Tatiana, muse d’une nuit

Je crois que ce billet sera aussi court qu’a été ma journée ! Réveil et petit déjeuner tardifs, fin de la rédaction du billet de la veille et départ de l’hôtel à 15h30 pour rejoindre T. et C. à Balaklava, petite ville portuaire distante d’une vingtaine de kilomètres. Il était question que nous allions visiter en bateau des grottes souterraines ayant servi de base de sous-marins, mais le temps que je déjeune, il était déjà trop tard.

T. et C. voulaient aller à la plage et nous sommes repartis en direction de Sevastopol. J’ai proposé à C. de monter derrière moi pour ce trajet. Cinq cent mètres plus loin, une jolie minette blonde, en robe légère, nous a fait de grands signes pour nous demander de la prendre en stop. Pas de chance, j’avais déjà une passagère ! Quant à T., qui roulait devant, l’idée de « rendre service » à la demoiselle ne lui a même pas effleuré l’esprit… Damned !

Pendant que nos deux tourtereaux roucoulaient en barbotant dans la mer noire, je suis allé me balader une petite heure en moto. Dès que nous passons une journée sans rouler, je sens comme un manque. Je sais que ma façon de voyager décontenance certains, qui considèrent le véhicule comme un simple moyen et non pas comme une fin en soi. Pour ma part, ce que j’aime dans le voyage, c’est justement le voyage, et le véhicule est son vecteur. J’adore ce sentiment de s’imprégner de cet indéfinissable « esprit » des lieux que l’on traverse. Seul celui ou celle qui ressent la même chose peut me comprendre. Le tourisme classique m’ennuie. De plus, je pense que découvrir un pays ou une culture uniquement au travers des jalons imposés donne une vision biaisée de celui-ci. Un peu comme le ferait une nature morte. Peu importe si la représentation qu’elle fige est réussie. Les fleurs sont fanées, et d’autres bourgeons sont là. De la cinquantaine de pays que j’ai eu l’occasion de traverser, ou même habiter pour certains, je ne sais au fond pas grand-chose, mais j’ai l’impression d’être toujours capable de « sentir » leur âme en moi, même des années après. Et puis comme le disait Bernard Giraudeau, certes pas un grand intellectuel, mais néanmoins un homme sensible, « le voyage a été ma seule école, la fuite est devenue ma psychanalyse, la seule manière d’entrer en moi-même et d’y être bien. »

Oublions mes états d’âme pour revenir à nos moutons. T. et C. m’ont rejoint à l’hôtel et nous sommes allés nous prélasser une petite heure dans la piscine intérieure et dans le hammam. Nous avons discuté de la suite de notre séjour en Crimée. Notre plan initial était de déménager demain dans un hôtel à Yalta, à 80 km de Sevastopol. Finalement, décision a été prise de rester à l’hôtel Admiral, agréable et pas cher, et de rayonner jusqu’à Yalta. Nous allons y faire un saut en moto demain.

Nous sommes ensuite allés diner dans un restaurant de sushis du centre ville. Détail amusant, il est fourni une grosse couverture en laine aux clients en terrasse, car il commence à faire assez frais en soirée. C’est aussi la seconde ou troisième fois que je vois qu’un narguilé est mis à disposition des clients qui le souhaitent. Il faudrait que j’essaie la chose avant de quitter l’Ukraine. Rentrés vers minuit trente, T. et C. sont partis se coucher. Je me suis retrouvé seul dans ma chambre, l’iPad sur les genoux, cherchant l’inspiration pour le billet du jour. Ne la trouvant pas, je suis descendu à la réception pour tailler un brin de causette avec Tatiana, la jeune hôtesse ukrainienne de service. L’hôtel est plongé dans le silence absolu, les lumières sont éteintes, et nous nous sommes retrouvés dans la salle à manger, faiblement éclairée par la lueur du néon de l’armoire frigorifique du bar. Non, malgré le titre volontairement un peu racoleur de cette page, pas de partie torride de jambes en l’air, mais près de deux heures de discussion sur tout et n’importe quoi. Ce fut un moment fort agréable, tombé à point nommé pour me donner envie d’écrire alors que je n’avais rien de très intéressant à raconter aujourd’hui.

Il est cinq heures du matin, le bon moment pour me glisser entre les draps frais et dormir quelques heures.

Avant de poster cet article, je remercie celles et ceux qui ont laissé au fil des jours des commentaires sur ce blog. Je lis ceux-ci avec plaisir, même si je n’ai que trop peu de temps pour y répondre individuellement.

Sevastopol by night

Nous voici arrivés à Sevastopol, en Crimée, après 547,1 km de bitume Ukrainien. Au total, depuis le départ de Paris le 10 septembre, nous avons parcouru environ 3800 km. Nous sommes donc à peu près à la moitié de notre petite balade.

Ce matin, rendez-vous avait été pris avec T. et C. à 9h à mon hôtel. J’avais demandé à la réception de me réveiller à 7h30. Ce fut chose faite, mais … je me suis rendormi. C’est T. qui m’a réveillé en frappant à la porte de ma chambre. Heureusement, j’avais déjà préparé mes affaires la veille, et 45 minutes plus tard, nous étions sur la route. Pour l’anecdote, à peine avais-je commencé à sortir mes affaires de la chambre qu’une femme de ménage se précipitait pour faire l’inventaire du mini bar et pour … compter les serviettes. Elle s’est aperçue que deux manquaient et s’est affolée ! Ne parlant pas un mot d’anglais, elle a appelé la réception et j’ai expliqué à mon interlocutrice que la veille, on avait oublié de remettre les deux pièces en question, un tapis de bains et un essuie-mains, ce qui a rassuré la femme de ménage, qui a dû penser qu’elle allait devoir payer de sa poche ce qui manquait…

Surprise au premier plein d’essence, il faut non seulement payer d’avance, mais aussi préciser à la caisse la quantité exacte souhaitée de carburant. Pas très pratique pour faire le plein, soit on en demande trop, soit pas assez ! En Ukraine, il existe une large gamme de carburants et d’indices d’octane, variant d’une station service à l’autre. J’ai vu du 100, du 99, 98, 97, 95, 92 et même du 80, sans oublier le gasoil, le GPL et les variantes avec additifs. Il faut dire que les véhicules que nous croisons sont des plus divers, de la Ferrari dernier modèle au camion militaire hors d’âge aux fumées noires et nauséabondes, en passant par les 4×4 de tout poil, les voitures russes datant de l’époque de la guerre froide, et même quelques motos attelées antédiluviennes. Je ne sais pas si les stations service proposent également du fourrage pour les carrioles à chevaux ! Celles-ci sont plus rares en Ukraine qu’en Roumanie. Autre surprise, depuis le départ, la consommation de ma GSA ’10 n’a cessé de diminuer. En France, elle consomme environ 8 litres aux cent, alors que sur les 3800 km déjà parcourus, l’ordinateur de bord indique une moyenne de 6,2 litres, bien que la moto soit très chargée. Cela me permet une autonomie, exceptionnelle pour une moto, de près de 600 km. Cela dit, T. ayant une GS ’07 au réservoir bien plus petit, nous faisons le plein tous les 250 km environ. Par securité, T. transporte un bidon de cinq litres d’essence, et moi, un tuyau pour siphonner. Cette précaution s’est avérée inutile dans les pays traversés car les stations service sont nombreuses, même dans des coins improbables. Comparé aux prix français, le carburant n’est vraiment pas cher, celui de la meilleure qualité disponible n’excédant pas 0,90 € le litre. Bien entendu, tout cela est relatif, car si le carburant est à moitié prix, les salaires sont dix fois plus bas qu’en France…

