Tatiana, muse d’une nuit

Je crois que ce billet sera aussi court qu’a été ma journée ! Réveil et petit déjeuner tardifs, fin de la rédaction du billet de la veille et départ de l’hôtel à 15h30 pour rejoindre T. et C. à Balaklava, petite ville portuaire distante d’une vingtaine de kilomètres. Il était question que nous allions visiter en bateau des grottes souterraines ayant servi de base de sous-marins, mais le temps que je déjeune, il était déjà trop tard.

T. et C. voulaient aller à la plage et nous sommes repartis en direction de Sevastopol. J’ai proposé à C. de monter derrière moi pour ce trajet. Cinq cent mètres plus loin, une jolie minette blonde, en robe légère, nous a fait de grands signes pour nous demander de la prendre en stop. Pas de chance, j’avais déjà une passagère ! Quant à T., qui roulait devant, l’idée de « rendre service » à la demoiselle ne lui a même pas effleuré l’esprit… Damned !

Pendant que nos deux tourtereaux roucoulaient en barbotant dans la mer noire, je suis allé me balader une petite heure en moto. Dès que nous passons une journée sans rouler, je sens comme un manque. Je sais que ma façon de voyager décontenance certains, qui considèrent le véhicule comme un simple moyen et non pas comme une fin en soi. Pour ma part, ce que j’aime dans le voyage, c’est justement le voyage, et le véhicule est son vecteur. J’adore ce sentiment de s’imprégner de cet indéfinissable « esprit » des lieux que l’on traverse. Seul celui ou celle qui ressent la même chose peut me comprendre. Le tourisme classique m’ennuie. De plus, je pense que découvrir un pays ou une culture uniquement au travers des jalons imposés donne une vision biaisée de celui-ci. Un peu comme le ferait une nature morte. Peu importe si la représentation qu’elle fige est réussie. Les fleurs sont fanées, et d’autres bourgeons sont là. De la cinquantaine de pays que j’ai eu l’occasion de traverser, ou même habiter pour certains, je ne sais au fond pas grand-chose, mais j’ai l’impression d’être toujours capable de « sentir » leur âme en moi, même des années après. Et puis comme le disait Bernard Giraudeau, certes pas un grand intellectuel, mais néanmoins un homme sensible, « le voyage a été ma seule école, la fuite est devenue ma psychanalyse, la seule manière d’entrer en moi-même et d’y être bien. »

Oublions mes états d’âme pour revenir à nos moutons. T. et C. m’ont rejoint à l’hôtel et nous sommes allés nous prélasser une petite heure dans la piscine intérieure et dans le hammam. Nous avons discuté de la suite de notre séjour en Crimée. Notre plan initial était de déménager demain dans un hôtel à Yalta, à 80 km de Sevastopol. Finalement, décision a été prise de rester à l’hôtel Admiral, agréable et pas cher, et de rayonner jusqu’à Yalta. Nous allons y faire un saut en moto demain.

Nous sommes ensuite allés diner dans un restaurant de sushis du centre ville. Détail amusant, il est fourni une grosse couverture en laine aux clients en terrasse, car il commence à faire assez frais en soirée. C’est aussi la seconde ou troisième fois que je vois qu’un narguilé est mis à disposition des clients qui le souhaitent. Il faudrait que j’essaie la chose avant de quitter l’Ukraine. Rentrés vers minuit trente, T. et C. sont partis se coucher. Je me suis retrouvé seul dans ma chambre, l’iPad sur les genoux, cherchant l’inspiration pour le billet du jour. Ne la trouvant pas, je suis descendu à la réception pour tailler un brin de causette avec Tatiana, la jeune hôtesse ukrainienne de service. L’hôtel est plongé dans le silence absolu, les lumières sont éteintes, et nous nous sommes retrouvés dans la salle à manger, faiblement éclairée par la lueur du néon de l’armoire frigorifique du bar. Non, malgré le titre volontairement un peu racoleur de cette page, pas de partie torride de jambes en l’air, mais près de deux heures de discussion sur tout et n’importe quoi. Ce fut un moment fort agréable, tombé à point nommé pour me donner envie d’écrire alors que je n’avais rien de très intéressant à raconter aujourd’hui.

Il est cinq heures du matin, le bon moment pour me glisser entre les draps frais et dormir quelques heures.

Avant de poster cet article, je remercie celles et ceux qui ont laissé au fil des jours des commentaires sur ce blog. Je lis ceux-ci avec plaisir, même si je n’ai que trop peu de temps pour y répondre individuellement.

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4 Responses
  1. snax dit :

    …ce que j’aime dans le voyage, c’est justement le voyage, et le véhicule est son vecteur…
    voilà, c’est ça! Tout particulièrement quand le véhicule est une moto.

  2. Vespa dit :

    J’aime aussi beaucoup cette définition du voyage !
    elle n’est pas figée, bien sur, mais basiquement, je ressens la même chose :-))
    Continue bien ton super voyage !!

  3. tiger dit :

    Bonjour Smop,
    Tout d’abord comment vas tu, et puis mille pardons de ne pas avoir laisser de message, car tu es un vrai reporter!
    Ton blog est une vrai source d’info. l’ukraine… sera moins une surprise.
    merci a toi
    et profite en bien.. ha si tes appartés sont interessantes, c’est vrai qu’on cogite sous un casque…

    Bonne route
    thierry

  4. Pawa dit :

    C’est drôle, on en parlait avant ton départ: voyager consiste pour la majorité à se déplacer le plus rapidement possible d’un point à un autre, le transit n’étant qu’un inconvénient à minimiser… Le schéma habituel des voyages d’affaires ou du tourisme de masse.
    Quelques énergumènes, épris de liberté et vagabonds dans l’âme, goûtent avec délice cette sensation unique de voir la route filer sous les roues pendant des heures.
    ils aiment la magie du voyage, riche de rencontres improbables, de découvertes inattendues, avec le goût particulier de la transhumance.
    L’arrivée au but, toute attendue ou espérée qu’elle soit, ne leur semblera bientôt plus qu’une étape à quitter pour mieux repartir vers ailleurs …

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