Sevastopol by night

Nous voici arrivés à Sevastopol, en Crimée, après 547,1 km de bitume Ukrainien. Au total, depuis le départ de Paris le 10 septembre, nous avons parcouru environ 3800 km. Nous sommes donc à peu près à la moitié de notre petite balade.

Ce matin, rendez-vous avait été pris avec T. et C. à 9h à mon hôtel. J’avais demandé à la réception de me réveiller à 7h30. Ce fut chose faite, mais … je me suis rendormi. C’est T. qui m’a réveillé en frappant à la porte de ma chambre. Heureusement, j’avais déjà préparé mes affaires la veille, et 45 minutes plus tard, nous étions sur la route. Pour l’anecdote, à peine avais-je commencé à sortir mes affaires de la chambre qu’une femme de ménage se précipitait pour faire l’inventaire du mini bar et pour … compter les serviettes. Elle s’est aperçue que deux manquaient et s’est affolée ! Ne parlant pas un mot d’anglais, elle a appelé la réception et j’ai expliqué à mon interlocutrice que la veille, on avait oublié de remettre les deux pièces en question, un tapis de bains et un essuie-mains, ce qui a rassuré la femme de ménage, qui a dû penser qu’elle allait devoir payer de sa poche ce qui manquait…

Surprise au premier plein d’essence, il faut non seulement payer d’avance, mais aussi préciser à la caisse la quantité exacte souhaitée de carburant. Pas très pratique pour faire le plein, soit on en demande trop, soit pas assez ! En Ukraine, il existe une large gamme de carburants et d’indices d’octane, variant d’une station service à l’autre. J’ai vu du 100, du 99, 98, 97, 95, 92 et même du 80, sans oublier le gasoil, le GPL et les variantes avec additifs. Il faut dire que les véhicules que nous croisons sont des plus divers, de la Ferrari dernier modèle au camion militaire hors d’âge aux fumées noires et nauséabondes, en passant par les 4×4 de tout poil, les voitures russes datant de l’époque de la guerre froide, et même quelques motos attelées antédiluviennes. Je ne sais pas si les stations service proposent également du fourrage pour les carrioles à chevaux ! Celles-ci sont plus rares en Ukraine qu’en Roumanie. Autre surprise, depuis le départ, la consommation de ma GSA ’10 n’a cessé de diminuer. En France, elle consomme environ 8 litres aux cent, alors que sur les 3800 km déjà parcourus, l’ordinateur de bord indique une moyenne de 6,2 litres, bien que la moto soit très chargée. Cela me permet une autonomie, exceptionnelle pour une moto, de près de 600 km. Cela dit, T. ayant une GS ’07 au réservoir bien plus petit, nous faisons le plein tous les 250 km environ. Par securité, T. transporte un bidon de cinq litres d’essence, et moi, un tuyau pour siphonner. Cette précaution s’est avérée inutile dans les pays traversés car les stations service sont nombreuses, même dans des coins improbables. Comparé aux prix français, le carburant n’est vraiment pas cher, celui de la meilleure qualité disponible n’excédant pas 0,90 € le litre. Bien entendu, tout cela est relatif, car si le carburant est à moitié prix, les salaires sont dix fois plus bas qu’en France…

Nous voici donc sur la route. Finalement, celle-ci s’est avérée bien moins difficile que prévu. Certes, il y a de longues portions qui sont en mauvais état, mais globalement bien meilleures qu’en Roumanie. La meilleure technique de pilotage consiste à s’asseoir bien en arrière de la selle, pour alléger l’avant, ne pas s’agripper au guidon (sinon, les ampoules arrivent vite), regarder au loin afin d’éviter de se focaliser sur les défauts de la route, et … rouler assez vite, autour de 120 km/h, voir plus. Dans ces conditions, la GS passe vraiment partout. Il faut cependant faire très attention au freinage, car l’adhérence peut être limitée du fait des nombreuses bosses. Le réglage des suspensions est aussi primordial. J’ai mis les miennes en mode « piste » (ESA sur « petites bosses » et « soft » pour les connaisseurs). Le trafic n’est heureusement pas très dense, car les dépassements sont, et de loin, les moments les plus dangereux. Personne ne respecte ni les lignes blanches, ni les limitations de vitesse. A noter que nous avons vu à deux reprises des flics équipés de jumelles radar. Dans les endroits à risque, j’essaie de me coller derrière un gros véhicule qui me dissimule, histoire d’éviter que police de la route, ayant mauvaise réputation en Ukraine, me repère suffisamment tôt pour être tentée de me contrôler. En Moldavie, Vladimir nous avais conseillé de ne pas nous arrêter si la police nous faisait signe, car les contrôles peuvent être source d’emmerdes, et la police n’a pas le droit de nous prendre en chasse. Ce serait d’ailleurs dur pour eux de nous rattraper vu leurs véhicules. A noter qu’il ne semble pas y avoir de flics en moto dans tous ces pays. Vladimir nous a dit qu’il y a une seule moto de police en Moldavie ! Je commence à m’habituer à la façon de conduire locale, et je me demande si finalement, je ne préfère pas celle-ci à ce que nous connaissons dans nos contrées, où les usagers de la route sont étouffés pas des lois et une répression de plus en plus liberticides. A choisir entre une certaine anarchie qui met l’individu face à ses responsabilités et un monde où tout est réglé comme du papier à musique, je pense que mon choix est fait. L’idée que l’Etat se substitue à mon libre arbitre m’a toujours beaucoup déplu.