Nous voici donc sur la route. Finalement, celle-ci s’est avérée bien moins difficile que prévu. Certes, il y a de longues portions qui sont en mauvais état, mais globalement bien meilleures qu’en Roumanie. La meilleure technique de pilotage consiste à s’asseoir bien en arrière de la selle, pour alléger l’avant, ne pas s’agripper au guidon (sinon, les ampoules arrivent vite), regarder au loin afin d’éviter de se focaliser sur les défauts de la route, et … rouler assez vite, autour de 120 km/h, voir plus. Dans ces conditions, la GS passe vraiment partout. Il faut cependant faire très attention au freinage, car l’adhérence peut être limitée du fait des nombreuses bosses. Le réglage des suspensions est aussi primordial. J’ai mis les miennes en mode « piste » (ESA sur « petites bosses » et « soft » pour les connaisseurs). Le trafic n’est heureusement pas très dense, car les dépassements sont, et de loin, les moments les plus dangereux. Personne ne respecte ni les lignes blanches, ni les limitations de vitesse. A noter que nous avons vu à deux reprises des flics équipés de jumelles radar. Dans les endroits à risque, j’essaie de me coller derrière un gros véhicule qui me dissimule, histoire d’éviter que police de la route, ayant mauvaise réputation en Ukraine, me repère suffisamment tôt pour être tentée de me contrôler. En Moldavie, Vladimir nous avais conseillé de ne pas nous arrêter si la police nous faisait signe, car les contrôles peuvent être source d’emmerdes, et la police n’a pas le droit de nous prendre en chasse. Ce serait d’ailleurs dur pour eux de nous rattraper vu leurs véhicules. A noter qu’il ne semble pas y avoir de flics en moto dans tous ces pays. Vladimir nous a dit qu’il y a une seule moto de police en Moldavie ! Je commence à m’habituer à la façon de conduire locale, et je me demande si finalement, je ne préfère pas celle-ci à ce que nous connaissons dans nos contrées, où les usagers de la route sont étouffés pas des lois et une répression de plus en plus liberticides. A choisir entre une certaine anarchie qui met l’individu face à ses responsabilités et un monde où tout est réglé comme du papier à musique, je pense que mon choix est fait. L’idée que l’Etat se substitue à mon libre arbitre m’a toujours beaucoup déplu.

Le GPS n’est pas un luxe en Ukraine, la quasi totalité des panneaux, quand ils existent, étant en alphabet cyrillique. Par exemple, la ville de Kherson s’orthographie Xepcoh… Pour ce voyage, j’ai prévu toutes les cartes GPS ainsi que leurs versions papier de tous les pays traversés. Malgré ça, il faut parfois avoir recours à Google Maps ou aux coordonnées géographiques (latitude/longitude) pour trouver l’endroit recherché. Il ne faut pas compter sur l’aide des gens que l’on croise, car même s’ils sont presque toujours très coopératifs, la langue est une barrière infranchissable dans certains pays. En Roumanie et en Moldavie, ma relative bonne compréhension de la langue a été un avantage non négligeable.

Avant d’arriver en Crimée, nous avons roulé une bonne centaine de kilomètres dans une région très plate balayée par un fort vent latéral. Je pense que nous ne devions pas être loin d’un force 7 sur l’échelle de Beaufort. Chaque fois que nous croisions un camion en sens inverse, l’effet d’appel d’air nous secouait un peu, mais cela n’a jamais été vraiment dangereux. Plus gênant pour moi est la poussière, omniprésente depuis la Hongrie. Elle colle aux yeux et assèche la gorge. Curieusement, T. ressent beaucoup moins que moi celle-ci. Autre désagrément de l’Ukraine, annoncé dans tous les guides, était la présence de moustiques. Finalement, il n’y en a pas tant que ça et je n’ai mis que deux fois du répulsif. Je crois que mes quatre années passées à Tahiti m’ont blindé contre ces vilaines bestioles ! Plus gênante pour moi est la difficulté de trouver sur la route de quoi manger. Je crois l’avoir déjà écrit, je suis végétarien. Du coup, à défaut de trouver sur la route des sandwichs sans viande, je me rabat sur des glaces. Je crois que j’ai gouté toutes les variantes locales de cônes et autres esquimaux !

Nous avons terminé cette étape de nuit et sommes arrivés à l’hôtel Admiral vers 20 heures. La route de nuit est nettement plus hasardeuse, vu l’état inégal de la chaussée, les phares mal réglés des véhicules que nous croisons et les dépassements sauvages. L’hôtel est encore un quatre étoiles, réservé sur booking.com, situé dans un quartier résidentiel à cinq minutes à pied du front de mer. Nos deux chambres et le personnel sont agréables. Les motos sont à l’abri dans la garage, il y a des cameras partout et un cerbère à l’entrée avec lequel il vaut mieux être en de bons termes ! L’hôtel dispose d’une magnifique petite piscine intérieure chauffée, ainsi que d’un hammam et d’un sauna. Comme toujours, les hôtesses sont charmantes, et … charmeuses. C. est bien contente d’être arrivée, le trajet ayant été un peu difficile pour elle, déjà qu’elle n’est pas une mordue de moto. Je crois qu’elle appréhende par anticipation de retour. En principe, nous allons passer deux jours à Sevastopol et un jour à Yalta, avant le retour à Odessa prévu pour vendredi, car C. reprend l’avion samedi. Je n’ai pas encore décidé si je vais retourner à Odessa ou bien continuer seul vers le nord est et retrouver T. à Kiev quelques jours plus tard.

Une fois douchés et changés, nous sommes allés diner dans un restaurant de fruits de mer, référencé dans le guide Lonely Planet comme étant le meilleur de Crimée. L’ambiance était très sympa, l’hôtesse à croquer, et le caviar oscietre très convenable. Ici, avec nos devises, rien n’est cher et nous ne nous privons pas ! Rentrés tard à l’hôtel, je me suis à nouveau endormi en rédigeant ces lignes, vers 2h30 du matin. Apres une grasse matinée fort appréciée, suivie d’un bon petit déjeuner, je termine en vitesse le billet du jour car je dois rejoindre T. et C., déjà partis en vadrouille. A ce soir !

Caviar et vodka

Mille millions de sabords ! Je viens de relire mon billet de la veille, ou plus exactement celui bâclé ce matin, avant de sombrer dans le sommeil, et j’ai vu d’honteuses fautes d’orthographe. Je ne peux même pas les corriger, le navigateur de mon iPad fonctionnant mal avec le logiciel de gestion du blog. Que les puristes me pardonnent !

Couché ce matin à huit heures, je pensais que j’allais dormir toute la journée. En fait, six heures m’ont suffit et je me suis extirpé de mon immense lit, dans lequel la compagnie de deux Ukrainiennes n’aurait posé aucun problème, à quatorze heures. Trop tard pour le petit déjeuner, mais le restaurant de l’hôtel servait encore. J’ai improvisé un brunch, avec pour menu caviar de saumon sur glace, purée d’aubergines, tartare de thon et de saumon, tiramisu et deux doubles expressos. Pendant mon petit déjeuner en terrasse, un couple est venu s’installer à une table voisine, suffisamment proche pour que je ne puisse rien perdre de leur conversation, pas très discrète au demeurant. Lui était un Américain vivant à Las Vegas, la cinquantaine, et elle, une Ukrainienne pas mal, de vingt ans sa cadette. Le type était à mourir de rire. Il s’agissait d’une rencontre très récente, manifestement déjà « consommée », et notre bonhomme sortait le grand jeu à la fille. Son discours et son attitude était caricaturaux, et la fille avait flairé là un bon pigeon à plumer. Le type manquait particulièrement de finesse et je me suis intérieurement réjoui de ce qu’il allait lui arriver.

