Week-end à Rome… euh non, à Moorea !

Réveil à 10h ce samedi. Enfin, réveil n’est pas vraiment le terme le plus adapté à mon état. La fatigue des nuits trop courtes s’accumule. Préparatifs de départ et je quitte la chambre une heure plus tard. L’hôtel accepte de garder mes bagages pour le week-end, histoire d’aller à Moorea avec le strict minimum. C’est le moment de régler la nuit supplémentaire passée ici et je sors ma carte d’adhérent provisoire à l’association des artistes du Pacifique. Ca fait sourire n’est ce pas ? La fille à l’accueil va voir le directeur de l’hôtel, et ô surprise, le tarif de la nuit diminue de 30% ! Un tiers du coût de l’adhésion à la fameuse association dont le nom restera dans mes annales est déjà récupéré. Incroyable ! Et moi qui croyais vraiment à l’arnaque…

Le quai des ferries pour Moorea est juste en face de l’hôtel. J’achète mon billet aller-retour et obtiens une remise pour une raison inconnue. Je ne conteste pas ! Je note que le dernier départ du jour est pour dans quinze minutes, à 11h45. Pas le temps de prendre un petit-déjeuner en ville. En fait il y a deux ferries exploités par la compagnie Aremiti, un gros et un moyen. Les deux transportent passagers et voitures à Moorea. L’un fait le trajet en 25 minutes et l’autre en trois quarts d’heure. Je choisis le plus rapide qui est aussi le plus petit des deux. Je monte à bord. C’est propre, spacieux et moderne. Il y a même une cafétéria et j’avale un sandwich fort bienvenu. 11h45, le ferry commence à s’éloigner du quai, mais zut, je ne suis pas dans le bon ! En fait, les départs sont décalés d’une trentaine de minutes et le plus rapide part le dernier. Pas grave.

Dix-sept kilomètres séparent les îles de Tahiti et de Moorea. La traversée se déroule sans histoire sur une mer très calme. Il y a une barrière de corail autour des deux îles. Le ferry les contourne par une passe balisée et c’est impressionnant de voir ces bouillonnements d’écume juste derrière les bouées de chenal. J’ai une pensée émue pour tous ces bateaux qui ont été déchiquetés sur ces barrières naturelles protégeant les atolls des mers chaudes. Une fois les bateaux échoués ou coulés, leurs équipages ne devaient pas non plus beaucoup apprécier la situation, emportés par le ressac sur des coraux coupants comme des lames de rasoir. En Polynésie, la navigation n’est pas à la portée du premier venu, surtout autour des îles peu fréquentées qui n’ont pas reçu la bénédiction du service des Phares et Balises. Sur ces réflexions scabreuses, je pique un petit somme.

Mon ferry accoste sur le quai en béton du petit port de Moorea et les passagers débarquent. Une bonne partie d’entre eux monte à bord des “trucks”, ces bus typiques Polynésiens qui font le tour de l’île par la route principale. Beaucoup de gens transportent des gros paquets, des ordinateurs, des télévisions, … Quelques navettes d’hôtels de luxe sont également là. Il fait tout aussi chaud mais plus humide qu’à Papeete. Une grande brune avec une couronne de fleurs autour de la tête se trouve juste devant moi, accompagnée par une femme d’un certain âge. Il s’agit de Fernanda Tavares, un top-modèle Brésilien dont j’avais vu la photo dans la “Dépêche de Tahiti” de la veille. D’après l’article elle était membre du jury pour l’élection d’une Miss Quelque-Chose et avait prévu de passer ensuite le week-end à Moorea. Elle était mieux en photo qu’en chair et en os. Je suis toujours épaté de voir à quel point le maquillage et les fringues peuvent transformer une fille ! Le journal indiquait qu’elle était accompagnée par sa mère, elle-même ex top-modèle. Ca devait être il y a très longtemps… Le patron de l’hôtel où j’ai réservé m’avait dit au téléphone qu’il ne pourrait pas venir me chercher car il a eu des problèmes avec les taxis locaux, qui veulent garder le monopole des transports insulaires. Je devais donc prendre un “truck” mais j’ai préféré rêvasser sur le port, à regarder le parking se vider peu à peu et faire place au silence. J’espérais qu’un taxi allait venir, mais la station est restée désespérément vide. Finalement ce sera le môme qui tient le magasin de location de scooters qui acceptera de me déposer à mon hôtel, moyennant la moitié du prix demandé par les taxis officiels. Il a un pickup japonais et je monte sur la plate-forme arrière avec mon petit sac. L’hôtel Kaveka se trouve à une vingtaine de minutes de route. L’île est très verte et la route parfaitement entretenue. Ca commence à ressembler à l’image que tout le monde se fait de la Polynésie avec ses lagons turquoise et ses plages de sable blanc. Je vois sur la route plusieurs noms d’hôtels de chaînes bien connues, mais ici les bâtiments n’ont pas encore trop défiguré l’environnement.

