Naufragés et rescapés

Epave

La Polynésie est une région où la navigation maritime est réputée dangereuse, surtout à la proximité des atolls. Les barrières coralliennes sont redoutables, surtout par grosse houle ou mauvaise visibilité. Dans l’archipel des Tuamotu, composé essentiellement d’îles basses, les terres émergées ne dépassent que de quelques mètres la surface de l’océan. D’ailleurs nombreuses d’entre elles sont menacées de submersion à cause de la montée des eaux due au dérèglement climatique de la planète. La cartographie de ces îles perdues du Pacifique est assez peu précise et le balisage souvent inexistant. Une fois franchie la passe permettant aux bateaux de faible tirant d’eau de pénétrer dans le lagon, ce sont les patates de corail qui guettent le navigateur imprudent. Les histoires de naufrages et d’échouages sont fréquentes en Polynésie. Même les pêcheurs locaux et les marins les plus expérimentés se font prendre au piège et l’erreur ne pardonne pas. Le 28 avril dernier, c’était le légendaire Gipsy Moth IV qui était éventré à la tombée de la nuit par le récif corallien de Rangiroa. Pourtant la mer était calme, le vent très faible, et son skipper Antonia Nicholson est une professionnelle de la mer… J’en ai déjà parlé dans une note précédente, le sauvetage du voilier put être réalisé in extremis grâce à une météo favorable pendant les jours qui ont suivi le naufrage.

Samedi dernier, le centre de sauvetage en mer de Polynésie française a été informé par le centre spatial de Toulouse du déclenchement d’une balise de détresse Cospas-Sarsat. L’émetteur satellite a été identifié comme étant celui du Carpe Diem, un petit voilier de plaisance norvégien, dont le dernier port d’escale avait été Valparaiso, au Chili, quelque 3350 miles nautiques (6200 km) plus loin. Le signal provenait de l’atoll inhabité de Temoe, situé à une soixantaine de kilomètres au sud-est de l’île de Mangareva, dans l’archipel des Tuamotu-Gambier (1600 km de Tahiti). Le navire sur zone le plus proche était une navette municipale de transport de passagers basée à Rikitea, le principal village de Mangareva. Un hélicoptère Super Puma de l’armée de l’air avec une équipe médicalisée avait également été mis en alerte pour intervenir si le bateau ne pouvait appareiller en raison du mauvais temps. La vedette a pu atteindre Temoe dimanche et ramener sains et saufs les trois naufragés. Le voilier quant à lui, trop endommagé pour être sauvé, finira sa vie sur le récif de cette île déserte, où le rêve peut vite se transformer en cauchemar…

Deux magnifiques voiliers ont fait escale ces jours-ci dans le port de Papeete. Le premier est le majestueux trois mâts Athena, le plus grand voilier privé au monde, mis à l’eau en 2004 par le chantier hollandais Royal Huisman. Il est servi par 18 membres d’équipage, mesure 90 mètres et peut porter une surface de voilure de 2500 mètres carrés ! Il appartient à Jim Clark, visionnaire de l’informatique, co-fondateur de Silicon Graphics et de feu Netscape (l’ancêtre de Mozilla/Firefox). Le bateau va naviguer dans les eaux polynésiennes jusqu’en septembre. Le second voilier est le quatre-mâts goélette Esmeralda. C’est un navire école de la marine chilienne, mis à l’eau en 1953 en Espagne. Celui-là fait 113 mètres de long et supporte 2870 mètres carrés de voilure. Il embarque 338 marins, dont un tiers de cadets, élèves officiers de l’Académie navale chilienne. L’accostage sur le quai des paquebots du port de Papeete a donné lieu à une cérémonie officielle suivie d’un défilé en fanfare de l’équipage, vêtu de sa tenue d’apparat blanche. L’accueil de ce splendide voilier a cependant fait l’objet de controverses car il a servi de centre de tortures pendant la dictature du sinistre général Pinochet. Il a repris la mer aujourd’hui, 26 juillet.

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One Response
  1. Jean-Paul SEVESTRE dit :

    Bonjour,
    Votre article sur le naufrage du Carpe Diem à Temoe m’a beaucoup intéressé.
    Il est daté du 27 juillet, jour de mon anniversaire (il y a longtemps…).
    J’ai fait mon service militaire à Mangareva et j’ai toujours révé d’aller jusqu’à Temoe.
    Avec Google Earth j’ai une très vague idée de cet attol perdu, mais y aller pour de vrai sous quelque prétexte que ce soit et pour nimporte quelle raison serait pour moi un grand jour.
    Les Gambiers m’avaient enchanté et c’est toujours avec grand plaisir que j’y pense.
    Félicitations pour vos articles.
    Meilleures salutations.
    Jean-Paul

    P.S. Si quelqu’un a une adresse mail à Rikitea ou ailleurs aux Gambiers j’aurais plaisir à correspondre.

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