A 16h30, j’ai retrouvé T. et C. en haut du fameux escalier Potemkine, là même où Eisenstein tourna en 1925 la scène d’anthologie du landau dévalant les 192 marches, reprise ensuite dans « Les incorruptibles ». Vu de près, l’escalier n’a rien d’exceptionnel. Avec un funiculaire qui le longe sur un coté, j’ai pensé à la butte Montmartre, le Sacré Coeur en moins. Je suis ensuite rentré à mon hôtel, faisant un détour pour voir de près le magnifique opéra d’Odessa. Je regrette de n’avoir pas le temps d’assister à une représentation. Nouveau rendez-vous avec T. et C. une heure plus tard, pour aller diner dans un restaurant en bord de plage de la mer noire. Le lieu est assez sympathique avec son bâtiment en bois au toit de chaume et son orchestre très « bal de province ». D’après T., cette table fait partie du top 5 des meilleurs restaurants d’Ukraine. Nous sommes loin d’un trois étoiles Michelin, mais les plats sont assez raffinés. Au menu pour moi vodka, caviar de saumon à nouveau, poisson plat dont je ne me souviens plus du nom et ananas au gingembre comme dessert. J’aurais bien cité ici le nom du restaurant, mais le ticket de caisse est évidemment … en cyrillique ! Après ces agapes, nous sommes retournés à mon hôtel pour descendre une (petite) demie bouteille de vodka et pour que C. emprunte l’un de mes pantalons de moto.

Demain matin, direction Crimée. Quelques 540 kilomètres de rodéo sur les routes défoncées d’Ukraine nous attendent. Nous partons à neuf heures, car le trajet sera certainement long et physique, surtout pour C. qui ne raffole des longues étapes à moto. Quant à moi. J’ai hâte de retrouver ma selle ! Dans la soirée, nous devrions être à Sevastopol, où j’ai réservé deux chambres à l’hôtel Admiral.

Nuit presque blanche à Odessa

Encore une panne d’oreiller ce matin, mais pour T. cette fois. Petit déjeuner à l’hôtel, et nouvelle délicieuse représentante de la gent féminine moldave au service. Comme je l’écrivais hier, le personnel de l’Imperial Hotel est exclusivement composé de jeunes filles, toutes ravissantes, toutes brunes, et toutes dans ce style de « soubrettes candides » qui ne laisse pas indifférent la plupart des hommes. Le « DRH » des lieux a de la constance dans le recrutement !

Départ très tardif aujourd’hui, nous avons quitté l’hôtel à midi. Vladimir, le motard russe rencontré la veille, nous avait recommandé d’emprunter un axe secondaire afin d’éviter la Transinistrie, et de passer en Ukraine par un poste frontière peu fréquenté. Nous voici sur une route très semblable à celle d’hier, quasi déserte. Le revêtement est moyen mais permet quand même une vitesse de croisière élevée. Au bout d’une soixantaine de kilomètres vite avalés, nous arrivons au premier point GPS, supposé être un village, mais en fait, nous sommes … au milieu de nulle part ! La cartographie de mon GPS de la Moldavie étant très limitée, celui-ci a dû nous guider jusqu’à l’endroit le plus proche de notre destination, mais sur la seule route qu’il avait dans sa base. En clair, nous étions sur la route principale nous conduisant en Transinistrie, celle justement que nous ne voulions pas prendre. Quelques kilomètres plus loin, nous avons trouvé une station service à laquelle nous nous sommes arrêtés. Le pompiste nous a expliqué en roumain, avec un fort accent russe, qu’il fallait revenir en arrière pour prendre une autre route. Coup de chance, un automobiliste qui faisait le plein d’essence allait justement à l’embranchement où nous étions supposer bifurquer et il nous a proposé de le suivre pendant une vingtaine de kilomètres.

Enfin sur la bonne route, nous avons continué ainsi, quasiment en ligne droite, pendant une centaine de kilomètres. Apparemment, l’Etat Moldave a lancé un programme de rénovation de son réseau routier et de nombreuses sections sont refaites à neuf, ce qui nous permet de faire des pointes à près de 200 km/h. A d’autres moments, le bitume est tellement défoncé que l’on a l’impression de participer à une course d’enduro. Quel que soit le terrain, nos GS se comportent incroyablement bien. Arrivés au poste frontière de Starokozache, les formalités se passent assez rapidement et sans encombre. La suggestion de Vladimir fut excellente. Cette fois, nous sommes bel et bien sortis de l’Europe administrative.

Les premiers tours de roue sur le sol Ukrainien sont fidèles à la description que l’on nous en avait faite. La route est constellée de trous, d’ornières et de dévers. Le pilotage n’est pas difficile mais requiert une attention permanente. Une erreur, c’est la chute ou la casse… Vient la bifurcation pour aller vers Odessa, mais manque de chance, celle-ci est fermée et gardée par un flic. Nous sommes obligés de faire un détour assez important pour passer par la seule alternative possible, la route du bord de la mer Noire. Nous arrivons enfin à Odessa peu après 18h, au terme d’une étape de 307,9 kilomètres. La ville est belle avec ses vieux bâtiments, ses rues pavées et ses tramways, mais le temps n’est pas encore au tourisme. Demain sera notre première journée sans moto et nous irons nous balader un peu.

C., la copine de T., arrive par avion cette nuit, à 2h20. Un appartement nous a été prêté par un ami russe de la famille de C., mais après réflexion, je préfère pour ma part aller à l’hôtel. Les tourtereaux ont certainement envie d’un peu d’intimité, et de plus, j’ai vraiment besoin de sommeil. Je n’ai pas envie d’être tiré du lit à 9h du matin pour aller faire la tournée des musées. Et puis j’ai aussi besoin d’un peu de solitude après une semaine de vie « communautaire » avec T. J’ai donc réservé une chambre au Continental Business Hotel, près de l’opéra d’Odessa, dont mon père a fait les décors pendant le seconde guerre mondiale. L’hôtel est un quatre étoiles un peu vieillot, mais la chambre est grande et agréable. Une fois le check-in fait, nous avons diné dans un restaurant du quartier, puis sommes allés voir l’appartement où habiterons T. et C. Ensuite, quartier libre. T. est resté à l’appartement faire un petit somme, quant à moi, je suis revenu à mon hôtel commencer à rédiger ce billet. J’étais tellement fatigué que je me suis endormi en écrivant !

A deux heures du matin, après à peine une heure de sommeil, T. est passé me chercher et m’a réveillé pour aller à l’aéroport. Nous voici trois à présent. Le rythme de la semaine à venir va changer, entre sorties et tourisme. Une fois les affaires de C. déposées à l’appartement, nous sommes allés dans une boite de nuit d’Odessa proche de mon hôtel, le « Captain Morgan » et nous avons fait la fermeture. Ambiance et musique techno sympa. Comme je m’y attendais, les Ukrainiennes « valent le détour » et j’aurai certainement l’occasion d’en reparler !

Voilà il est 7h40 du matin, l’heure pour moi d’aller dormir. Je n’ai même pas l’énergie pour relire ce billet vite redigé. Je pense que je vais passer une bonne partie de la journée au lit. Je ne sais pas encore si nous allons reprendre de route, en direction de la Crimée, lundi ou mardi matin. Demain est un autre jour !