L’hôtel Kaveka est dans la catégorie moyenne et se trouve dans la baie de Cook. Il comporte un restaurant sur pilotis, le “Fishermen’s Wharf” et une vingtaine de bungalows en bois répartis sur 7500 mètres carrés de pelouse et de cocotiers, situés entre la route et une petite plage de sable blanc privative. Le propriétaire a le type occidental mais parle avec un fort accent Polynésien. J’apprendrai qu’il est de père Néo-Zélandais et de mère Tahitienne. D’après le guide, cet hôtel est surtout fréquenté par les Américains. L’acteur Mel Gibson y serait passé. A la réception, je paye mes deux nuits et on m’indique où se trouve le bungalow 323. Ce n’est pas le mieux placé et il n’est pas climatisé, tarif spécial “artistes du Pacifique” oblige. Le prix est relativement raisonnable pour l’endroit, du même ordre que celui du “Kon Tiki Pacific” après remise. Tout est en bois et l’un des quatre pans de murs a été remplacé par une grande baie vitrée coulissante. Si on ne tire pas le rideau on se croirait dans une vitrine ! Le toit est à la Polynésienne, c’est-à-dire constitué de feuilles tressées de pandanus. Il y a un espace d’une vingtaine de centimètres entre ce dernier et les cloisons, sans compter les nombreuses persiennes en bois. Il y a beaucoup de moustiques dans le coin et je crains pour mes nuits. Dans l’unique pièce se trouvent un lit double, un second lit simple, une armoire avec coffre, une table et un gros ventilateur au plafond. La salle de bains n’a pas de porte, pas plus que la douche, mais les toilettes sont séparées. En fait deux bungalows se partagent les mêmes murs et l’insonorisation laisse à désirer. J’entendrai tout ce qui se passe chez mes voisins, un couple Polynésien… Je remarque sur la table une assiette avec des spirales vertes anti-moustiques. Je m’apercevrai d’ailleurs qu’elles n’étaient pas là par hasard, ce qui n’a pas empêché ces délicieux insectes de me laisser quelques désagréables souvenirs.

Une fois mon sac posé, je vais déjeuner au restaurant de l’hôtel, suspendu par des pilotis au-dessus du lagon et prolongé par un ponton en bois. L’eau est d’une limpidité parfaite, et je vois des milliers de poissons tropicaux, de couleurs et de formes variées nager harmonieusement. Un jeu très amusant est de leur jeter des miettes de pain. Ils se précipitent dessus et se bagarrent pour les dévorer jusqu’à la dernière. Vraiment impressionnant à voir. De temps à autre un plus gros poisson prédateur approche et tous les petits s’enfuient dans toutes les directions comme une gerbe de feu d’artifice. Enfin, presque tous… J’ai aussi vu une assez grosse pieuvre, du genre de celles qui ont probablement inspiré Jules Vernes pour ses “Vingt mille lieues sous les mers”. Une fois glissée dans le trou d’une patate de corail ou d’un rocher, il est absolument impossible de la distinguer. Je regrette de n’avoir pas le temps de plonger car cette faune est vraiment extraordinaire, non seulement pas sa beauté, mais également par sa familiarité avec la proximité humaine.