Le GPS n’est pas un luxe en Ukraine, la quasi totalité des panneaux, quand ils existent, étant en alphabet cyrillique. Par exemple, la ville de Kherson s’orthographie Xepcoh… Pour ce voyage, j’ai prévu toutes les cartes GPS ainsi que leurs versions papier de tous les pays traversés. Malgré ça, il faut parfois avoir recours à Google Maps ou aux coordonnées géographiques (latitude/longitude) pour trouver l’endroit recherché. Il ne faut pas compter sur l’aide des gens que l’on croise, car même s’ils sont presque toujours très coopératifs, la langue est une barrière infranchissable dans certains pays. En Roumanie et en Moldavie, ma relative bonne compréhension de la langue a été un avantage non négligeable.

Avant d’arriver en Crimée, nous avons roulé une bonne centaine de kilomètres dans une région très plate balayée par un fort vent latéral. Je pense que nous ne devions pas être loin d’un force 7 sur l’échelle de Beaufort. Chaque fois que nous croisions un camion en sens inverse, l’effet d’appel d’air nous secouait un peu, mais cela n’a jamais été vraiment dangereux. Plus gênant pour moi est la poussière, omniprésente depuis la Hongrie. Elle colle aux yeux et assèche la gorge. Curieusement, T. ressent beaucoup moins que moi celle-ci. Autre désagrément de l’Ukraine, annoncé dans tous les guides, était la présence de moustiques. Finalement, il n’y en a pas tant que ça et je n’ai mis que deux fois du répulsif. Je crois que mes quatre années passées à Tahiti m’ont blindé contre ces vilaines bestioles ! Plus gênante pour moi est la difficulté de trouver sur la route de quoi manger. Je crois l’avoir déjà écrit, je suis végétarien. Du coup, à défaut de trouver sur la route des sandwichs sans viande, je me rabat sur des glaces. Je crois que j’ai gouté toutes les variantes locales de cônes et autres esquimaux !

Nous avons terminé cette étape de nuit et sommes arrivés à l’hôtel Admiral vers 20 heures. La route de nuit est nettement plus hasardeuse, vu l’état inégal de la chaussée, les phares mal réglés des véhicules que nous croisons et les dépassements sauvages. L’hôtel est encore un quatre étoiles, réservé sur booking.com, situé dans un quartier résidentiel à cinq minutes à pied du front de mer. Nos deux chambres et le personnel sont agréables. Les motos sont à l’abri dans la garage, il y a des cameras partout et un cerbère à l’entrée avec lequel il vaut mieux être en de bons termes ! L’hôtel dispose d’une magnifique petite piscine intérieure chauffée, ainsi que d’un hammam et d’un sauna. Comme toujours, les hôtesses sont charmantes, et … charmeuses. C. est bien contente d’être arrivée, le trajet ayant été un peu difficile pour elle, déjà qu’elle n’est pas une mordue de moto. Je crois qu’elle appréhende par anticipation de retour. En principe, nous allons passer deux jours à Sevastopol et un jour à Yalta, avant le retour à Odessa prévu pour vendredi, car C. reprend l’avion samedi. Je n’ai pas encore décidé si je vais retourner à Odessa ou bien continuer seul vers le nord est et retrouver T. à Kiev quelques jours plus tard.

Une fois douchés et changés, nous sommes allés diner dans un restaurant de fruits de mer, référencé dans le guide Lonely Planet comme étant le meilleur de Crimée. L’ambiance était très sympa, l’hôtesse à croquer, et le caviar oscietre très convenable. Ici, avec nos devises, rien n’est cher et nous ne nous privons pas ! Rentrés tard à l’hôtel, je me suis à nouveau endormi en rédigeant ces lignes, vers 2h30 du matin. Apres une grasse matinée fort appréciée, suivie d’un bon petit déjeuner, je termine en vitesse le billet du jour car je dois rejoindre T. et C., déjà partis en vadrouille. A ce soir !

You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
4 Responses
  1. pawa dit :

    Ah ! Le billet du jour attendu ! Ouf c’était juste une panne d’oreiller …
    Vu ce que tu nous décris, la 1200 GS semble vraiment la moto idéale pour ce périple. Je suis pas sûr que la RT soit aussi efficace ?

  2. snax dit :

    Je suis avec assiduité tes aventures à l’Est et apprécie grandement ta facilité d’écriture. Ton blog et ce journal me permet de mieux connaître Philemon Smop, c’est à dire tes différentes facettes. Bref ce petit mot comme encouragement pour l’intrépide motard fourbu le soir venu.

  3. Georges dit :

    Salut Smop,

    Un plaisir immense à te lire et relire … 🙂
    Me voilà en route pour Munich, la fête de la bière que je visite presque tous les ans 😉
    J’ai comme une impression que ça va te plaire aussi … quoique, les Allemandes ne peuvent pas rivaliser avec les nanas de l’Est …

    Prosit, nazdarovje,
    Georges

  4. Georges dit :

    Désolé Smop, le wifi et le iPad à l’aéroport de Nice ont bogué … sorry pour les doublons … tu pourras nettoyer 🙁

Leave a Reply

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>