Et de sept…

Ce matin, panne d’oreiller ! Mon réveil était réglé sur 8h30 mais je n’ai rien entendu et j’ai sauté hors du lit un peu plus d’une heure plus tard. Après le petit déjeuner à la pension Ianis et les préparatifs habituels, nous avons quitté Piatra-Neamt à 11h15. Avant de prendre la route de la Moldavie, T. voulait visiter quelques-uns des monastères de Neamt. Nous avons donc fait un détour de 80 kilomètres en nous arrêtant en trois endroits. Par principe, je ne rentre jamais dans un édifice religieux, et j’ai donc attendu T. dehors. J’en ai profité pour commencer à relire « Voyage au bout de la nuit », le seul livre que j’ai emporté avec moi.

Pas grand-chose à raconter sur la route qui fut sans histoire ni fait marquant. La baisse de température constatée la veille se poursuit aujourd’hui et ça rend le pilotage bien plus plaisant. Nous avons traversé Iasi, seconde plus grande ville roumaine après Bucarest. T. m’a fait une frayeur dans un immense carrefour sans signalisation où un poids-lourd n’est pas passé bien loin de lui. La circulation dans les grandes villes est très chaotique, à l’image de ce que l’on constate sur la route. Une curiosité que je n’avais jamais vue ailleurs est la présence, en Roumanie, d’afficheurs LED qui décomptent le nombre de secondes avant le changement de feu. Je suis un peu dubitatif quant à l’utilité de ce système.

Après Iasi, Le GPS nous a conduit jusqu’au poste frontière avec la Moldavie par une petite route de campagne viroleuse et défoncée à souhait. Au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la frontière, les villages semblaient avoir un mode de vie de plus en plus rural, avec les nombreuses carrioles, toutes sortes d’animaux en liberté et des autochtones arborant parfois un costume traditionnel.

Le passage d’une frontière par la route est toujours un moment important dans un voyage, comme un jalon qui marque un avant et un après. Celle entre la Roumanie et la Moldavie n’a pas dérogé à cette règle. Nous savions que nous devions nous attendre à une longue attente, la lenteur des fonctionnaires moldave semblant faire l’unanimité de nos sources. Il n’en a rien été, nous sommes passés en une trentaine de minutes. D’abord le contrôle des passeports et la douane coté roumain, puis la traversée du no man’s land matérialisé par un pont métallique digne des films d’espionnage. Ceux où les deux blocs échangeaient les espions capturés par chaque camp. Puis la partie moldave lors de laquelle nous avons chacun dû payer une taxe de cinq euros. Nous avons eu de la chance de passer rapidement, lorsqu’on voit à quelle vitesse la fonctionnaire qui encaisse les frais de passage plie les billets. Elle semblait sortir droit de l’époque soviétique ! Tout comme les uniformes des gardes qui ne devaient pas avoir changé depuis la signature du pacte de Varsovie.

Nous voici donc en Moldavie. C’est le septième pays dans lequel nous entrons depuis notre départ de Paris samedi dernier. Un pays par jour, nous sommes dans le planning ! La route menant à la capitale, Chisinau, était incroyable. Elle vient d’être refaite et les 80 premiers kilomètres sont magnifiques. La route est presque déserte et serpente au travers de forets et de vallons. Elle ne traverse pas un seul village. Nous en protons pour « essorer » un peu la poignée d’accélérateur, les chances de pouvoir croiser un radar étant vraiment minimes.

Nous arrivons enfin à Chisinau trente minutes avant la tombée de la nuit, au terme d’une étape de 360,1 kilomètres. L’entrée dans la ville est assez impressionnante, sur un axe à huit voies, que ne renierait pas Los Angeles. Le trafic est toujours assez chaotique, mais fluide. Nous n’avons pas encore pu nous rendre compte si les Moldaves sont aussi dingues au volant que les Roumains. Bien que la ville soit vivante et colorée, les traces de l’inimitable style soviétique sont encore bien présentes. Larges avenues, énormes monuments, tours d’habitation façon HLM… Cependant, la ville n’est pas laide. Un petit détail a attiré mon attention, l’uniforme des quelques militaires que nous croisons, de noir vêtus de la tête aux pieds, béret compris.

Nous tournons un peu en rond pour trouver l’Imperial Hotel, situé dans le quartier des ambassades. La cartographie de la Moldavie sur mon GPS est assez limitée et à défaut de reconnaissance de l’adresse de l’hôtel, j’ai dû utiliser ses coordonnées géographiques. La rue est en marge du centre ville, dans une zone résidentielle particulièrement calme. T. m’attend dehors, le temps que le fasse le check-in et demande l’ouverture du garage privé. L’hôtel est surprenant, il a été aménagé dans ce qui semble avoir été une grande maison, et chose étonnante, le parking et l’escalier extérieur sont couverts de moquette ! L’Imperial Hotel est classé quatre étoiles, mais le prix de la nuit est sensiblement supérieur aux précédents de même standing, 62 euros. Le personnel est exclusivement jeune et féminin, et l’une des trois hôtesses est un très joli spécimen. Une grande brune aux cheveux très longs et au regard de braise, presque difficile à soutenir. Même T., moins sensible que moi à ce genre de choses, en est troublé. La chambre que l’on nous donne est en fait une suite, avec un salon aux canapés de cuir blanc joliment décoré et une chambre comportant balcon et immense lit. Chacune des deux pièces comporte un grand téléviseur à écran plat. La salle de bains est petite mais d’une propreté irréprochable et équipée d’une douche « pluie » comme je les aime. On retrouve le coté luxe ostentatoire qu’affectionnent les nouveaux riches de l’Est. Un peu tape à l’oeil mais pas désagréable.

Quelques minutes après notre arrivée, la réception m’appelle pour me demander de venir. Un type d’une trentaine d’années, vêtu d’un blouson de motard, m’attendait. C’est un ami du propriétaire de l’hôtel. Il organise un rassemblement de motos dimanche matin et nous propose de participer à celui-ci. La chose nous aurait bien plu, mais nous devons être impérativement à Odessa demain soir et déclinons avec regret son invitation. Nous en profitons pour prendre un verre ensemble au bar de l’hôtel et glaner quelques informations sur nos prochaines étapes. Nous passons une bonne heure ensemble, et c’est lui qui paie discrètement les consommations. Drôle de bonhomme…

T. voulait aller diner dehors, mais j’avais la flemme de ressortir. De plus, l’hôtel proposait des massages relaxants que j’aurais bien essayés. Nous avons donc pris notre repas à l’hôtel, qui en fait passe commande à un prestataire externe. L’attente fut assez longue et le résultat décevant. Nous aurions peut-être mieux fait d’aller dehors, d’autant plus que j’ai abandonné pour ce soir mon idée de massage, par crainte de m’endormir sous les mains de la donzelle. Le temps passe décidément trop vite…

Il est plus de trois heures du matin, grand temps de dormir. Nous serons bientôt sur la route d’Odessa !

Carpates-relax

Hier fut une étape que nous pensions calme, elle fut fatigante. Aujourd’hui devait être une étape similaire à celle de la veille, et elle a été des plus relaxantes. Ce fut une agréable surprise, d’autant plus que je n’ai pu dormir que quelques heures. J’avais oublié que la tenue d’un blog, même sans aucune prétention, est une activité chronophage.

Nous avons eu droit à un très copieux petit déjeuner avant de quitter l’hôtel Imparatul Romanilor de Sibiu. Encore une excellente adresse à retenir. Le système de notation du site booking.com est vraiment bien et nous a toujours orienté vers des endroits que nous avons beaucoup appréciés. Ensuite est venue l’opération quotidienne de chargement des deux motos. Nous attirons toujours une certaine curiosité des passants, probablement due au fait que les motos sont assez imposantes. Cette fois, quelqu’un nous a demandé quel était le prix de nos engins. Je trouve qu’il est toujours difficile de répondre à cette question dans un pays où le salaire mensuel minimum est de 150 euros, soit plus de onze ans de salaire pour s’offrir une BMW R1200GS neuve, équipée pour voyager. T. répond que le prix équivaut à celui d’une voiture, tandis que moi, j’élude la question.

