comme d’habitude, je n’ai pas fait grand-chose sur place. J’ai hésité à louer une voiture, mais le tour de l’île est fait en une heure, et les ravages du tourisme étaient réputés bien pires dans les autres villages, donc intérêt limité. J’aurais bien fait un stage de plongée, mais quatre jours c’était trop court. Je ne me suis même pas baigné ! La plage était OK mais sans plus, et l’eau un peu vaseuse de ce côté de l’île. Les pluies, parfois de violentes averses qui noyaient le bitume défoncé de la rue, ont été assez fréquentes et propices aux invasions de moustiques. J’en garde quelques souvenirs…

Pas mal de trafic de bateaux sur la petite digue sur pilotis. Quelques pêcheurs, mais surtout des bateaux pour touristes, en plus ou moins bon état, pour aller dans les îles en face (deux heures de traversée). Une demi-douzaine de voiliers du loueur Sunsail étaient mouillés devant la plage, mais on m’a dit qu’ils ne sont là que pour l’hivernage et sont basés à Phuket. Ceux-là auront survécu au tsunami.

Je me suis quand même laissé tenter par une longue séance de massage au Ban Sabai, l’un des centres les plus réputés de l’île. Un minibus est passé me chercher à 14h30 et m’a déposé devant un portail à quelques kilomètres de Bo Phut. Je rentre, et là, c’est tout de suite un autre monde. Une série de petits bâtiments du genre pagodes dans un jardin tropical luxuriant coupé de petits sentiers, le tout face à la mer. Une grande impression de calme, avec en léger fond musical une musique très ambiance “new age”, malheureusement un peu gâchée par le bruit (relatif) de la rue. On commence par m’offrir un verre d’un truc rafraîchissant qui ressemble à du cynorhodon ou peut être un jus de mûres. Après avoir choisi dans le “menu” des prestations ce que je souhaitais, une “therapist” vient me chercher et m’emmène à l’étage. Je me mets en maillot de bain (ce qui fut inutile d’ailleurs) et on me donne un bout de tissu à mettre autour de la taille. Pas besoin d’être pudique ici. Les filles sont des (masseuses) professionnelles et votre kiki ne les intéressera guère ! Je laisse mes affaires dans un vestiaire dont on me remet la clé, et la fille me lave les pieds avant de me passer des sandales maison. Nous redescendons dans le jardin en direction d’un petit bâtiment fermé. La nana m’asperge de quelques litres d’eau tiède pris dans une grosse jarre avec une bassine et me conduit à la première étape : le sauna. Je suis tout seul dans cette pièce où il fait dans les 35 degrés dans la partie la plus “froide” et remplie d’une forte vapeur d’eau parfumée aux herbes. La vapeur est tellement épaisse que je vois à peine ma main en tendant le bras. Je sens rapidement un torrent de transpiration couler. Dix minutes plus tard, la fille revient, on sort, elle m’asperge à nouveau d’eau qui me parait cette fois franchement froide, et retour au sauna. Nouvelle visite de la fille pour voir si tout va bien et la porte se referme. Je commence à franchement étouffer et me mets à espérer vivement son retour. Je finis par craquer, et au bout d’une quarantaine de minutes (au total) je ressors. La demoiselle m’attendait pour une nouvelle salve d’eau froide, puis m’indique la douche. Ah, quel bonheur, je dois bien y rester vingt minutes, nu comme un ver, la nana attendant derrière les volets style “saloon”. Elle me donne de quoi m’habiller, un pantalon et une chemise très légers. Nous passons dans une des pagodes, juste un toit en fait, et après m’avoir confortablement allongé dans un fauteuil en bois elle s’attaque pendant une heure à mes pieds. Lavage, “scrub” avec une pâte à base de café et de gingembre, huilage, massage, pressions (plutôt douloureuses) avec un bâtonnet à des endroits très précis de la plante des pieds (réflexologie). Pendant ce temps-là, une autre nana vient régulièrement vaporiser autour de moi de la citronnelle pour limiter les assauts des moustiques. Le tout dans une ambiance très zen, aucun mot échangé, la fille très concentrée sur son boulot. Ensuite, nous passons à une autre “pagode” avec quatre matelas très fins à même le sol, tout en bois, et une magnifique vue sur la mer. Deux heures de massage, tenant parfois de la caresse, parfois de la séance de kiné. Allongé sur le dos, sur le ventre, sur chaque côté, assis pour le massage du cou et des épaules. La fille a une forme d’enfer et des mains d’acier ! Toujours l’autre qui passe avec sa citronnelle de temps à autre (ce qui ne m’empêchera pas d’être sorti de là avec quelques belles piqûres de moustiques, seul point négatif de l’après-midi). Vers la fin du massage, pause (pour moi ou pour elle ?). Dans une autre pagode, on m’apporte une belle corbeille de fruits exotiques et de quoi boire, pour une quinzaine de minutes de “repos”. La fille vient à nouveau me chercher, retour sur mon petit matelas, et elle s’attaque à mon visage. Je ne sais pas ce qu’elle me met dessus au juste, il y a des huiles, des trucs très froids, des serviettes chaudes… Et tout ça pendant une bonne heure. Quand j’ouvre les yeux, la nuit est tombée et il tombe des cordes. Il doit être environ vingt heures. Elle me raccompagne sous une ombrelle dans le premier bâtiment, dans une magnifique et immense salle de bains où je me douche longuement avant de me rhabiller. Le minibus m’attend pour me ramener à Bo Phut où je m’endors comme un bébé, après un bon dîner face à la plage.

Après cette description du paradis, moustiques exceptés, plus beaucoup de choses à dire sur le coin… Ce matin jeudi réveil à 8h, petit-déjeuner, taxi à 9h30, aéroport, taxe de 300 bahts, décollage à 11h précises, atterrissage à 12h10 et de retour à l’hôtel une heure plus tard. C’est ma dernière nuit en Thaïlande. Dès que j’aurai corrigé et publié ces quelques lignes, je vais descendre dîner et si j’ai le courage j’irai faire un saut dans le quartier chaud de la ville, pour voir à quoi ressemblent ces fameux bars à putes des rues Patpong I et II à défaut de passer à Pattaya (ancienne base US pendant la guerre du Viet-Nam et maintenant royaume de la prostitution). Ne manquez pas le prochain épisode ! Demain je passe dans l’hémisphère sud. Je décolle à 17h35 pour l’Australie. Arrivée prévue à Sydney 9 heures plus tard, à 5h30 heure locale, mais ça, c’est un autre chapitre…

A bientôt !

You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
Leave a Reply

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>