Revenons sur terre… Le restaurant est correct sans plus mais cher pour ce qu’il propose. Le poisson cru à la tahitienne, thon mariné au citron et servi en salade avec du lait de coco est succulent. L’hôtel est très calme mais le restaurant diffuse en permanence de la musique Polynésienne ou des vieilles reprises et c’est assez agaçant à la longue, même si entendre “Capri c’est fini” avec un accent local est assez kitsch. L’après-midi sera consacrée à une petite sieste et à la lecture de la “Dépêche de Tahiti”. J’aurais bien voulu publier les deux articles déjà prêts pour le blog, mais ici la connexion Internet (par modem RTC !) est facturée l’équivalent de six euros les vingt minutes. J’attendrai d’être de retour à Papeete ! Vers 18h mon téléphone portable sonne. Un type se présente comme commissaire de la république. J’y crois un instant, sans comprendre pourquoi il m’appelle, et finalement le type s’avère être … Michel ! Il vient prendre de mes nouvelles et m’annonce qu’il va peut-être venir demain à Moorea avec femme et enfants, au même hôtel. J’ai l’impression d’avoir trouvé une seconde ombre, mais qui n’est pas muette, elle ! L’heure du dîner arrive et je fais la connaissance de Cécile, une fille Belge en vacances, qui voyage seule. Elle est à l’hôtel depuis cinq jours et doit partir tôt demain matin pour l’île de Huahine, puis Bora Bora, avant de prendre le chemin du retour via Papeete. Pendant que je dîne avec elle, mon portable sonne à nouveau et c’est encore mon pot de colle le troubadour, qui cette fois m’annonce que le patron de la société de services informatiques que je dois rencontrer demain se trouve aussi à l’hôtel Kaveka, avec une équipe de télévision, et insiste pour que je le rencontre de suite. Cette fois je suis un peu plus sec et lui dis que je verrai ça plus tard. Après avoir raccroché, je me demande si je ne l’ai pas vexé. Je le saurai la semaine prochaine. Je termine ma soirée en compagnie de Cécile, puis rentre dans mon bungalow, en prenant soin de ne pas allumer la lumière par crainte des moustiques qui infestent l’endroit, et je m’endors comme une masse.

La journée de dimanche a été calme et reposante. J’ai trié des photos à publier sur le blog et somnolé. Enfin une vraie journée de repos mais le temps passe vraiment trop vite. Un gros paquebot qui fait la tournée des îles, le “Paul Gauguin” immatriculé aux Bahamas, a jeté l’ancre dans la baie de Cook et j’observe la navette déverser à terre ses flots de touristes. Un jeune couple de Français est arrivé à l’hôtel et Greig, le propriétaire, leur énonce les nombreuses activités de l’île selon une mécanique visiblement très bien rodée. Ca sent le voyage de noces. Je discute ensuite un peu avec lui. Il me dit que l’économie locale se porte mal en ce moment et que la capacité hôtelière de Moorea est réduite de 40%. Cinq grands hôtels dont le Club Med sont fermés. Lui aussi me dira que l’élection d’Oscar Temaru est une très mauvaise chose pour la Polynésie, car ce dernier n’a pas le support du gouvernement français, et que malgré la corruption plus que notoire de Gaston Flosse, le président récemment déchu a beaucoup fait pour la région. Il se plaint également de la flambée du prix des terrains. Il vient d’acquérir une autre parcelle en bord de mer sur l’île au prix de 43000 CFP le mètre carré (360 euros). Pas de nouvelles de mon saltimbanque. Serait-il effectivement vexé ? Je m’écroule dans mon lit à 21h, j’ai encore du sommeil à récupérer.

J’ouvre les yeux vers 8h du matin. Enfin une bonne nuit. Petit-déjeuner, dernier coup d’oeil vers les poissons du lagon se disputant le pain que je leur lance. Cette fois je leur étale du beurre dessus, et ils ont l’air d’apprécier le changement de menu. La serveuse, très sympa, vient pleurer sur mon épaule en se plaignant d’un client américain qui n’est jamais content. Même jeunes, ils sont cons… Je règle ma facture et constate que si l’hôtel n’est pas trop cher selon les standards locaux, il se rattrape grassement sur les repas… J’aperçois Greig emmener le jeune couple arrivé hier pour un “shopping tour”, gratuit lui bien sûr. Je commande un taxi et arrive juste à temps pour prendre le ferry de 10h30. Cette fois c’est le gros, quasiment vide d’ailleurs. Je regarde l’île de Moorea, qui signifie “lézard jaune” en Ma’ohi, s’éloigner. Ce petit week-end aura été bien sympa et reposant. Je craignais que ce paradis à touristes soit surpeuplé et complètement dénaturé, comme le sud de la Thaïlande, mais en fait il est assez préservé. Pourvu qu’il le reste… J’ai lu que le tourisme sur cette île est assez récent, et ne date que du début des années 90. Une fois sorti de la passe, le ferry se met à tanguer pas mal malgré une mer calme. Probablement la houle, et je me dis que pour aller en cargo dans les Australes il faudra que je pense à prendre des pilules contre le mal de mer, car sinon la traversée risque d’être franchement pénible. Arrivée à Papeete quarante cinq minutes plus tard. Je suis toujours admiratif de la dextérité du pilote pour manoeuvrer ce monstre au millimètre près. Un assez gros porte-conteneurs Luxembourgeois est en train de décharger sa cargaison. Ces navires sont nombreux à défiler ici car ils sont les seuls à pouvoir apporter des marchandises dans les îles.

Juste la route à traverser et je retrouve l’hôtel Kon Tiki Pacific…

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