Départ vers 11h. Premiėre bonne surprise, la temps s’est un peu rafraichi. La température n’a pas dépassé les 28 degrés aujourd’hui. Ça compte beaucoup ! T. avait étudié la veille un itinéraire évitant les axes majeurs, et a ouvert la marche. Direction Piatra-Neamt, dans les Carpates. Nous avons traversé de nombreux villages semblant sensiblement plus colorés et animés que ceux que nous avions vu jusqu’à présent. Beaucoup de charrettes tirées par des chevaux, m’ayant fait penser un instant au Far West. Nous n’avons eu aucun problème de trafic et les camions étaient peu nombreux.

Lors d’une pause cigarette près d’un groupe de maisons isolées, une petite fille s’est approchée de nous, suivie du reste de sa famille. Ils devaient faire partie d’une communauté particulière car ils avaient des vêtements assez différents des autres habitants de zones rurales. Les hommes portaient tous des chapeaux qui m’ont fait penser à ceux des Amish. Ils avaient installé sur le bord de la route un petit stand d’objets artisanaux en cuivre, dont un énorme alambic de 300 litres. J’ai acheté mon premier souvenir, une petite bouilloire pour faire du café turc. J’ai payé la chose 100 lei, soit environ 23 euros. Je suis sûr d’avoir eu droit à un tarif « spécial touriste » mais il est joli, pas bien cher, et ces gens étaient sympathiques. Ils ont quand même fini par devenir un peu trop insistants au moment où nous allions repartir, espérant quelques billets supplémentaires. C’est souvent ainsi dans la vie, les gens charment au début et déçoivent ensuite, toutes proportions gardées

Au fur et à mesure que nous avancions dans les Carpates, les paysages étaient de plus en plus beaux et relativement sauvages. Nous avons pris une magnifique petite route de montagne, sinueuse à souhait et montant à 1500 mètres, dénichée par T. dans un guide. Les GS sont très amusantes à piloter dans cet environnement, mais l’état de la chaussée et notre chargement nous ont imposé de rester raisonnables. La dernière partie de l’étape du jour était du coté du lac rouge, avec des passages au fond de gorges incroyables. Malheureusement, cette zone a été en partie défigurée par les activités liées au tourisme.

Nous sommes arrivés à Piatra-Neamt après 287,7 kilomètres de route en bonne partie montagneuse et avons immédiatement trouvé l’hôtel réservé comme à notre habitude, la veille. Son nom, la pension Ianis, est trompeur, car il n’a rien d’une pension. Il s’agit d’un bâtiment très récemment construit, avec une bonne quinzaine de chambres, un restaurant et un grand parking. Nous avons été bien accueillis et la chambre est parfaite, surtout lorsque l’on sait que la nuit est à 30 euros. On nous a dit qu’après la chute de la dictature pseudo-communiste, des fortunes locales se sont construites sur l’économie parallèle. Je ne serais pas surpris d’apprendre que le propriétaire de cette « pension » fasse partie des privilégiés. Nous avons diné sur place puis nous nous sommes occupés de la préparation de l’étape suivante.

Demain, après un tour rapide de quelques monastères que veut visiter T., nous pointerons notre roue avant vers Chisinau, la capitale de la Moldavie, à 300 km de l’endroit où nous sommes. Ce sera l’objet de la prochaine page de ces notes de voyage.

Avant de poster ces lignes et demander à Morphée de m’accueillir, un dernier point. Plusieurs lecteurs m’ont demandé d’illustrer ma prose nocturne avec des photos ou des vidéos. Je serais ravi de le faire, mais c’est techniquement un peu compliqué, surtout avec mon iPad, et demande du temps que je n’ai vraiment pas. Mais promis juré, j’en publierai dès mon retour, la semaine du 10 octobre.

La douche froide

Aujourd’hui, nous avons parcouru 275,6 km en 4h30. Ce fut, et de loin, notre plus mauvaise moyenne horaire, à peine plus de 60 km/h. Ce qui devait être une balade tranquille s’avéra un petit parcours du combattant !

Réveil à 9h, douche, petit déjeuner et rangement de nos affaires. Une heure et demie plus tard, mon oncle est passé me prendre à l’hôtel pour aller chez lui voir quelques photos de famille pendant que T. allait faire un tour en ville. Mon oncle habite un immense appartement dans un vieil immeuble sur les bords de la rivière qui traverse Timisoara. L’intérieur ressemble à un appartement bourgeois de la fin du 19e siècle, avec ses hauts plafonds, ses poêles en fonte, son mobilier d’un autre temps et son impressionnante bibliothèque construite sur mesure pour supporter des centaines de livres anciens.

De retour à l’hôtel vers midi, j’ai chargé la moto et en attendant le retour de T., j’ai taillé la bavette dans le lobby du Pension Park avec un agent immobilier roumain, un photographe écossais préparant un album sur le pays, et la jolie réceptionniste blonde au regard insistant. Décidément, le numéro de charme doit être une attitude identitaire ici. Je me demande si les filles font ça avec tout le monde ou uniquement avec les « riches » étrangers. Un sujet à approfondir…

T. est arrivé et nous avons repris la route à 13h30, cette fois en direction de Sibiu, à environ 300 kilomètres plus à l’est. La chaleur était encore plus étouffante que d’habitude et le thermomètre est monté jusqu’à 35 degrés. Je commence vraiment à regretter de ne pas avoir emporté mon blouson de moto BMW Airflow, plus léger que le Steetguard, et mon casque d’enduro, mais j’étais à cent lieues d’imaginer que cette canicule allait nous suivre pendant des milliers de kilomètres. Nous pensions arriver rapidement à Sibiu, en trois heures tout au plus, arrêts compris.

Les premiers kilomètres ont défilé sans encombre, bien que le trafic était assez dense. La route était flambant neuve et le bitume très accrocheur. Une fois la première ville passée, les choses se sont peu à peu dégradées, allant crescendo. Les portions de route plutôt bonnes se faisaient de plus en plus rares pour laisser la place à des kilomètres de revêtement très irrégulier, parsemé de nombreux dangers. des ornières et des trous, des sections rainurées, des passages à niveau … à plusieurs niveaux, des chiens errants souvent estropies ou bien leurs cadavres en décomposition, quelques énormes plaques de gasoil ne laissant aucune chance au motard qui ne les verrait pas dans un virage. Nous avons d’ailleurs croisé très peu de motos sur la route.

Certains endroits puaient franchement, en raison de l’épandage de produits chimiques selon T. Comme sur les routes nationales françaises, on voit sur le bas-coté des couronnes de fleurs marquant l’endroit d’un accident mortel, mais aussi de nombreuses pierres tombales ! J’ai même aperçu une stèle avec quatre noms gravés…

Mais le véritable danger, ce sont les conducteurs roumains. C’est à croire qu’ils pensent avoir plusieurs vies. Les distances de sécurité ne sont jamais respectées et les dépassements se font à la roulette russe. Ça passe ou ça tue. C’est absolument hallucinant. Il m’est arrivé de voir une file de voitures bien alignées arrivant en sens opposé, et tout d’un coup, une voiture déboite, là, juste devant nous, quelques dizaines de mètres plus loin. A plusieurs reprises, nous avons dû nous déporter sur le bas-coté par crainte que la voiture en face ne se rabatte pas à temps. Une autre fois, sur une courte section à trois voies, j’ai vu un break Audi s’engager sur la voie centrale dans un virage sans visibilité, alors qu’en face arrivait une fourgonnette circulant sur cette même voie centrale. Ils se sont aperçus à la dernière seconde et ont fait un brusque écart pour éviter le choc frontal. J’ai vraiment cru une fraction de temps que j’allais assister aux premières loges à l’accident.

Dépasser est aussi une action dangereuse, surtout pour nous, car les roumains n’ont pas l’habitude des motos. Une fois, alors que je venais de commencer à doubler un gros poids lourd, celui-ci s’est mis en tête de déboîter en même temps. Ce n’est que grâce à mon échappement non homologué et assez bruyant que j’ai pu éviter un freinage d’urgence, le chauffeur m’ayant entendu arriver à la hauteur de sa cabine. La remontée de files de dizaines de poids lourds impose souvent une prise de risques, car les nombreux virages limitent la visibilité et tout le monde zigzague sauvagement dans un ballet mortel de tonnes d’acier en mouvement. Dès que l’horizon est dégagé, il faut déboîter brutalement afin d’être le premier à le faire, ouvrir les gaz en grand pour atteindre 140 ou 160 km/h (la vitesse est limitée à 100 km/h hors agglomérations) et surveiller si personne n’arrive en face.

Les villages traversés, à peine moins glauques que ceux vus entre la frontière hongroise et Timisoara, se suivent et se ressemblent. Là, la folie routière se calme le temps de quelques centaines de mètres, car la vitesse est limitée à 50 km/h et les flics sont souvent là. Nous avons fait une pause dans une buvette originale, accolée à un avion Douglas DC-3 « Dakota » en assez bon état de conservation compte tenu de son grand âge. Un peu plus loin, nous sommes tombés dans un embouteillage monstre de véhicules à l’arrêt formant une file de plus de dix kilomètres. Attendre plusieurs heures sous un soleil de plomb, coincé dans une voiture ou dans un camion, n’est guère un sort enviable. J’ai vraiment hésité à proposer à T. de couper à travers champs. Finalement, j’ai décidé d’y aller au culot en remontant la file de véhicules arrêtés en plein phare, antibrouillards et feux de détresse allumés, et en faisant signe aux quelques véhicules venant d’en face de s’écarter. Ma GS et mon casque étant de couleur plutôt marron, j’ai pensé que l’on pourrait me confondre avec une moto militaire. Je ne sais pas si cela a été le cas, mais la manoeuvre a fonctionné.

La cerise sur le gâteau est arrivée une quinzaine de kilomètres avant Sibiu, notre destination. Le trafic s’était fluidifié et nous avions vraiment hâte d’arriver. Au milieu d’une longue descente en ligne droite, un flic près d’une voiture de police stationnée sur le coté de la route nous fait signe de nous arrêter. Dans un anglais compréhensible, il nous demande nos permis de conduire, puis demande à T. sa carte grise en l’informant qu’il a été chronométré au radar à 126 km/h au lieu des cent autorisés. Je suis très surpris, car en général, nous roulons proches l’un de l’autre et à peu près à la même vitesse. Le flic me répond que je devais être légèrement en dessous, la tolérance étant de dix kilomètres heure au delà de la limite. Un procès verbal est établi et T. a le choix entre payer l’amende de 136 lei (32 euros) sur place, ou sous deux jours dans un bureau de poste, ou bien alors le double au-delà. Le flic ayant été très courtois et l’infraction reconnue, T. paye sur le champ et nous repartons quelques minutes plus tard. Nous en avons profité pour apprendre que l’excès de vitesse à ne pas dépasser est de 50 km/h au-delà de la vitesse autorisée, cas dans lequel le permis est immédiatement retiré pour une période de trois mois. Nous nous en souviendrons…

Nous arrivons enfin à Sibiu vers 19h, trempés de sueur et vraiment fatigués de cet après-midi de pilotage éprouvant. L’hôtel Imparatul Romanilor, dans lequel nous avions réservé une chambre pour la nuit, est le meilleur de la ville. C’est une énorme bâtisse située en plein centre, dans la quartier piétonnier. La déco est assez kitsch, avec ses lustres, tableaux et dorures, mais notre chambre est bien, avec climatisation et double salle de bains. A 50 euros la nuit, nous aurions bien tort de nous priver de ces « palaces » roumains !

A peine arrivé dans la chambre, je me suis jeté … sous une douche froide !

Nous avons diné dans un pseudo restaurant italien, pas bien extraordinaire, mais au moins, ils avaient du Macallan, l’un de mes scotchs préférés. Nous nous sommes ensuite un peu baladés dans la ville, particulièrement jolie car épargnée par Ceausescu, son fils Nico en ayant été la maire du temps de la dictature. De plus. Sibiu a obtenu d’importantes subventions européennes lorsque la ville a été élue « capitale de l’Europe » en 2007.

J’ai eu droit à la dernière surprise de la journée il y a deux heures. J’étais sorti sur le perron de l’hôtel pour fumer une cigarette. Une jeune fille brune au teint mat, assez jolie, s’approche de moi et me demande une cigarette. Pendant que je sortais le paquet de ma poche, elle colle sa main à l’endroit que je vous laisse deviner et me propose en anglais de monter dans ma chambre pour un « câlin pas cher ». Pas de chance pour la demoiselle, j’avais cet article à écrire…

4h30 du matin. Je fonce me coucher. Retour sur la route « infernale » dans quelques heures !

Les GS1200 aiment les routes de l’Est

Décidément, il va être bien difficile de perdre des kilos pendant ce voyage… Ce matin, Morphée me libérant de son influence, j’ai découvert sur la table de la terrasse de notre pension de famille à Keszthely que notre hôte nous avait préparé un petit déjeuner qui aurait satisfait les rêves les plus fous d’une famille d’ogres. Étant végétarien, je n’ai malheureusement pas pu goûter à la large variété de charcuteries, mais je me suis régalé de tomates et de concombres du jardin, ainsi que de pain frit ! Pour le reste, la nuit fut courte, mais très réparatrice. J’ai fait chambre à part cette fois. Lorsque j’avais réservé cet hôtel la veille, j’avais demandé des lits jumeaux, mais comme l’établissement n’en disposait pas, il a été mis à notre disposition deux chambres voisines, avec salle de bain commune. Bref, une suite pour 36 euros ! Alors que je faisais face au terrible cas de conscience que me posaient les tranches de pain frit, T. était déjà à pied d’œuvre pour remettre en état la fixation de son top-case.

Nous sommes partis vers 11 heures, après des adieux chaleureux avec le propriétaire des lieux, accompagné de sa femme et d’un couple de touristes indiens avec lesquels nous avons papoté en chargeant les motos. T. et moi avions convenu la veille d’aller directement à Timisoara, en Roumanie, en n’empruntant cette fois que les routes secondaires et sans passer par Budapest. Après le contournement du lac Balaton, nous avons tracé sur la carte une ligne presque droite jusqu’à notre destination.

Cette route fut un grand moment de plaisir. Nous avons parcouru 420,3 kilomètres. La plupart étaient très roulants, mais un bon tiers était parsemé de bosses, de zones de travaux et de bitume creusé par les roues de voitures. Dans ces conditions, nos grosses BMW GS 1200 donnait un aperçu de leur formidable potentiel. J’ai eu l’impression de redécouvrir cette extraordinaire moto qui semblait survoler les bosses à 140 km/h, bien que chargée comme un mulet (sans compter son pilote qui doit prendre un kilo par jour en ce moment).

C’est à moi que revient souvent le rôle d’ouvrir la route car T. a quelques problèmes avec son GPS. Nous avons traversé de nombreux villages hongrois, où notre passage ne manquait pas d’attirer l’attention des autochtones. Nous avons vu des vignes, des forêts, croisés des … Trabant, des modèles de voitures inconnus, des camions hors d’âge, fait quelques arrêts pour fumer une cigarette ou nous hydrater. Il faut dire que le thermomètre s’obstine à ne pas vouloir descendre sous la barre des 30 degrés et que nos équipements dignes de Mad Max se transforment en saunas. Chaque traversée de zone forestière nous donne une délicieuse sensation de fraicheur. Le plus dur est le passage à vitesse réduite des quelques villes sur notre route. La Hongrie est une heureuse découverte pour moi, avec son mélange de vestiges de l’ère communiste et de zones pavillonnaires souvent plutôt réussies. A l’approche de la frontière roumaine, à Szeged, nous avons traversé la Tisza sur un bac antédiluvien, tout en planches de bois disjointes et mu par un vieux rafiot amarré à couple.

Nous craignions de l’affluence au passage de la frontière avec la Roumanie, mais Virginie (la voie suave de mon GPS), programmée désormais pour éviter les autoroutes, nous a conduit à un poste frontière désert. Pour la première fois depuis notre départ. Nous avons dû présenter nos passeports, mais c’est à peine si les garde-frontière les ont regardés. En Roumanie aussi il y a une vignette « autoroutière », mais celle-ci ne concerne pas les motos.

Les quatre-vingts premiers kilomètres de routes roumaines qu’il nous restait à faire jusqu’à Timisoara ont marqué un réel changement en comparaison avec ce que nous avions vu jusqu’à présent. On sent que le niveau de vie est franchement en-dessous des autres pays traversés. Les villages sont gris, les chiens et les poules se promènent librement, certaines rues ne sont pas pavées, lles voitures anciennes – sans parler des carrioles à chevaux -, des bâtiments ou des usines abandonnées ci et là, Nous sommes manifestement l’attraction du moment et les têtes se tournent sur notre passage. Nous avons même traversé un rassemblement pour des funérailles. Les seules choses en bon état sont les églises et les voiture de police, des Logan. La folie des décennies Ceausescu est présente partout : le plan froidement quadrillé des villages, quelques anciens bâtiments officiels à l’architecture kitsch, les champs à perte de vue (Ceausescu avait lancé une réforme agraire à marche forcée qui a participé à la faillite de l’économie). Une bonne surprise cependant, l’état des routes, tout du moins jusqu’ici, est moins mauvais que ce que nous craignions.

Nous sommes arrivés à Timisoara vers 19h30, heure locale (nous avons avancé nos montres d’une heure en Roumanie). La ville est grande et plutôt jolie. J’avais réservé hier une chambre au Pension Park, un quatre étoiles parmi les meilleurs hôtels de la ville, au prix de 50 €, petit déjeuner et parking compris. L’hôtel en question est pas mal et très bien situé près d’un parc en plein centre ville. A notre arrivée, un message de mon oncle, vivant à Timisoara, m’attendait. Je l’avais prévenu de notre arrivée. Le temps de prendre une douche et de me changer, il est venu nous chercher avec sa femme.

Nous sommes allés dans un restaurant, manifestement très haut de gamme, pour diner. Je ne peux pas dire que j’ai été conquis par leur cuisine, mais celle-ci était néanmoins d’un bon niveau. Le service était assuré par une jolie roumaine qui comprenait le français mais surtout s’exprimait dans un anglais parfait. Nous avons passé trois heures à discuter avec mon oncle et sa femme. Je ne l’avais pas vu depuis 1982. Tout y est passé : histoires de famille, l’ère du communisme, l’état du pays, les endroits à voir, les filles… Je sais enfin d’où vient mon goût prononcé pour la gent féminine : c’est héréditaire ! Malgré ses 77 ans, cet ancien Maitre international d’échecs de profession est obsédé par la chose, et sa femme ne s’en émeut pas le moins du monde, au contraire ! Pour information, à destination de mes lecteurs en mal d’amour, il parait que les filles moldaves sont très entreprenantes, et les ukrainiennes exceptionnellement jolies et très sentimentales. Voilà qui promet ! Et je passe sur les blagues plutôt corsées. Ma tante m’a aussi précisé, avec un sérieux désarmant, que les filles de l’Est étaient « supérieures » aux occidentales sur un point : elles sont, parait-il, d’excellentes … maitresses de maison. Franchement, sur ce sujet, difficile de me choquer, mais entendre un couple d’intellectuels septuagénaires me faire la promo des filles de l’Est avait quelque chose d’irréel. Et puis, pour terminer la soirée, après avoir remercié et salué notre jolie hôtesse de table, celle-ci m’a précisé qu’elle était là tous les soirs ! Politesse ou invitation, je ne le saurai pas…

Voilà pour les péripéties du jour. Il me reste à peine cinq heures de sommeil. Je vais passer chez mon oncle après le petit-déjeuner pour voir quelques photos de famille pendant que T. visitera la ville. Puis, nous prendrons la direction de Sibiu, à environ 300 km plus à l’est. Je viens de réserver une chambre à l’hôtel Imparatul Romanilor.

De l’autre côté du Rideau de Fer

De retour au clavier, depuis Keszthely, petite ville hongroise sur les rives du lac Balaton. Je vais essayer de faire court ce soir, il est déjà 1h30 du matin et demain réveil à 8h30 car nous avons une étape qui risque d’être fatigante. Nous allons traverser la Hongrie par les routes secondaires et passer la frontière roumaine pour dormir à Timisoara. En fait, nous n’avons que peu de marge de manœuvre sur cette partie du voyage car C., la copine de T., doit venir passer une semaine avec nous et nous devons impérativement être à Odessa le 17, dans quatre jours. Il nous faut traverser la Hongrie, la Roumanie, et la Moldavie, soit près de 2000 kilomètres sur des routes potentiellement difficiles.

Après mon billet d’hier soir, j’ai filé me coucher. T. dormait déjà depuis un bon moment et ronflait comme un tracteur. Malgré la fatigue, j’ai eu un peu de mal à m’endormir. Ce matin, réveil à 9h, et « plainte » de T. qui m’a dit que mes ronflements l’ont réveillé dans la nuit. Nous voilà quittes donc !

Check-out du chalet-hôtel Senger à 11h après un copieux petit-déjeuner à la teutonne, comme je les aime. T. a eu droit à une petite séance de bricolage car la fixation de son top-case lui pose des problèmes. Le temps était maussade et la température assez fraiche (l’hôtel est à 1500m d’altitude).

Départ prudent sur chaussée humide, accompagnés de quelques gouttes de pluie. T. est méfiant car ses pneus Michelin Anakee II ont déjà décroché trois fois dans des virages. Pour ma part, ma GSA est chaussée de Dunlop Trailmax TR71 bien plus accrocheurs. En revanche, je le sais pas si leur gomme tendre me permettra de boucler tout le voyage. Je les changerai peut-être en République Tchèque ou en Allemagne.

La route a été facile sur cette étape de 506,7 km, aux trois-quarts sur des voies express. Seule la température, toujours autour des 30 degrés, a été pénible. Nous nous sommes dirigés vers Graz, la seconde plus grande ville autrichienne, après Vienne, mais avons obliqué avant de l’atteindre pour rejoindre la frontière Slovène. Là aussi, achat d’une vignette autoroutière, valable quatre jours. Ce système sans péages, mais avec une vignette de durée variable, est vraiment bien et beaucoup moins onéreux pour les gros rouleurs que le système français. Tiens, pour l’anecdote, l’entrée en Slovénie a été l’occasion de voir notre première « bombasse de l’est ». La fille du guichet de vente de vignettes était à croquer !

Le réseau autoroutier slovène semble flambant neuf et est quasiment vide. Nous n’avons pas vu grand-chose d’autre du pays. L’entrée en Hongrie, une centaine de kilomètres plus loin, est imperceptible. Seul un petit panneau la signale. Nous nous arrêtons dans une station service pour remplir nos réservoirs et acheter la vignette hongroise. On ne trouve pas de SP98, mais la station propose un carburant que je n’avais jamais vu ailleurs, du « super » sans plomb mais également sans sulfure. Par précaution, nous avons quand même préféré nous en tenir à du SP95. A noter aussi que le carburant coûte bien moins cher qu’en France. La différence est de près de 0,40 € au litre ! Ici, le système de vignette est un peu différent. On la paye aux stations service qui enregistrent le numéro d’immatriculation du véhicule, et un réseau de cameras sur les voies rapides détecte si le véhicule qui passe a bien payé sa taxe. On se sent comme surveillé par un « Big Brother ». Ça ne nous a pas empêché de rouler, comme d’habitude, au-delà des limitations de vitesse.

Nous sommes arrivés à Keszthely vers 18h30. J’avais réservé la veille une chambre dans la pension de famille Sarokhaz Panzio. Nous découvrons une charmante petite maison dans une zone résidentielle très calme. Le propriétaire, un homme d’une bonne soixantaine d’année nous accueille particulièrement bien. Il parle un anglais rudimentaire mais la communication est facile. Le bonhomme est absolument adorable. Après nous avoir permis de mettre nos motos dans son garage et montré la chambre, petite mais très propre, il nous a fait faire le tour de son jardin. Il a de la vigne, des mûres énormes, des tomates, des courges. Son jardin est une véritable petite forêt. Il est aussi amateur d’animaux, a eu sept chats (dont quatre sont enterrés dans le jardin, comme en atteste un petite pierre tombale avec quatre noms), et possède encore deux tortues aquatiques et un chien très sympathique.

Une fois installés, T. est allé voir le lac Balaton, à cinq minutes de marche, et moi j’ai relevé mes e-mails. Partout où nous sommes passés, nous avons eu accès au réseau Internet en WiFi. Je n’ai pas encore utilisé une seconde de mon abonnement 3G. Ensuite, nous sommes allés en ville, retirer des espèces à un distributeur (pas encore l’euro ici) et diner en terrasse, dans le seul restaurant qui semblait ouvert. Nous avons diné comme des ogres (j’ai pris entrée, deux plats et dessert !) et c’était absolument succulent. Le tout pour 27 €, soit à peu près un quart des prix français… Nous entrons en effet dans la partie « pauvre » de l’Europe.

Nous nous sommes un peu égarés au retour, en cherchant l’hôtel. Les « smartphones » et leur GPS intégré sont bien pratiques dans ces situations. La ville est comme morte et on commence ici à ressentir cette ambiance particulière des anciens pays du rideau de fer. L’éclairage public est inexistant ou très faible et seuls les aboiements des chiens troublent le silence. Il fait extrêmement humide ce soir et la ville semble infestée de moustiques qui sont énormes et très bruyants. Cela dit, j’entends d’ici les ronflements de T. Ils auront au moins l’avantage de couvrir le bruit des moustiques !

Ce sera tout pour aujourd’hui. Je voudrais raconter tant d’autres d’autres choses, mais le temps manque, tout comme le sommeil. A demain donc, depuis la Roumanie !

4h15 plus tard

Encore une nuit trop courte. 4h15 de sommeil. Il va vraiment falloir être plus raisonnable. Réveil à 9h et la chambre d’hôtel offre une magnifique vue sur le Liechtenstein. Pendant le petit déjeuner avec T., le patron de l’hôtel vient papoter avec nous dans un français parfait. Il a vécu en France jusqu’à la fin des années 50, et de plus est amateur de motos. Départ vers 11h30. L’hôtel Oberland (Trisenberg, Liechtenstein) est une excellente adresse à retenir.

Nous traversons Vaduz, la « grande » ville, en quelques minutes et entrons en Autriche. Comme la veille en venant de Suisse, rien ne matérialise la ligne frontalière du Liechtenstein. Nous faisons le plein d’essence et achetons la vignette autoroutière autrichienne. Direction Innsbruck, à 200 km de là. Nous allons avoir notre lot de petites routes d’ici quelques jours, alors pour l’instant, nous essayons de nous déplacer le plus rapidement possible. L’Autriche ressemble à la Suisse avec ses tunnels interminables, ses montagnes majestueuses, ses pâturages très verts, ses chalets en bois, son coté très « propret ».

Nous arrivons vers 14h à Innsbruck, sous ce même soleil de plomb qui nous accompagne depuis le départ de Paris. Le thermomètre de la moto indique jusqu’à 33 degrés et T. et moi dégoulinons de sueur sous nos équipements de moto. Le centre d’Innsbruck est assez sympa et très touristique. Nous déjeunons dans un restaurant que T. a trouvé dans le guide Lonely Planet. C’est notre véritable premier repas et on ne peut pas dire que la gastronomie autrichienne soit très légère ! Et moi qui avais espoir de profiter de ce voyage pour perdre quelques kilos…

Enfin repus, nous voici à nouveau chevauchant nos deux gros panzers BMW. Après quelques kilomètres de voie express, nous nous engageons sur les routes nationales locales. Il est assez difficile de doubler et les voitures roulent souvent lentement. Je commence à vraiment ressentir la fatigue et mes paupières deviennent de plus en plus lourdes ce qui nous oblige de nous arrêter à deux reprises. Au fil des kilomètres, les paysages sont de plus en plus beaux, et les routes sont en excellent état. Je m’amuse même à « attaquer » gentiment de temps à autre, malgré le chargement imposant de la moto. Je suis très surpris par le nombre de motards que nous croisons, et encore plus par les très nombreuses Harley Davidson. La moto semble être très populaire en Autriche, et je croise même beaucoup de motardes.

Vers 18h30, nous arrivons au « clou » de la journée, la route du Grossglockner. Il s’agit d’une trois-voies qui traverse le parc national des Hohe Tauem, où se trouve le plus haut sommet d’Autriche, culminant à 3800 mètres d’altitude. La route en elle-même est simplement exceptionnelle ! 48 kilomètres, 36 lacets et 2500 mètres de dénivelé… Au sommet, la température tombe à 10 degrés et nous avons presque froid. Les sommets qui nous entourent sont à couper le souffle avec leurs glaciers et leur cascades. Sans oublier la largeur de la route et la qualité du revêtement qui permettent de franchement s’amuser. Mais gare à l’erreur de pilotage, les barrières de sécurité sont quasiment inexistantes.

La nuit tombant, nous arrivons à notre hôtel, juste au pied de la route du Grossglockner. T., qui est de nous deux le « navigateur », a trouvé un établissement jouissant d’une excellente réputation, le Chalet-Hôtel Senger, à Heiligenblut. Nous avions réservé hier, sur booking.com, une « suite ». Nous ne sommes pas déçu, il s’agit d’un véritable petit appartement. Nous avons diné au restaurant de l’hôtel, plutôt pas mal.

Au total, nous avons roulé 374,3 kilomètres aujourd’hui. Demain soir, si tout va bien, nous devrions être en Hongrie, sur les bords du lac Balaton. Il est près de 1h30 du matin. Une douche, et au lit. J’ai vraiment besoin d’une bonne nuit de sommeil !